Nafissatou Diallo (gauche) se livre à ABC News et au magazine Newsweek, le 24 juillet 2011. Photo Reuters
"Je veux qu’il sache qu’il y a des lieux où tu ne peux utiliser ni ton pouvoir ni ton argent". C'est en juillet dernier, que Nafissatou Diallo est sortie de l’ombre. Lors d'une interview exclusive au magazine américain "Newsweek", puis sur la chaîne de télévision ABC, la femme de chambre de 32 ans, qui a accusé Dominique Strauss-Kahn de l’avoir agressée sexuellement le 14 mai dernier à l’hôtel Sofitel de Times Square, se livre aux médias et raconte sa version des faits. Ultra-protégée par la justice américaine depuis le début de l'affaire, le public découvre alors pour la première fois le visage de la Guinéenne.
Nafissatou, d'abord présentée sous le nom d'Ophelia par la presse française, est une employée "très sérieuse", selon son employeur, qui travaille pour la chaîne d'hôtel "depuis plusieurs années" et qui n'a jamais eu aucun problème avec les clients. Elle est née à Tchiakoullé, un village isolé du nord de la Guinée. "Pas de route pour y accéder, on y vient à pied", déclare Boubacar, son demi-frère, à l'AFP. Mariée à 17 ans, Nafissatou élève seule sa fille suite au décès de son mari. Selon les membres de sa famille restés au village, Nafissatou, "très jolie", n'a jamais été à l'école. "Elle a seulement fréquenté "l'école coranique" de Tchiakoullé où elle apprenait et récitait, en arabe, les versets du Coran sous une véranda". Comme des milliers de Guinéens vivant sous le seuil de pauvreté, Nafissatou, longtemps soutenue financièrement par sa sœur qui vit aux Etats-Unis, décide elle aussi de tenter sa chance outre Atlantique. Après plusieurs emplois, elle décroche un poste au Sofitel. Quelques mois avant l'incident, la femme de chambre déménage avec sa fille, aujourd'hui une adolescente, dans le Bronx. "Ce sont de gentilles personnes, confie un voisin à la presse. Elle n’a jamais causé de problème à quiconque. Elle ne fait jamais de bruit, elle est toujours aimable".
Le 15 mai 2011, Nafissatou décide de faire du bruit. Elle porte plainte contre Dominique Strauss-Kahn et l'accuse d'agression sexuelle. "Je veux être courageuse pour toutes les femmes du monde", déclare la femme de chambre à ABC.
Peu avant la diffusion de cette interview, la roue avait toutefois commencé à tourner pour Nafissatou.
A partir du mois de juillet, le New York Times publie une série d'informations sur les activités criminelles supposées, les mensonges et les mauvaises fréquentations de la Guinéenne. Le doute est jeté sur la personnalité de la jeune femme dont la crédibilité est remise en cause. La presse tabloïde, qui jusque là s'acharnait sur DSK, change de cible et commence à se déchaîner contre Nafissatou, n'hésitant pas à la traiter, en une, de prostituée.
La dégringolade s'achève mardi, quand le procureur de New York décide de lever toutes les charges pesant contre DSK. "La femme de chambre a menti à répétition aux enquêteurs, et dans ce contexte, elle ne peut pas être un témoin crédible dans un procès", affirme le procureur.
Nafissatou Diallo aurait-elle donc trompé son monde ? Les avis sont partagés. Pour les féministes, on veut "forcer la femme de chambre au silence". La principale association féministe aux Etats-Unis, la National Organization for Women (NOW), a condamné, mardi, les procureurs, les avocats de Dominique Strauss-Kahn et les médias pour les "stéréotypes sexistes, racistes et les jugements de classe" dont ils se sont rendus coupables. Pour l'avocat de DSK, Nafissatou a menti. "Il y a une grande différence entre un rapport sexuel et une agression".
Saura-t-on jamais ce qui s'est réellement passé dans la suite 2806 du Sofitel de Times Square?
Ce qui est certain, c'est que ce passage, en l'espace de quelques mois, de "victime" à "menteuse" a certainement fait de Nafissatou Diallo une femme aux deux visages.
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