Or, la série de réunions et de contacts qui se sont succédé dès dimanche soir jusque tard dans la nuit d’hier n’auront pas débouché sur un règlement, chacun des protagonistes ayant campé sur ses positions, à quelques nuances près.
Certes, le dossier est purement technique au départ, mais vu les énormes enjeux qu’il recèle, il ne pouvait que prendre un virage politique, voire même personnel, le ministre de l’Énergie ayant persisté à interpréter le manque de confiance du gouvernement à son égard comme une atteinte à sa dignité. Autre camouflet dont se serait également plaint le jeune ministre, le dîner qui s’est déroulé dimanche soir chez le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, en vue de discuter du dossier de l’électricité, sans la présence du ministre concerné. Troisième vexation, ou la goutte qui a probalement fait déborder le vase, la réunion ministérielle qui a eu lieu hier soir et à laquelle M. Bassil « n’a pas été convié », comme il dit.
Bref, autant de contrariétés qui ont poussé M. Bassil à tenir en soirée une conférence de presse au ton ferme, au même moment où se concoctait au Sérail, sous la présidence du Premier ministre, un plan de rechange, ou plutôt « des propositions dans un but de clarification », selon une source du Sérail, que les participants à la réunion espèrent soumettre au plus tôt au ministre concerné.
Voilà pour le côté personnel.
Quant au côté technique, il n’aura pas plus évolué, le ministre Bassil ayant réitéré lors de son intervention nocturne sa position en matière de gestion du dossier, de finances, « qui ne sauraient être fragmentées », et de règles applicables. La réponse est venue quelques minutes plus tard, du Sérail, par le biais d’une proposition qui semblait répondre point par point aux desiderata du bloc du front de la lutte nationale.
La proposition est fondée sur trois principes : la prise en compte de l’état du Trésor, le respect des règles des appels d’offres et des adjudications, la mise en place d’un mécanisme susceptible de provoquer un changement qualitatif au sein du secteur de l’électricité. Les participants à la réunion du Sérail – Waël Bou Faour, Ghazi Aridi, Mohammad Fneich, Ali Hassan Khalil, Mohammad Safadi, Nicolas Nahas – ont également convenu d’un mécanisme de financement en deux étapes du plan de réhabilitation de l’électricité. Ce qui revient à dire que le financement sera fragmenté, de manière à débourser pour une première tranche du projet jusqu’à concurrence de 600 millions de dollars (2011-2012), quitte à trouver par la suite d’autres sources, notamment par le biais de fonds étrangers, ou, à défaut, par le biais du Trésor.
Autres décisions avalisées au cours de cette réunion, l’amendement de la loi 462 qui organise le secteur de l’électricité, la création d’une autorité de régulation d’ici à trois mois et, enfin, celle de confier à la direction des adjudications la supervision des appels d’offres.
Selon des sources ministérielles, cette proposition a été discutée dans l’esprit de trouver un terrain d’entente en vue d’une solution « à laquelle aspirent l’ensemble des protagonistes » et ce en dépit du mécontentement des participants qui suivaient, à distance, les piques lancées par le ministre de l’Énergie au cours de sa conférence de presse.
Toujours selon les sources précitées, cette proposition a été cautionnée par l’équipe du Premier ministre, les ministres joumblattistes, ceux d’Amal et du Hezbollah. Il reste qu’elle attend l’aval du ministre le plus concerné, à savoir Gebran Bassil, ce qui n’est pas encore garanti, à la lumière notamment des conditions fermes qu’il avait définies lors de sa conférence de presse.
C’est au ministre Ali Hassan Khalil ainsi qu’à un représentant du Hezbollah qu’incombera la tâche de transmettre la proposition au ministre de l’Énergie. Entre-temps, M. Mikati s’est dépêché de se rendre chez le chef de l’État, pour l’informer de la teneur de la proposition.
En soirée, une réunion devait regrouper des responsables du Hezbollah et le général Aoun en vue d’évaluer les derniers développements sur ce plan et paver la voie à la date fatidique de demain, mercredi, date de la tenue du Conseil des ministres.
M. Aoun aura en tous les cas réussi à faire inscrire le dossier de l’électricité en tête de l’ordre du jour de la réunion du gouvernement, une condition préalable à toute participation du bloc du Changement et de la Réforme.
Plus tôt dans la journée, M. Mikati s’était réuni avec Gebran Bassil, une réunion qualifiée par certaines sources de « houleuse ». Les sources du Sérail ont toutefois évoqué un climat calme, justifiant l’absence de M. Bassil à la réunion ministérielle de la soirée par le fait qu’« il n’avait pas plus à dire que ce qu’il avait déjà confié, en matinée, au Premier ministre ».
Il faudra probablement attendre ce soir la fin de la réunion hebdomadaire du bloc du Changement et de la Réforme pour déceler les premières réactions à la proposition du Premier ministre. M. Aoun donnera ainsi le ton et les indices sur le déroulement du Conseil des ministres de demain.
Une chose est certaine, assure une source informée : tous les scénarios sont à prévoir mercredi, sauf celui de la démission des ministres aounistes.
Autre moment-clé mercredi, l’intervention du Hezbollah qui doit se prononcer sur la condamnation du général Fayez Karam par le tribunal militaire.


C'est comme Tom et Jerry, la surprise se fera toujours voir au moment où Tom s'y attend le moins. C'est toujours les mêmes problèmes et toujours les mêmes parades.
07 h 10, le 06 septembre 2011