Aspergés par des canons d’eau, des milliers de jeunes, bravant la chaleur lourde à l’heure de la sieste, déambulaient hier dans les rues de Madrid, hissant les drapeaux de leur pays et improvisant des rencontres avec d’autres groupes d’autres pays. Javier Soriano/AFP
En robe blanche, le pape a pris place sur l’estrade blanche géante ornée d’une effigie de la Mère et de l’Enfant. Face à lui, des centaines de milliers de jeunes portant des chemises colorées s’étaient massés depuis le matin sur les grandes avenues du centre de Madrid, debout, allongés, couchés, portant des drapeaux, chantant, formant de longues chaînes humaines pour ne pas se perdre dans la foule. « Vive le pape », « C’est la jeunesse du pape », criaient les jeunes pèlerins.
Au début de sa visite de quatre jours, Benoît XVI a brossé un tableau sombre de la société occidentale : « Les jeunes voient la superficialité, la consommation et l’hédonisme régnants, tant de banalité au moment de vivre la sexualité, tant de manque de solidarité, tant de corruption ! » Il a aussi dénoncé « la dépréciation, la discrimination ouverte ou larvée » du christianisme dans divers pays, demandant aux jeunes de ne pas avoir « peur » d’afficher leur foi. Il a aussi reconnu que dans l’histoire, des « abus » avaient été commis pour imposer « le monothéisme » par la contrainte. « La vérité n’est accessible que dans la liberté. On ne peut l’imposer par la violence », a dit Benoît XVI.
Sans évoquer le scandale des prêtres pédophiles dans plusieurs pays occidentaux, Joseph Ratzinger a dit son « immense joie » de présider ces JMJ, qu’il a décrites comme « une brise d’air pur et juvénile » qui « remplit de confiance pour le demain de l’Église ». Les JMJ « sont une cascade de lumière pour montrer la présence de Dieu », a-t-il dit.
Dans l’avion qui l’amenait à Madrid, le pape avait évoqué la crise de la dette et le rôle des marchés financiers : « L’homme doit être au centre de l’économie. » « Cela se confirme dans la crise actuelle (...). L’économie ne peut se mesurer par le maximum de profit », a-t-il déclaré. Il avait dénoncé l’illusion d’une « économie autorégulée », le centre de l’économie « n’étant pas le profit mais la solidarité », alors que des plans de rigueur en Europe veulent mettre un frein à l’endettement et à la spéculation des marchés et suscitent le mécontentement social.
Benoît XVI a aussi fustigé la précarité de l’emploi qui fait que « beaucoup de jeunes regardent avec préoccupation leur avenir », dans un pays où le chômage des jeunes est particulièrement élevé (46,1 % des 16-24 ans sans travail).
À son arrivée au cœur de Madrid, le pape, âgé de 84 ans, a été salué par des jeunes de différentes régions du monde qui ont fait une génuflexion en baisant son anneau. Puis il est passé, sous les vivats de la foule, sous l’arcade de la Puerta de Alcala en leur compagnie et a planté un olivier pour symboliser une foi qui doit avoir des racines solides, thème proposé aux jeunes lors de ces JMJ.
Il a été aussi salué par des cavaliers andalous.
Benoît XVI aurait dû être accueilli sur son parcours en papamobile par une séance de baisers, convoquée sur Facebook par un collectif de défense des homosexuels, protestant contre les positions jugées rétrogrades du Vatican en matière sexuelle. Mais la manifestation a été empêchée par la police.
Mercredi soir, des manifestants rassemblés à l’appel de 140 associations prolaïcité avaient fait face à des groupes de jeunes pèlerins catholiques, échangeant insultes ou slogans hostiles, séparés par des cordons de policiers.
Les défenseurs de la laïcité avaient manifesté aux cris « Stop, transphobie, sexisme, homophobie » ou « Je suis pécheur, pécheur, pécheur », face à des groupes de jeunes pèlerins, certains désemparés, chantant « Alléluia » ou priant.
La manifestation avait dégénéré en heurts entre policiers et manifestants qui s’étaient soldés par onze blessés et sept arrestations.
En outre, des pirates informatiques ont bloqué hier le site officiel des JMJ, a indiqué un porte-parole de l’organisation. Le site www.madrid11.com est resté inaccessible pendant environ une heure à la mi-journée.
Benoît XVI effectue sa troisième visite en Espagne en six ans de pontificat, mais c’est sa première à Madrid.
(Source : AFP)


Il est triste de voir que certains ont associé laïcité a dépravation morale. Dommage!
06 h 47, le 19 août 2011