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Nos lecteurs ont la parole

Le mérite des députés du 14 Mars

Par Molly SELWAN
On ne peut passer sous silence l’expérience malheureuse de la « démocratie consensuelle » ; dont le président de la République a fait la promotion durant toute la période précédente. Cette forme de gouvernance n’a fait que mettre des bâtons dans les roues de l’exécutif, neutralisant les réactions positives, annihilant les réalisations, ramenant le débat au seul problème politique, devenu une vraie fixation. Pour que la présidence de la République conserve sa neutralité et soit admise par les deux bords, il fallait donc, a-t-on pensé, réunir les belligérants, de temps en temps, autour d’une table ronde, qui n’avait rien de constitutionnel, tout en éliminant de la discussion les sujets qui fâchent. Image trompeuse d’une entente qui n’en était pas une. Le peuple, lui, n’en avait que faire de ces dirigeants qui, une fois par mois (ou presque jamais), se réunissaient pour se saluer, échanger des sourires, bavarder, puis se quitter sans avoir rien résolu. Et, sitôt la pause terminée, reprendre de plus belle leurs attaques réciproques, utilisant un vocabulaire indigne de politiciens. C’était donc le meilleur moyen de susciter la déception dans les rangs des jeunes diplômés, de les pousser à une fuite vers des cieux plus favorables.
Il a fallu que les députés du 14 Mars qui, malgré la défection de certains d’entre eux les transformant de majorité en minorité, demeurent fidèles à leurs électeurs et refusent de participer à ce gouvernement, opposé à leurs convictions, pour que celui-ci voie le jour. C’est en conservant la même ligne politique pour laquelle ils ont été élus qu’ils forment donc une opposition, dans une optique de résistance à un projet compromettant la souveraineté du Liban. Ce faisant, ces députés actuellement minoritaires et opposants ont, par leur choix, remis les pendules à l’heure et sauvé notre démocratie à la dérive. Les Libanais de tous bords devraient apprécier le fait que ces représentants du peuple aient facilité la mise sur pied des ministères. À défaut d’être un pays libéré de toutes turbulences intérieures, le Liban pourra montrer le visage d’une franche démocratie, avec une réelle opposition : active, critique et dynamique. Ils représentent une majorité du peuple libanais qui a voté pour cette ligne de conduite. Si l’on devait, à l’heure actuelle, refaire les législatives, ils seraient majoritaires.
Cependant, pour rendre à César ce qui est à César, nous devons apprécier les efforts entrepris par certains ministères fonctionnels comme ceux de l’Agriculture, des Affaires sociales, de l’Environnement. Il y a de bonnes dispositions chez les ministres du 8 Mars, motivés pour prouver leurs capacités à diriger le pays, réussir là où les autres ont échoué. Il y a là un challenge et un grand défi, mais surtout beaucoup d’embûches. Il est urgent d’insister sur la vie fonctionnelle de la société libanaise, profondément dépendante des mécanismes vitaux du quotidien.
D’autre part, les sujets de litiges ne manquent pas, surtout au ministère des Affaires étrangères dont le titulaire fait montre d’un manque d’objectivité, de fraternité et d’humanisme face aux révolutions arabes. Il en est de même du ministère de l’Intérieur, qui laisse s’opérer l’implantation de groupuscules armés au milieu d’habitations civiles, l’occupation de terres appartenant au patriarcat maronite, un acte portant atteinte aux bien de la communauté chrétienne, donc au pacte de coexistence libanaise. Que serait-il arrivé si des chrétiens avaient squatté des terres appartenant à la communauté chiite ? Et si l’on essayait de plonger dans les dédales des ministères des Finances et de l’Économie pour y trouver les preuves d’une mauvaise gestion ou de malversations (comme certains le souhaitent) ?... Il ne faut pas oublier que la crise économique libanaise prend ses racines dans la guerre fratricide du Liban, suivie de l’occupation syrienne. Durant ce laps de temps, les dirigeants et les occupants de toutes catégories se sont servis de toutes les façons possibles : des biens publics, des deniers de l’État, et souvent des avoirs du peuple à leur portée. Après tant d’années, et même s’il y a prescription, les conséquences sont toujours tangibles. La reconstruction du pays et la remise sur pied de ses différentes institutions ont donc alimenté une dette publique toujours en ligne ascendante. Cependant le maintien de la note B de la dette souveraine par l’agence de notation Fitch prouve que la situation économique n’est pas désespérée.
C’est en survolant les événements sur une période déterminée que l’on peut définir leurs résultats et leurs conséquences, bonnes ou mauvaises, sur les réalisations futures d’une société. Espérons qu’avec le temps et l’évolution des régimes arabes, le Liban pourra retrouver sa stabilité et la paix que mérite notre peuple.
On ne peut passer sous silence l’expérience malheureuse de la « démocratie consensuelle » ; dont le président de la République a fait la promotion durant toute la période précédente. Cette forme de gouvernance n’a fait que mettre des bâtons dans les roues de l’exécutif, neutralisant les réactions positives, annihilant les réalisations, ramenant le débat au seul problème politique, devenu une vraie fixation. Pour que la présidence de la République conserve sa neutralité et soit admise par les deux bords, il fallait donc, a-t-on pensé, réunir les belligérants, de temps en temps, autour d’une table ronde, qui n’avait rien de constitutionnel, tout en éliminant de la discussion les sujets qui fâchent. Image trompeuse d’une entente qui n’en était pas une. Le peuple, lui, n’en avait que faire de ces...
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