Et l’on peut s’étonner à ce propos que, prenant les devants, des officiels présentent une version déterminée, orientée même. Basée sur la présomption d’un règlement de comptes d’ordre matériel, et non politique. Alors qu’on n’en sait encore strictement rien.
Côté déductions hâtives, l’opposition n’est cependant pas en reste. Elle soutient en effet que l’incident était planifié pour constituer un message de déstabilisation de provenance aussi bien régionale que locale.
Mais les cadres du 14 Mars, qui ne croient pas aux coïncidences fortuites, relèvent qu’avec Roueiss ou les attaques contre la Finul, les tirs contre les réfugiés syriens, les attaques contre les manifestants anti-Bachar, cela fait un bout de temps que résonnent les signaux d’alarme, et de machination diversifiée, par une puissance connue...
Cependant, les opposants se félicitent qu’à Antélias, contrairement à Roueiss, l’État a su faire rapidement acte de présence, par le truchement de ses forces de sécurité, de ses SR et de la justice pénale. On a en effet noté le débarquement, en quelques minutes, des enquêteurs du parquet, de la police judiciaire, du service d’informations des FSI et des renseignements militaires. Des personnes ont été interpellées aux fins d’interrogatoire. Les juges et les uniformes ont pu librement agir, inspecter la scène du crime. Alors qu’à Roueiss, le Hezbollah les en avait empêchés. Car cette agglomération de la banlieue sud, en bordure de la capitale, fait partie intégrante de son fief retranché, baptisé périmètre de sécurité. Elle a donc été interdite d’accès pendant 18 heures, le temps sans doute de tout nettoyer et de ne plus laisser de traces. Bien qu’il y aurait eu un tué, ce qui n’a même pas pu être confirmé. Rien n’a donc transpiré. Les habitants, sans doute bien chapitrés, ont parlé de l’explosion accidentelle d’une bonbonne de gaz...
Retour à Antélias. Si l’on doit retenir la thèse officielle d’un conflit d’argent, il aurait opposé quel individu à quel autre, ou quelles parties? L’identification des deux victimes présumées coupables, ainsi que l’interpellation d’un troisième homme soupçonné de complicité, devraient faciliter la découverte de la vérité.
Cependant, des observateurs avertis qualifient d’invraisemblable l’histoire évoquant une dispute qui aurait eu lieu, dans la banlieue sud, entre deux personnages au sujet d’une vente de voitures, l’explication entre eux ayant eu lieu à Antélias. Pourquoi, ajoutent ces sources, avoir apporté une charge explosive? Qui voulait faire sauter qui sans y perdre lui-même la vie ? D’autant que l’engin était bourré de clous, pour plus d’effets destructeurs ou mortels. Ce qui donne à penser, que l’on avait en réalité projeté un attentat susceptible de faire le plus de dommages et de victimes possibles. Sans oublier ce choix d’Antélias, étrange pour un différend personnel entre habitants de la banlieue sud.
Il n’est pas besoin de souligner que l’État continue à entretenir le flou. Bien qu’il dispose d’un dossier complet. Il ne dit rien sur les détails, comme sur le fait qu’on se demande pour quelle raison la charge a explosé avant terme. Un déficit de communication officielle qui non seulement suscite des interrogations, mais aggrave encore l’inquiétude des gens, et renforce le point de vue d’une opposition convaincue qu’il y a plan orchestré contre la stabilité du Liban pour le plonger dans les troubles, au moment où d’autres sont à feu et à sang...
Mais il n’y aurait pas que cela. Les souverainistes relèvent en effet que l’explosion à Antélias fait écho à l’expiration du délai d’un mois fixé par le Tribunal spécial aux autorités libanaises pour lui livrer les quatre inculpés du Hezbollah impliqués dans l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons. Le même jour, le TSL rencontrait les anciens ministres Marwan Hamadé et Élias Murr, la journaliste May Chidiac, et la famille de Georges Haoui, pour les informer que leurs affaires étaient désormais liées à l’attentat du Saint-Georges. Car les investigations avaient solidement établi un tel lien. Le président du tribunal, Antonio Cassese, répétait au même moment que rien ne saurait faire dévier la justice de son cours.
Pour tout dire, les opposants pensent que l’explosion d’Antélias, ou plutôt l’attentat qui devait y être perpétré et qui a tourné court contre ses auteurs eux-mêmes, est une confirmation du chantage classique prétendant que le Liban doit choisir entre le tribunal, entendre la justice, et la sécurité. Voire entre la vérité et la guerre civile.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Merci Monsieur Ronald BARAKAT. Je lis régulièrement vos écrits qui sont toujours excellents. Fond et Style Parfait. Rien à voir avec ce que vous avez supporté ICI !
14 h 06, le 16 août 2011