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« En Syrie, la peur de l'après-révolte »

Extrait d'un dossier intitulé « Une contagion de la révolte risque d’être explosive dans le reste du monde arabe ». Un dossier réalisé par Rania Massoud et publié dans L’Orient-Le Jour le 7 février 2011.

 

« C'est une véritable dynamique qui s'est enclenchée dans le monde arabe », affirme Borhane Ghalioun, directeur du Centre d'études sur l'Orient contemporain (CEOC), à Paris. Selon lui, aucun pays n'est à l'abri de la crise actuelle, « et la Syrie ne fait pas exception ». « Ce n'est qu'une question de temps », tient-il à souligner, tout en excluant une « contagion mécanique » de la révolte populaire en raison des spécificités de chaque pays. « Aucun processus de changement ne ressemblera à un autre », précise-t-il encore, tout en ajoutant qu'en Syrie, « rien ne peut être prévisible».

Inspiré par les événements tunisiens et égyptiens, un groupe Facebook comprenant des milliers de membres avait lancé un appel à manifester vendredi dernier « contre la monocratie, la corruption et la tyrannie ». L'appel n'a toutefois pas été suivi. « Les grandes places de Damas étaient quasiment désertes, alors que les membres des services de sécurité étaient, eux, plus nombreux qu'à l'accoutumée », rapportait vendredi l'AFP. Quelques jours plus tôt, les forces de l'ordre avaient dispersé par la force un sit-in organisé en soutien au mouvement prodémocratie en Égypte.

« Le problème, affirme M. Ghalioun, est que le régime (du Baas, en place depuis près de 50 ans) devient généralement plus répressif dès qu'il se sent menacé. Ce n'est pas la peur du régime - aussi autoritaire qu'il soit - qui empêche le peuple de se révolter, mais c'est surtout la peur des conséquences qui s'ensuivront. »

Dans une entrevue accordée au Wall Street Journal lundi dernier, le président syrien Bachar el-Assad, au pouvoir depuis la mort de son père Hafez en l'an 2000, a assuré que son pays était « stable », tout en affirmant que les dirigeants de la région doivent entreprendre des réformes. La Syrie, qui donne la priorité aux réformes économiques, est confrontée à « des défis considérables », avait récemment déclaré à l'AFP un responsable syrien sous le couvert de l'anonymat. La pauvreté touche 14 % des 22 millions de Syriens et le chômage affecte 20 % de la population active. Il y a quelques semaines, le gouvernement a annoncé la création d'un « Fonds national pour l'aide sociale » d'un montant de 250 millions de dollars destiné à venir en aide à quelque 420 000 familles. Parallèlement, il a augmenté de 72 % les allocations pour le chauffage pour les employés de la fonction publique et les retraités (environ 2 millions de personnes).

Si le pouvoir a joué sur le volet économique, sur le plan politique en revanche, il n'a rien lâché. Or, pour M. Ghalioun, « la levée de l'état d'urgence (en vigueur depuis 1963), l'organisation d'élections régulières, libres et honnêtes et l'ouverture d'un dialogue sérieux avec la société civile et les opposants politiques », sont des réformes essentielles. « Le régime aurait dû s'engager dans ces réformes il y a très longtemps, mais il n'a même pas fait le minimum requis, affirme encore l'universitaire d'origine syrienne. Aucun peuple au monde n'accepterait de vivre dans les conditions dans lesquelles vivent les Syriens depuis 50 ans ! ».

Extrait d'un dossier intitulé « Une contagion de la révolte risque d’être explosive dans le reste du monde arabe ». Un dossier réalisé par Rania Massoud et publié dans L’Orient-Le Jour le 7 février 2011.
 
« C'est une véritable dynamique qui s'est enclenchée dans le monde arabe », affirme Borhane Ghalioun, directeur du Centre d'études sur l'Orient contemporain (CEOC), à Paris. Selon lui, aucun pays n'est à l'abri de la crise actuelle, « et la Syrie ne fait pas exception ». « Ce n'est qu'une question de temps », tient-il à souligner, tout en excluant une « contagion mécanique » de la révolte populaire en raison des spécificités de chaque pays. « Aucun processus de changement ne ressemblera à un autre », précise-t-il encore, tout en ajoutant qu'en Syrie, « rien ne peut être prévisible».
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