Alice(ia) n’arrive ni à dos d’âne ni en carrosse mais dans un pimpant camion de déménageur baptisé pompeusement 4x4 quand ce n’est pas une superbe décapotable qui vaut 200 fois le salaire mensuel d’un honnête employé de banque. Elle porte au poignet une Audemars Piguet si lourde qu’elle est obligée de se muscler avec son préparateur physique privé comme pour s’engager dans les Green Berets. Ses longues journées d’été, Alice(ia) les passe à la plage d’où, fort heureusement, marmailles et vieux bedonnants avec leurs éternels palettes à la main ont été bannis pour laisser la place à de jeunes éphèbes nantis qui sont là non pas pour faire des longueurs mais pour les admirer. Barbe taillée et Ray Ban vissées sur le nez, ils sont baraqués comme des parachutistes, tatoués comme des légionnaires et hargneux comme des roquets. Flots de décibels et vin glacé à profusion font tourner les têtes les plus robustes et dans les box privés les châteaux en Espagne l’emportent haut la main sur les innocents châteaux de sable de naguère. Le soir, c’est les Layali Beyrouth qui font fantasmer tout citoyen du Golfe digne de ce nom. Mais si boîtes de nuit et pubs foisonnent au petit bonheur, transformant la capitale en un gigantesque Quartier latin, l’on ne verra Alice(ia) que dans un de ces rooftop de renommée mondiale dont les additions n’ont rien à envier à celles des clients du Majestic de Cannes. Cependant, pour accéder à ces temples de la nuit interdits aux non-initiés, il faudra traverser les différents cercles de l’enfer. Ici, il ne s’agit plus d’ouvrir la porte d’une armoire pour arriver au pays des merveilles mais de dépasser un voiturier à qui il reviendra de décider si votre voiture est un fiacre qui mérite d’être garé dans les parages ou une citrouille tout juste bonne à disparaître dans la pénombre d’une ruelle lointaine et mal éclairée, une haie d’armoires à glace en tenues sombres qui guette le moindre geste brusque pour vous réduire en bouillie et enfin un visagiste, aussi aimable qu’un Vopo en fraction devant le mur de Berlin mais à qui il faudra sourire obséquieusement car il a le privilège de posséder les clés du royaume. Une fois dedans, l’on peut observer les touristes se rincer l’œil sans vergogne et à volonté car, contrairement aux contes de notre enfance, ici Alice(ia) peut rentrer à l’heure qu’elle veut sans risquer de perdre sa cuissarde, et avec qui elle veut pourvu que la voiture soit immatriculée KSA.
Beaucoup de nos valeurs sont en train de disparaître sous des tonnes de maquillage, fond de teint, gloss et autre mascara...

