« C’est une décomposition du système Sarkozy », s’est réjoui hier François Hollande, candidat aux primaires du PS, après le basculement historique du Sénat à gauche.
« Pour la première fois, le Sénat connaît l’alternance », a déclaré, très ému, le patron des sénateurs socialistes, Jean-Pierre Bel. Alors que tous les résultats n’étaient pas encore parvenus, il a annoncé que la gauche avait déjà « 175 sénateurs, c’est-à-dire au-delà de la majorité absolue » au Sénat (348 sièges).
« Le changement est en marche », a-t-il ajouté. François Hollande, favori des sondages dans la course à la candidature au sein du Parti socialiste (PS), y a vu « une décomposition du système Sarkozy », « prémonitoire » pour 2012.
En attendant la présidentielle d’avril et de mai 2012, le gouvernement de droite pourra continuer de mener sa politique, en s’appuyant sur sa majorité à l’Assemblée nationale, à laquelle la Constitution de 1958 donne un rôle prééminent sur le Sénat, vénérable institution née peu après la Révolution française et chargée avec l’Assemblée d’examiner et de voter projets de loi, traités et conventions internationales.
Au fur et à mesure de la journée, ce sont des résultats sévères pour la majorité qui sont tombés : le ministre de la Ville, Maurice Leroy, enregistrait une défaite emblématique ; la gauche gagnait un huitième siège à Paris où le parti présidentiel UMP ne détient plus que deux sénateurs ; les surprises rythmaient la province, comme en Lozère, bastion historique de la droite, où le sénateur sortant UMP Jacques Blanc est battu par le socialiste Alain Bertrand, etc.
L’Élysée « prend acte »
La droite a tenté de son côté de limiter la portée des résultats. « L’Élysée prend acte des résultats du scrutin sénatorial, qui est la conséquence de la progression de la gauche aux élections locales intervenues depuis 2004 », a indiqué la présidence française dans une courte déclaration, sans autre commentaire.
Il est à noter qu’avec de bons résultats aux dernières élections municipales, régionales et cantonales, la gauche avait modifié le visage des grands électeurs, près de 72 000 élus locaux, appelés dimanche à voter pour renouveler la moitié des sièges du Sénat. Ce scrutin complexe et à la majorité ou la proportionnelle, selon les départements, avait auparavant donné l’avantage à la droite.
Sur le même ton que l’Élysée, le Premier ministre François Fillon a reconnu une « forte poussée » de l’opposition, « accentuée par les divisions de la majorité ». « Le moment de vérité aura lieu au printemps prochain », a estimé M. Fillon, pour qui « ce soir, la bataille commence ».
Seul le patron de l’UMP, Jean-François Copé, a évoqué dimanche soir « la défaite » de la droite, tout en expliquant que c’était « une déception mais pas une surprise » en raison « des défaites locales successives » depuis 2004.
À l’instar de Patrick Ollier, le ministre chargé des Relations avec le Parlement et premier à avoir reconnu la victoire de la gauche, c’est une majorité présidentielle dans son ensemble qui voulait voir hier soir une progression arithmétique logique de la gauche, après ses gains aux dernières élections locales, et s’efforçait d’en minimiser la portée nationale. « Ça n’est en rien un point de blocage politique pour le gouvernement puisque dans la logique institutionnelle de la Ve République, c’est l’Assemblée qui a le dernier mot », a dit Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
Le fonctionnement du Parlement devrait malgré tout être considérablement modifié, la gauche au Sénat pouvant notamment faire retarder l’adoption des textes de loi : la discussion des budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour 2012, qui vont décliner le plan de rigueur du gouvernement, risque ainsi de devenir explosive. Reste aussi le président du Sénat, deuxième personnage de l’État, qui assure l’intérim du président en cas d’incapacité et dispose d’un important pouvoir de nomination. Ce poste devrait revenir normalement à un sénateur de gauche, probablement Jean-Pierre Bel, au terme d’un vote prévu le 1er octobre, une sorte de troisième tour non exempt de coups de théâtre...
Ces sénatoriales pourraient aussi entraîner un remaniement du gouvernement si Nicolas Sarkozy réclamait la démission des ministres élus au Sénat. Se poserait alors le problème du remplacement de Gérard Longuet (élu) alors que la France mène des opérations militaires en Libye et en Afghanistan.
Enfin, notons que la présidente du Front national s’est dit hier « très satisfaite » des scores de son parti, soulignant une « très forte poussée » dans certains départements, même si les résultats ne dépassent pas, au mieux, 3 à 4 %.
(Sources : rédaction et agences)



Washington condamne « l'attaque scandaleuse » imputée à l'Iran ayant visé l'aéroport à Koweït