« Wijhat el-Sayr », le street-art façon Benoît Debbané.
Par cette exposition, Nems essaye de créer un forum, une sorte de plateforme où artistes du graffiti de différentes nationalités (libanaise, américaine ou française) dialoguent et s’épaulent. L’art de la rue pourra ainsi voyager et ne plus rester confiné sur les murs des rues ou des monuments. « Il suffit de présenter ces artistes encore méconnus ou inconnus, qui sont très nombreux », précise-t-elle.
Créée donc par Nems, BIGS (Beirut International Graffiti Street Art Fair), prévue de voir le jour en juillet 2012, permettra donc aux artistes, mais aussi aux collectionneurs et galeristes de mieux connaître la richesse de l’art de la rue. « Les galeries libanaises ont pris l’habitude de présenter des artistes confirmés, ne donnant pas l’importance nécessaire à cet art qui témoigne de la souffrance de leurs villes », poursuit la curatrice.
Vous avez dit street-art ?
Le street-art, ou art urbain, est un mouvement artistique contemporain né dans les années 70. Il suppose toute forme d’art réalisé dans la rue ou dans des endroits publics, et englobe diverses méthodes, telles que le graffiti, le graffiti au pochoir, les stickers, les posters, la projection vidéo, les installations de lumière, la céramique, etc. Bien que ce street-art ne soit pas toujours légal, sa valeur artistique est incontestable et de plus en plus demandée.
L’art de la subversion et de la provoc est à l’origine de ce courant revendicateur, qui parsème l’univers visuel des grandes cités. La rue devient donc cette large plateforme où les artistes présentent leur manifeste sociopolitique, mais sous des formes très
esthétiques.
La galerie Mark Hachem présente quelques-uns de ces street-artists. Il s’agit d’abord de Ugly Kid Gumo, un artiste français dans la trentaine, devenu célèbre par ses visages aux traits durs, de couleur bitume délavé et aux incursions sanguinolentes. Sa série « Dead Skin », sorte de brisures de murs recollées sur papier ou métal, témoigne de la créativité de Gumo qui se sert de la rue comme d’une « brocante à ciel ouvert ».
« LA II » ou Angel Ortiz, son nom de baptême, était un proche de Keith Haring. Travaillant souvent ensemble, les tags de LA II figurent donc sur un grand nombre de pièces du défunt artiste. Une dizaine d’années après la disparition de Haring, LA II s’affirme avec de nouvelles œuvres qui portent son seul label. On y retrouve les couleurs pop des années 80.
Lou Ros, ce jeune homme de 26 ans, a commencé à peindre dès l’âge de 17 ans. Il a d’abord « graffé » par amusement entre copains sur les murs des immeubles avec des sprays. Actuellement, dans ses portraits qui prennent souvent l’allure d’esquisse, le geste libre et furtif laisse la place à des plages blanches d’imaginaire. L’image est souvent brouillée. Seuls la forme et le mouvement comptent pour Ros.
Javier Gomez, né au Panama, est en perpétuel mouvement. Sous son objectif, des photos urbaines témoignent de la solitude des villes. Dans la rue, dans le métro ou autres lieux de la cité, se lisent l’isolement, le confinement, la vitesse et l’uniformité. Des thèmes qui se dégagent à travers une composition unique. « Une de ses photos a été même vendue au président Bill Clinton », avoue Nems.
Ginane Makki Bacho, elle, a accompagné le mouvement graffiti à New York – et connu même Basquiat – puisqu’elle a vécu durant vingt ans aux États-Unis. De retour au Liban, l’artiste qui surfe autant sur la toile que sur la page blanche (elle est aussi écrivaine) ne se retrouve plus dans sa ville. Elle se dit même étrangère à toutes ces rues nouvellement construites. C’est à travers « Clouds of Memory », une série de techniques mixtes sur papier, qu’elle dénonce cet effacement de la mémoire et qu’elle revendique ses attaches culturelles.
On retrouve aussi dans cette salle d’exposition des œuvres grand format de Benoît Debbané qui, par touches d’apparence naïves issues de « comic-books », casse les tabous et les préjugés, ainsi que Walid Nahas et ses dessins géométriques aux couleurs flashy. Enfin, il y a également les nids d’oiseaux de Xam Bot, où le discours social se mêle en toute fluidité à la poésie.
Une exposition qui n’aura duré que trois jours, mais qui prélude à une manifestation plus grande et qui voyagerait de Beyrouth à Abou Dhabi en 2012.

