Pour donner toutes ses chances au dialogue, des concertations supplémentaires sont nécessaires, a affirmé en substance hier le chef de l’État, au cours d’un iftar donné au palais présidentiel. Dans un Moyen-Orient en pleine mutation, la tâche qu’il s’est fixée ne sera pas facile, compte tenu de l’impact prévisible des développements régionaux sur la situation interne et sur la malléabilité des protagonistes du dialogue. L’intérêt supérieur du Liban, c’est évident, n’est pas encore en tête des priorités locales.
Il est aussi un autre facteur dont doit tenir compte le président Michel Sleiman : celui de la sécurité interne. À cet égard, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien entre l’explosion qui s’est produite hier dans un parking à Antélias et celle qui a ébranlé le quartier de Roueiss, dans la banlieue sud, il y a deux semaines.
La comparaison se justifie par la confusion sciemment entretenue sur les origines des explosions. À Roueiss, assure le Hezbollah, il s’agissait d’une bonbonne de gaz. Il faut en douter. À Antélias, la version du ministre de l’Intérieur contredit certaines données immédiates recueillies par les télévisions et la caméra de surveillance, de sorte qu’on a l’impression que Marwan Charbel cache quelque chose. Sinon, qu’est-ce qui le pousserait à convoquer, pour aujourd’hui, le Conseil national de sécurité ?
Fort heureusement, toutefois, entre les deux explosions, il est une immense différence. La première s’est produite dans un « périmètre de sécurité » du Hezbollah, « zone d’exclusion » où les forces de l’ordre n’ont pu se rendre que 18 heures après la déflagration, tandis qu’à Antélias, aucun « black-out » n’a pu être fait autour de l’incident, les médias étant là pour démentir tous les mensonges que le pouvoir serait tenté d’inventer.
Espérons, à cet égard, que certains de nos ministres ne seront pas tentés de jouer les « faux témoins » pour couvrir des activités illicites, au nom d’une raison d’État mal comprise.
Car l’incident d’hier soulève, c’est évident, la question d’une culture de l’impunité – ou d’une ivresse du pouvoir –, qui risque de se répandre dans les rangs d’une partie de la population, et lui faire croire qu’elle peut tout se permettre, y compris, par exemple, empiéter sur les biens-fonds de l’Église maronite, à Lassa et ailleurs, ou transporter des charges explosives dans des parkings, ou empêcher les forces de l’ordre de pénétrer dans certains quartiers.
La journée d’hier a été marquée, par ailleurs, par l’annonce de l’imminence de la publication de l’acte d’accusation dans l’affaire Rafic Hariri. Là aussi, tout est fait pour brouiller notre vision et nous faire douter de la crédibilité des accusations lancées contre les cadres du Hezbollah, soupçonnés d’avoir exécuté l’attentat.
Le président du TSL, Antonio Cassese, a fait un sort aux allégations qualifiées de « grotesques », lancées contre le TSL. Il a conseillé aux quatre suspects dont il a rendu publics les noms et les photos, de se rendre au TSL, qui leur offre toutes les garanties d’un procès équitable. Ni une rhétorique verbeuse ni la violence n’empêcheront le TSL de faire son travail, a-t-il dit en substance.
Le retour à l’ordre passe par l’État et les institutions.

