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Nos lecteurs ont la parole

Idéologie et philosophie

Abdo Philippe MEDLEJ
Du communisme soviétique au libéralisme cru de l’Islande de la (l’avant ?) dernière crise, il est de plus en plus clair que les idéologies sont incapables d’offrir un cadre de gouvernance.
Une idéologie est prétentieuse et rigide. Prétentieuse, car elle se donne l’illusion de pouvoir répondre à toutes les questions, qu’elles soient économiques, politiques, sociales, ou encore de mœurs. Elle est rigide, car elle ne négocie pas, ne s’adapte pas aux réalités et aux différences de chaque société, ni aux caractéristiques des situations que vivent les pays. Sa tyrannie l’empêche d’être la (une) solution et la met dans le box d’accusation.
Une philosophie, à l’inverse, négocie et se négocie. Elle présente un cadre général de réflexion dans lequel les idées peuvent évoluer et tenter même d’en pousser les frontières. Une philosophie peut apprendre des erreurs du passé et a ainsi la capacité de s’adapter avec les besoins de la réalité.
Des concepts tels que la démocratie, le libéralisme, le capitalisme... doivent être considérés comme philosophiques et non comme idéologiques. En regardant autour de soi, on se rend compte que cette attitude est la plus sage.
Prenons le cas de Singapour. Ce miracle asiatique, né d’un amalgame d’ethnies (Chinois, Indiens, Sino-Malaisien...), de langues (plusieurs dialectes d’indien et de chinois, anglais) et de religions (islam, bouddhisme...) suscite aujourd’hui l’admiration du monde entier. Pourtant, Lee Kuan Yue, le père fondateur de cette république, a souvent été critiqué, et surtout par les États-Unis, pour le manque de liberté dans son exercice de pouvoir. Il est vrai que longtemps il était interdit de manifester et les médias ne pouvaient pas ouvertement critiquer le pouvoir. Absence de liberté, dirait-on...
Pourtant, Singapour est une démocratie, et une vraie. Des élections libres ont lieu, les institutions démocratiques sont en place et jouent pleinement leurs rôles, les administrations publiques sont plus efficaces que certaines entreprises privées, le niveau et la qualité de l’éducation sont très élevés.
Cette association a priori improbable peut s’appeler démocratie non libre (illeberal democracy). Grâce à ce judicieux mélange, Singapour a pu se construire économiquement dans un climat de sécurité. Malheureusement, tous les « dictateurs éclairés » ne s’appellent pas Lee Kuan Yue. Cette démocratie non libre n’a jamais tué son peuple et surtout connaît un taux de corruption nul. Cela doit faire rêver les Arabes.
Alors que la globalisation semble s’imposer comme une fatalité de l’histoire, avec le capitalisme comme corollaire, il faut regarder de plus près pour voir des détails qui nous permettent de mieux comprendre quelques subtilités des grandes économies mondiales.
Les pays riches ont longtemps cru que l’interventionnisme dans les pays émergents n’était qu’une étape transitoire avant le passage à plus de libéralisme, une fois la maturité économique atteinte. Or, on remarque aujourd’hui que ces interventions ont, derrière le but économique affiché, un but politique de stabilité sociale et de maintien du régime en place.
Avec la crise économique et financière mondiale, nous avons vu les gouvernements et les responsables politiques les plus libéraux intervenir pour sauver l’économie de leurs pays. Comme si la globalisation avait besoin de correction, d’interventionnisme ponctuel pour – mieux – repartir. Là aussi le réalisme a gagné et un mélange de concepts est appliqué.
Dans une perspective purement économique, regardons la Chine d’aujourd’hui, ce grand empire communiste qui tolère la propriété privée. Une comparaison rapide entre la Chine et l’ex-Union soviétique nous montre que cette dernière a ouvert trop rapidement son économie sans passer par des étapes intermédiaires où l’État contrôle et libéralise au fur et à mesure que tous les acteurs économiques (dont le gouvernement en premier lieu) comprennent le nouveau système et apprennent à le respecter (les choses ont bien sûr changé avec la Russie d’aujourd’hui).
La Chine pratique un capitalisme qu’on appelle capitalisme d’État (state capitalism). Dans ce mélange d’« idéologies économiques », l’État manipule les mécanismes de marché pour des raisons politiques et économiques. Cela met à la disposition du gouvernement des ressources financières, économiques et politiques qui lui permettent de mieux protéger son peuple, surtout en période de crise.
Il est faux de penser que seuls des pays comme la Chine pratiquent ce genre de capitalisme, ou de protectionnisme. Tous les pays le font pour protéger certains secteurs industriels stratégiques comme la défense ou les ressources naturelles. Ainsi, les 13 premières compagnies pétrolières, mesurées par les réserves dont elles disposent, sont contrôlées par des États. Qui plus est, les compagnies pétrolières contrôlées par les États possèdent 75 % des réserves mondiales.
Pas loin de nous, dans les riches pays pétroliers, les fonds souverains sont un exemple de ce capitalisme d’État. Et avec la crise financière, la France a suivi cet exemple en créant un fond pour protéger les entreprises stratégiques en difficulté.
La complexité du monde actuel nous oblige à être réalistes dans nos choix de systèmes politiques ou économiques. Surtout quand les acteurs de ces systèmes manquent de maturité....

Abdo Philippe MEDLEJ
Du communisme soviétique au libéralisme cru de l’Islande de la (l’avant ?) dernière crise, il est de plus en plus clair que les idéologies sont incapables d’offrir un cadre de gouvernance. Une idéologie est prétentieuse et rigide. Prétentieuse, car elle se donne l’illusion de pouvoir répondre à toutes les questions, qu’elles soient économiques, politiques, sociales, ou encore de mœurs. Elle est rigide, car elle ne négocie pas, ne s’adapte pas aux réalités et aux différences de chaque société, ni aux caractéristiques des situations que vivent les pays. Sa tyrannie l’empêche d’être la (une) solution et la met dans le box d’accusation. Une philosophie, à l’inverse, négocie et se négocie. Elle présente un cadre général de réflexion dans lequel les idées peuvent évoluer et tenter même d’en...
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