Cher Dany,
Je me permets de m’adresser à toi par ton prénom, car ton histoire ressemble à celle de mon fils ainsi qu’à celle de beaucoup de jeunes gens et, par conséquent, j’ai le sentiment de m’adresser à mon propre enfant.
Tout d’abord, je salue ton courage d’avoir écrit cette lettre, courage que je ne possède pas pour signer cette réponse de mon nom. Nous sommes toujours, et demeurerons encore pour des siècles, sous le joug des préjugés sociaux.
Malheureusement, la société libanaise n’a pas encore évolué et, à mon avis, n’évoluera pas. Toute la société est concentrée sur les apparences physiques, sans toutefois prendre en considération l’être humain en tant que tel. Tu aurais pu être un coureur de jupons : toute cette société mesquine t’aurait glorifié en se bousculant pour compter au nombre de tes amis. Être marié, volage et avoir des petites amies (en cachette), cela aurait paru parfaitement normal.
Personne ne s’est jamais posé la question de savoir pourquoi on est homosexuel. Est-ce un choix ? Est-ce les gènes ? Oui, je le sais et le comprends : vous êtes nés ainsi, vous ne l’avez pas choisi, cela vous a été imposé par la nature sans que vous y puissiez grand-chose.
Personne ne s’est jamais posé la question de savoir combien ces gens souffrent, ne s’est interrogé sur leur difficulté à s’accepter, à faire face aux hypocrites, à subir les sarcasmes de leur entourage.
Oui, mon enfant, je comprends bien ta souffrance et ton malheur, surtout que ta propre famille t’a rejeté.
Toutefois, je tiens à te dire que les parents souffrent aussi et il ne leur est pas facile d’accepter l’homosexualité de leur fils sur lequel ils ont bâti des rêves et des espoirs. J’ai mis beaucoup de temps à accepter la situation; il m’a fallu beaucoup d’amour pour me résigner et voir les qualités que mon fils possède : capacités intellectuelles, dons artistiques, sensibilité aiguë, logique, philosophie de la vie, etc. Il a mis beaucoup de temps et d’efforts pour y parvenir : il a fait la traversée du désert tout seul, pendant des années. Actuellement, il vit en Europe, il s’est fait une carrière et mène une vie normale au sein de cette nouvelle société qui ne s’occupe point de sa sexualité, mais par contre l’apprécie pour les qualités qu’il possède.
Je te souhaite tout le courage pour dépasser ce cap de ta vie et surtout, il ne faut pas sombrer dans le désespoir : la lumière est toujours au bout du tunnel.


- Il est inacceptable de traiter ces êtres humains, que la nature, ou Dieu si vous voulez, a fait naître tels qu'ils sont, en marge de la société. Aucune loi n'y peut y remedier. La conscience des citoyens est le seul remède. Anastase Tsiris
05 h 41, le 25 août 2011