Des Allemands regardent un mémorial aux victimes du mur de Berlin. Au moins 136 personnes ont péri en tentant de le franchir. Michèle Tantussi/AFP
Dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 août 1961, une dizaine de milliers de soldats est-allemands lancent « l’opération rose » sur ordre de Walter Ulbricht, le dirigeant de l’Allemagne de l’Est communiste (RDA). Ils commencent à ériger « un mur de protection antifasciste », en fait une barrière censée mettre fin à l’exode des habitants de RDA et les empêcher de fuir par l’enclave capitaliste de Berlin-Ouest. Cachés dans les véhicules, creusant des tunnels ou sautant les clôtures, les Allemands de l’Est ont continué par tous les moyens à tenter de rallier l’Ouest. Au moins 136 d’entre eux ont péri en tentant de le franchir. Au total, 600 à 700 personnes, selon les historiens, ont perdu la vie en essayant de fuir le régime est-allemand.
Mais ceux-ci, ou ceux qui ont été emprisonnés pour avoir tenté de fuir, « ne sont pas les seules victimes de ce mur », a rappelé le président de la République allemand, Christian Wulff, lors de la cérémonie de commémoration samedi. « Derrière lui, des millions de gens ont dû renoncer à décider eux-mêmes de leur vie », a-t-il dit. La RDA comptait alors 19 millions d’habitants. M. Wulff s’est exprimé du mémorial de la Bernauerstrasse, une artère du centre de Berlin, le long de laquelle le mur était érigé. À la cérémonie, retransmise en direct à la télévision publique, participaient également la chancelière Angela Merkel et le maire de Berlin Klaus Wowereit, ce dernier déclarant n’avoir « aucune compréhension pour ceux qui relativisent les horreurs du mur ». « Le mur de Berlin était et reste une honte, et cela doit être dit clairement », a-t-il déclaré devant plusieurs milliers de personnes rassemblées aux abords du mémorial. Mais pour M. Wulff, la chute du mur en 1989 est la preuve que « au final, la liberté est indestructible. Aucun mur ne résiste de manière durable à la volonté de liberté », a-t-il dit.
« C’était très important pour nous de venir ici aujourd’hui », témoigne Monika Czesmat, qui réside à l’Ouest et est venue avec son mari. Entre deux photos des restes du mur devant lesquels ont été déposés des gerbes de fleurs « en mémoire des victimes du mur et de la division allemande », elle se souvient du 13 août 1961 comme d’un « jour terrible pour l’Allemagne ». La commémoration de samedi, qui a commencé au petit matin par la lecture de biographies de victimes du mur, a « une grande signification à la fois humaine et politique », a estimé Isabella Hodalski, Berlinoise qui réside dans la Ackerstrasse, toute proche du mémorial, et jusqu’en 1989 coupée en deux par le mur. À l’évocation du 13 août 1961, Werner et Käthe Wegend, deux retraités qui habitent aussi à Berlin, fondent quant à eux en larmes. Ils racontent l’angoisse de ce jour-là, la peur pour leurs enfants et leur espoir ému que « cela ne se reproduise jamais ».
(Source : AFP)

