En clôture hier, la Bourse de Paris a gagné 1,63 %.
De Séoul à Paris en passant par Londres, les places financières ont soufflé le chaud et le froid toute la journée, affolées par des craintes d’une nouvelle récession aux États-Unis et d’une contagion de la crise de la dette en zone euro à l’Espagne et à l’Italie.
Au plus fort de la chute hier, les marchés européens ont dévissé de 4 % à 6 %, se rapprochant d’un krach boursier, considéré comme une chute brutale des Bourses d’au moins 20 % en quelques jours ou de 10 % sur une journée. Sur une semaine, Paris avait perdu plus de 13 %, Londres un peu plus de 15 % et Francfort près de 19 %.
« C’est une panique générale », confiait Chris Weston, de chez IG Markets à Melbourne.
Mais à la mi-séance en Europe, les investisseurs ont subitement arrêté de liquider leurs titres, convaincus que la Banque centrale américaine annoncerait des mesures pour relancer la machine économique.
« Les investisseurs réalisent que les cours des actions sont aberrants et rachètent timidement quelques titres », commente Renaud Murail, gérant d’actions chez Barclays Bourse.
La tâche est délicate pour la Fed, qui va devoir jouer les équilibristes.
Comment en effet injecter des liquidités dans le système financier pour soutenir la croissance et éviter que les banques ne ferment le robinet du crédit, alors que les agences de notation fustigent le niveau trop élevé des déficits américains ?
Les États-Unis ne disposent plus de « munitions politiques » pour relancer la croissance parce qu’ils sont engagés dans une austérité fiscale, lance, pessimiste, l’économiste Nouriel Roubini.
Reste que vers 16h20 GMT, la Bourse de New York avait rebondi après sa pire journée depuis décembre 2010. L’indice vedette, le Dow Jones, gagnait 2,02 %.
Nombre de Bourses du Vieux Continent ont retrouvé des couleurs : en clôture, Paris a gagné 1,63 %, Londres 1,89 %, tandis que Francfort terminait à l’équilibre (-0,10 %).
Madrid a fini en baisse de 0,36 % et Milan en hausse de 0,52 %. Les gouvernements des deux pays restent soumis à la pression des investisseurs et des agences de notation, malgré la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter, sur le marché de gré à gré, leur dette publique. Les taux auxquels les deux pays empruntent ont beaucoup baissé.
« Dans des phases de tension extrême, il est courant de voir de tels mouvements de montagnes russes », a commenté Renaud Murail, gérant d’actions chez Barclays Bourse.
En Asie, on a également frôlé la catastrophe. La Bourse de Séoul a plongé de 10 % en séance avant de finalement clôturer sur une note moins dramatique à -3,64 %, son plus bas niveau depuis septembre 2010.
Hong Kong a fini à -5,66 % et Tokyo a cédé 1,68 %. Seule Bourse à surnager, Sydney, qui a gagné 1,2 %, soutenue par « une chasse aux bonnes affaires ».
Signe de la nervosité, les investisseurs se ruaient vers les placements financiers considérés comme sûrs. L’or a ainsi atteint un plus haut à 1 772,09 dollars américains l’once.
Les prix du pétrole étaient en légère hausse, tout comme l’euro, s’échangeant à plus de 1,42 dollar.
Depuis la crise financière de 2008, les investisseurs, particuliers comme professionnels (fonds d’investissements...), n’hésitent plus à liquider leurs titres à la moindre alerte afin de protéger leur mise de départ, selon des analystes.
Ils sont allergiques aux signes d’essoufflement de la croissance américaine, surtout après la dégradation historique de la note de crédit de la première puissance économique mondiale.
La zone euro ne parvient pas non plus à convaincre les investisseurs de sa volonté d’éviter une contagion de la crise de la dette publique qui menace d’emporter l’Italie et l’Espagne.
Les responsables européens se sont pourtant efforcés de rassurer (voir encadré).
L’Allemagne a proposé la création d’un « conseil de stabilité » pour accompagner les pays de la zone euro dans leurs réformes. Cette instance distribuerait aussi les bons et les mauvais points aux États membres.
Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a appelé une nouvelle fois les gouvernements européens à « faire leur travail » afin de réduire leurs déficits, notamment Rome et Madrid.
« Au total, et singulièrement depuis (la faillite en septembre 2008 de la banque américaine) Lehman Brothers, c’est la crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale », a-t-il souligné.
Des difficultés financières de l’Italie et de l’Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, précipiteraient l’implosion de l’euro, estiment les économistes.
Mais l’Allemagne et la France, les deux piliers politiques de l’Union monétaire européenne, s’opposent sur une augmentation de la taille du Fonds d’aide européen (FESF) en cas d’appel au secours de Rome ou de Madrid.
Créé en 2010 pour venir en aide à la Grèce, à l’Irlande puis au Portugal, le FESF est actuellement doté de 750 milliards d’euros, mais avec une capacité effective de prêts de seulement 440 milliards d’euros, insuffisante pour sauver l’Italie.
« C’est aux dirigeants politiques d’apporter les réponses adéquates pour apaiser les marchés. Jusqu’ici, c’est insuffisant », convenait François Duhen, analyste chez Crédit Mutuel-CIC à Paris.
Les pays endettés doivent adopter des politiques « monétaires et budgétaires concrètes et responsables » afin de rétablir la confiance des marchés, a réclamé mardi le Premier ministre chinois Wen Jiabao.
(Source : AFP)

