Plus d'un millier de personnes rassemblées samedi soir devant l'ambassade de l'Etat hébreu au Caire. "Je ne reconnais pas Israël", peut-on lire sur cette pancarte brandie par un manifestant. MOHAMED HOSSAM/
Des roquettes tirées de Gaza se sont abattues dimanche sur le sud d'Israël, pour la quatrième journée consécutive, sans faire de victime ni de dégât majeur, a annoncé l'armée israélienne.Selon un bilan de l'armée, "environ 17 projectiles", roquettes et mortiers, ont été lancés de la bande de Gaza depuis samedi minuit, notamment dans le secteur des villes de Beersheva et Ashkelon, situées respectivement à 40 et 10 km du territoire palestinien. Un raid aérien israélien a été signalé en fin de matinée sur l'enclave palestinienne, faisant deux blessés légers selon des témoins.
Des roquettes en provenance de Gaza sont également tombées tôt dimanche en Egypte, à l'ouest du terminal frontalier de Rafah, sans faire de blessé ou de dégâts, a rapporté la télévision d'Etat. Il semble qu'elles aient atterri par erreur du côté égyptien, les combattants palestiniens ayant visé le poste-frontière israélien de Kérem Shalom, à proximité.
La confrontation armée entre les groupes radicaux palestiniens de Gaza et Israël s'était intensifiée samedi soir, avec des salves de roquettes qui ont frappé plusieurs villes israéliennes, faisant un mort et une quinzaine de blessés.
Un total de 15 Palestiniens ont été tués et 47 blessés, selon des sources médicales palestiniennes, au cours de raids aériens contre la bande de Gaza depuis une série d'attaques anti-israéliennes jeudi dans le sud d'Israël (huit morts), tout près de la frontière avec l'Egypte.
Par ailleurs, l'armée israélienne a arrêté des dizaines de cadres et militants du Hamas en Cisjordanie à la suite de tirs de roquettes sur Israël par la faction armée de ce mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, a-t-on appris dimanche auprès de la sécurité palestinienne. Une source sécuritaire palestinienne a chiffré le nombre des arrestations, dans la nuit de samedi à dimanche, à 120. Parmi les cadres interpellés, figure un député du Hamas, Mohammed Motlaq Abou J'heisha, a précisé la source. L'armée israélienne s'est refusée à toute confirmation dans l'immédiat.
Face à cette escalade de violences, les efforts pour un rétablissement du calme se conjuguent. La Ligue arabe a condamné dimanche dans un communiqué les raids israéliens sur la bande de Gaza, et demandé à la communauté internationale de faire pression sur l'Etat hébreu pour y mettre fin. La Ligue "demande au Conseil de sécurité (de l'ONU) d'assumer ses responsabilités et de prendre rapidement les mesures nécessaires pour mettre fin à cette agression brutale". L'organisation a également condamné "l'agression israélienne contre les forces égyptiennes", en allusion à la mort de cinq policiers égyptiens tués alors que les Israéliens pourchassaient des hommes armés soupçonnés d'avoir lancé les attaques d'Eilat.
Le Quartette pour le Proche-Orient, qui comprend les Etats-Unis, la Russie, l'Union européenne et les Nations unies, a mis en garde samedi contre un "risque d'escalade" après les violences à Gaza ou à partir de ce territoire, tout en appelant à la "retenue". Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a eu des contacts samedi avec le chef des renseignements égyptiens, Mourad Mouafi, pour faire stopper "l'agression israélienne", selon un communiqué du mouvement islamiste. De son côté, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a réclamé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur la situation à Gaza.
Au Caire, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées dans la nuit de samedi à dimanche devant l'ambassade israélienne pour dénoncer la mort des policiers. Sous les acclamtions, un manifestant a retiré le drapeau israélien flottant au sommet de l'immeuble abritant l'ambassade et a hissé à sa place celui de l'Egypte, ont indiqué des témoins. Selon des manifestants, l'homme - identifié comme Ahmed Shehat - qui a retiré le drapeau israélien a atteint le mat en passant de balcons en balcons et a réussi à prendre la fuite une fois redescendu dans la rue avec l'aide des manifestants. La police anti-émeutes, présente aux abords de l'ambassade, n'est pas intervenue.
Sur le front diplomatique, Israël a exprimé ses "regrets", par la bouche de son ministre de la Défense Ehud Barak, alors que l'Egypte réclamait des "excuses" suite à la mort de de cinq policiers égyptiens, à la frontière, lors des attaques de jeudi près d'Eilat, dans le sud d'Israël. Le président Shimon Pérès a également exprimé ses "regrets" dimanche pour la mort de ces policiers égyptiens en qualifiant de "stratégique" le traité de paix conclu entre les deux pays voisins en 1979. Le plus haut personnage de l'Etat hébreu a fait symboliquement ces déclarations aux médias au cours de visites de condoléances aux familles d'un soldat et d'un policier israéliens tués jeudi près d'Eilat, dans le sud d'Israël. "Aussi bien les Israéliens que les Egyptiens ont un intérêt suprême à empêcher le terrorisme de se déchaîner. Le Sinaï doit rester un centre touristique et de paix. Il faut tout faire pour garantir que les terroristes et les extrémistes n'en saisissent pas le contrôle", a affirmé M. Pérès, selon un communiqué.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Yigal Palmor a pour sa part "espéré que la crise est derrière nous". "C'est de l'intérêt bien compris des deux parties", a déclaré M. Palmor à l'AFP.
Le gouvernement égyptien a, lui, jugé insuffisants les regrets exprimés par Israël, en s'abstenant toutefois de mentionner le rappel de son ambassadeur à Tel-Aviv, annoncée la veille par la télévision d'Etat mais non confirmée officiellement. "La position israélienne était positive en surface" mais elle n'était pas à la mesure "de l'importance de l'incident et de la colère égyptienne envers les actions israéliennes", selon un communiqué du gouvernement diffusé par l'agence officielle MENA.
Il s'agit de la première crise diplomatique entre les deux voisins depuis la chute en février du régime de Hosni Moubarak, un partenaire d'Israël. Le Caire avait rappelé son ambassadeur dans l'Etat hébreu en novembre 2000 pour protester contre "l'usage excessif de la force" par Israël contre les Palestiniens après le déclenchement de la deuxième Intifada.

