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À La Une - Syrie

Ali Ferzat. Profession : caricaturiste; Signe particulier : syrien

Le 7/12/2005, L'Orient-Le Jour avait publié un article sur Ali Ferzat, de passage à Beyrouth. En 2005, le caricaturiste syrien disait déjà : le pouvoir est coupé de la réalité. Jeudi, Ali Ferzat était à l'hôpital, deux doigts et un bras brisés, après avoir été tabassé, en pleine nuit, dans une rue de Damas. Plusieurs sources de l'opposition ont accusé des membres des services de sécurité masqués et des miliciens pro-régime d'être responsables de cette agression.

Caricature publiée par Ali Ferzat le matin de son agression et republiée par Le Monde.

Caricaturiste, syrien et rebelle. Des termes que l’on imagine difficilement pouvoir accoler les uns aux autres. Et pourtant, Ali Ferzat a réussi ce défi. Depuis plus de 35 ans, il égratigne, à coups de crayon, les régimes totalitaires de la région. Des régimes assoiffés de pouvoir, qui s’enrichissent sur la misère des peuples. Ses yeux sont aussi pétillants que son crayon est mordant.

À 54 ans, Ali Ferzat est fondamentalement provocateur et rebelle. Un état d’esprit qu’il assume pleinement et dont le dessin est, selon lui, le vecteur le plus approprié. « Le dessin permet de jeter des ponts vers les gens. Son accès est aisé, son sens facile à saisir. Et les images restent longtemps gravées dans les esprits », explique-t-il devant une série de caricatures exposées dans un salon du Sheraton Four Points à Beyrouth, où il participe à un symposium organisé par le British Council autour du traitement, par les médias, des problèmes sociaux du Moyen-Orient. « Dans cette région, les gens sont enfermés entre de gigantesques murs et ne peuvent pas crier leurs problèmes, leurs attentes. Avec mes dessins, je peux exprimer cette réalité », souligne-t-il.

 

 

Ali Ferzat, sur son lit d'hôpital, après son agression. Photo AFP

 

 

Malgré la nature du régime syrien, peu séduit par les notions de liberté d’expression et de liberté de la presse, Ali affirme ne s’être jamais autocensuré. « En fait, je me concentre sur les symboles. Il n’y a pas de texte dans mes dessins, pas de signes clairs. À partir de là, les interprétations sont ouvertes », explique-t-il.

Tellement ouvertes que plusieurs régimes se sont reconnus dans un même dessin. « En 1981, j’exposais mes caricatures à l’Institut du monde arabe, à Paris. L’ambassadeur irakien de l’époque a fait un scandale devant une caricature représentant un général moustachu distribuant des médailles au lieu de donner de la nourriture à un malheureux. Il a considéré que ce dessin était une insulte à Saddam Hussein. » L’affaire prend de l’ampleur, mais Ali bénéficie du soutien des journalistes français. « L’histoire ne s’est toutefois pas arrêtée là. En rentrant à Damas, le ministre de la Défense, Moustapha Tlass, a lancé des poursuites contre moi, pour ce même dessin, car il estimait que celui-ci s’attaquait à l’armée ! ».

Pas de quoi, néanmoins, calmer les ardeurs de notre dessinateur, puisqu’en 2000, Ali crée son propre journal, ad-Domari. Forcément satirique. Une première car aucun journal privé de cette nature n’avait été ouvert en 40 ans de régime baassiste. « L’aventure s’est toutefois arrêtée en 2003, quand le gouvernement et les services de renseignements ont ordonné la fermeture du journal », explique-t-il.

 

 

Le caricatursite, en octobre 2010, dans sa galerie, à Damas.

 

 

Malgré son trait de crayon pour le moins acerbe, Ali a évité la prison. « J’ai été menacé et interrogé, mais grâce au soutien du peuple syrien, je n’ai jamais été arrêté », explique-t-il, avant d’ajouter : « Ma popularité me protège. » Il n’en demeure pas moins que Ali ne publie plus ses dessins dans la presse syrienne. « Aujourd’hui, mes caricatures sont diffusées par Watan al-Koweïti, et dans le quotidien français Le Monde ». Ali participe également à de nombreuses expositions et distribue ses dessins en Syrie, en quasi porte-à-porte.

Malgré les revers, Ali non seulement reste en Syrie, mais continue de dessiner. Une production colossale, plus de 15 000 dessins, que Scott C. Davis, auteur d’ouvrages sur la Syrie, n’avait pas hésité à qualifier de « shakespearienne ». « Je dessine depuis l’âge de 5 ans. À l’école, je réalisais déjà des caricatures de mes professeurs. Ce qui m’a d’ailleurs valu plusieurs jours d’expulsion… C’est mon destin de dessiner, c’est un acte de résistance. Et je vais continuer », affirme-il, un large sourire fendant sa barbe.

Mais derrière le sourire de Ali se cache un certain pessimisme sur l’avenir de la région. À ceux qui évoquent un printemps arabe, il répond : « C’est l’hiver ! ». Sur l’avenir de la Syrie, soumise à une pression internationale sans pareille dans son histoire, il ne cache pas ses inquiétudes. « La situation va certainement se détériorer, car le pouvoir est coupé de la réalité, il est complètement isolé. Aujourd’hui, le peuple syrien a vraiment peur de l’avenir », reconnaît-il. Un avenir qui, quelle que soit sa nature, passera assurément par la plume sans concession de Ali Ferzat.

 

(article publié le 07/12/2005)

Caricaturiste, syrien et rebelle. Des termes que l’on imagine difficilement pouvoir accoler les uns aux autres. Et pourtant, Ali Ferzat a réussi ce défi. Depuis plus de 35 ans, il égratigne, à coups de crayon, les régimes totalitaires de la région. Des régimes assoiffés de pouvoir, qui s’enrichissent sur la misère des peuples. Ses yeux sont aussi pétillants que son crayon est mordant.
À 54 ans, Ali Ferzat est fondamentalement provocateur et rebelle. Un état d’esprit qu’il assume pleinement et dont le dessin est, selon lui, le vecteur le plus approprié. « Le dessin permet de jeter des ponts vers les gens. Son accès est aisé, son sens facile à saisir. Et les images restent longtemps gravées dans les esprits », explique-t-il devant une série de caricatures exposées dans un salon du Sheraton Four Points à...
commentaires (7)

Je souhaite exprimer mon soutien à Ali Ferzat pour son courage et la spontanéité avec laquelle il a su donner suite à son ressenti par le biais de sa plume aiguisée, et ce, sans retenue aucune, malgré les risques que cela comporte. Bravo pour cet article. SAMIA TAWIL écrivain

Samia Tawil

22 h 42, le 26 août 2011

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Commentaires (7)

  • Je souhaite exprimer mon soutien à Ali Ferzat pour son courage et la spontanéité avec laquelle il a su donner suite à son ressenti par le biais de sa plume aiguisée, et ce, sans retenue aucune, malgré les risques que cela comporte. Bravo pour cet article. SAMIA TAWIL écrivain

    Samia Tawil

    22 h 42, le 26 août 2011

  • Les amis, il faut reconnaître que les "chabbiha" ont été miséricordieux pour une fois. Ils n'ont pas coupé les mains de l'artiste Ali Ferzat. L'adolescent Hamza el-Khatib de Deraa ils lui ont coupé le pénis. Le poète populaire de Hama, "rossignol de la révolution" comme l'ont appelé ses camarades, ils lui ont coupé la gorge et l'ont jeté dans le fleuve el-Assi. Donc il y a du "progrès" quand même dans la barbarie.

    Halim Abouchakra

    12 h 36, le 26 août 2011

  • Brillant Ali Ferzat, Vous avez des yeux pour voir, des mains pour transmettre, du courage à revendre. Bon rétablissement. Je vous envoie mes meilleures pensées.

    rosa Zacharie

    12 h 21, le 26 août 2011

  • Bravo Ali pour cette belle leçon de courage que vous donnez aux peuples du monde entier ! Le courage de s'exprimer quel qu'en soit le prix. Et Bravo aussi à L'Orient Le Jour qui met en avant la liberté dD''expression. Joseph Aoun, écrivain, Montréal.

    Joseph Aoun

    10 h 30, le 26 août 2011

  • J'embrasse mon ami Ali Ferzat avec toute ma force et je soutien son combat, sa lutte merveilleuse et pleine d'ironie et de bonheur. La Syrie, la Syrie de la culture et de la liberte', lutte avec toi. Merci, Ali Ferzat! Et merci a la redaction de L'Orient-Le Jour pour le courage et l'intellingence des articles publies dans le quotidien. Votre journal est la force et l'espoir de mon Liban, de notre Liban! Merci! AMIN MAALOUF ecrivain (Paris)

    Amin Maalouf

    08 h 30, le 26 août 2011

  • "Caricaturiste, syrien et rebelle. Des termes que l’on imagine difficilement pouvoir accoler les uns aux autres". Est-ce qu'il est vraiment tellement difficile d'imaginer qu'un citoyen syrien puisse être rebelle ? Est-ce qu'il est vraiment tellement difficile d'imaginer que le peuple syrien puisse produire des artistes ? Si, même aujourd'hui, depuis plus de 5 mois que le peuple et les individus Syriens n'arrêtent pas de donner au monde les plus belles leçons de courage et de dignité, on n'imagine pas pouvoir accoler les termes "caricaturiste, syrien et rebelle", je crois qu'il m'est extrêmement difficile d'imaginer qu'un jour notre racisme ordinaire, stupide et prétentieux puisse prendre fin. Quelle honte et quelle tristesse !

    hanane abboud

    07 h 28, le 26 août 2011

  • L'ennui de Ali Ferzat avec les hommes politiques de sa nation c'est qu'il croyait faire la caricature , alors qu'il faisait le vrai portrait du parti Baas syrien et de son président Assad .Vraiment triste Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    05 h 53, le 26 août 2011

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