Les Tunisiens ont commémoré le 55ème anniversaire du Code du Statut Personnel, promulgué par Habib Bourguiba, premier président et farouche partisan de l'émancipation des femmes. Photo Fethi BELAID /
Un millier de personnes réunies à l'initiative d'ONG féministes ont exprimé leur hantise de voir reculer ces droits dans le contexte d'une montée en force de l'islam politique, notamment le retour en grâce du puissant parti Ennahda, légalisé après la chute du régime de Ben Ali.
Le CSP, qui abolit notamment la polygamie et la répudiation, reste une exception dans le monde arabe. Le texte, inspiré par une lecture éclairé de l'islam sans faire référence à la Charia (loi islamique), est antérieur à la Constitution de 1959, dans laquelle Bourguiba fit inscrire l'égalité juridique des sexes et le droit au travail rémunéré.
"Mobilisation et vigilance" deux slogans clés pour la première célébration du 13 août sans Ben Ali, résume Ahlem Belhaj, président de l'Association des femmes démocrates (Atfd) qui chapeaute un collectif de six ONG.
"Nous célébrons le CSP cette année avec beaucoup d'opportunités pour la liberté mais en même temps sous la menace d'une remise en question de nos acquis", ajoute-t-elle à l'AFP.
"Il reste encore à faire, même si nous avons gagné une bataille historique en la parité hommes-femmes dans l'élection de la Constituante du 23 octobre", note-t-elle.
La Haute instance chargée des réformes a opté pour la parité hommes-femmes dans la présentation des candidatures dans un scrutin de listes à la proportionnelle au plus fort reste.
"Normal. Les femmes ont lutté contre Ben Ali et envahi massivement la rue durant la la révolution", poursuit Mme Belhadj.
Ben Ali pratiquait un féminisme d'apparence pour combattre les islamistes en faisant des femmes un alibi face aux détracteurs étrangers de son régime tyrannique, selon les observatuers.
Appelant toute la société civile à protéger le CSP, l'écrivain franco-tunisienne Sophie Bessis avertit qu'il y va de "l'avenir de la Tunisie".
ONG et partis de gauche ont appelé à l'intégration des dispositions du CSP dans la future Constitution et s'accordent sur une levée des réserves émises à la Convention internationale contre toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) de l'ONU.
Sana Ben Achour, juriste active dans un "pôle démocratique" de gauche, affirme le besoin d'épurer le CSP de certaines dispositions sexistes, dont l'inégalite dans l'héritage et l'interdiction aux femmes d'épouser un non musulman, "un privilège religieux en rupture avec le principe d'égalité", souligne-t-elle.
Le parti Ennahda, accusé de tenir un "double discours", n'était pas en reste pour la célébration du 13 août, journée fêtée et chômée en Tunisie. Un meeting de femmes voilées devait se tenir samedi soir pour une nouvelle démonstration de force de ce parti crédité des meilleures intentions de vote par des sondages.
"Ennahda soutient les acquis des Tunisiennes, y compris l'interdiction de la polygamie qui ne contredit pas le Coran", a affirmé un dirigeant de ce parti.
"Nous avons voté la parité et nous défendrons le CSP qui ne contredit pas nos convictions, nos valeurs ni les préceptes de l'islam", explique à l'AFP Noureddine Bhiri, membre du bureau politique.
"La femme avait été, au même titre que l'homme, victime de l'injustice sous le régime de Ben Ali, il est temps pour elle de participer au pouvoir", plaide cet avocat, dont l'épouse était l'unique membre voilée du barreau.
Il s'est néanmoins montré réservé sur l'égalité dans l'héritage, qui reste, selon lui, une affaire sociale relevant du degré de la maturité populaire".
Les femmes représentent la moitié des dix millions d'habitants et le quart de la population active en Tunisie.
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