D’aucuns ont toutefois pris acte du fait que le Liban s’est contenté de « se dissocier » de cette déclaration, ouvrant ainsi la voie à son adoption, et ont de ce fait minimisé l’impact négatif laissé par cette position libanaise auprès de la communauté internationale.
L’un des plus virulents commentateurs, l’ancien député Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, a estimé que l’attitude du Liban au Conseil de sécurité est « un signal de son retour sous la tutelle syrienne ».
« Cette position adoptée face à 14 États au Conseil de sécurité menace d’affaiblir le Liban », a ajouté M. Allouche, soulignant en outre que « nul ne peut rester neutre lorsqu’il s’agit d’un drame humanitaire ».
« Nous ne pouvons pas blâmer notre gouvernement, car il remplit la mission pour laquelle il avait été formé, et c’est précisément d’assurer une couverture aux pratiques syriennes », a encore dit M. Allouche, reprochant au Premier ministre de « se comporter comme s’il ne voyait rien ».
Le député Ziad Kadri, membre du bloc du Futur, a estimé de son côté que ce qui s’est passé au Conseil de sécurité est « honteux pour le Liban et est de nature à nuire à sa réputation et à ses relations internationales ».
« Ce gouvernement persiste à vouloir se venger de l’image du Liban à l’étranger », a ajouté M. Kadri, se disant « conscient que la décision du cabinet Mikati n’est pas entre ses mains, mais plutôt entre les mains du régime syrien ».
Plus nuancé, son collègue Mohammad Hajjar a indiqué qu’il aurait souhaité que la position officielle du Liban à l’ONU « exprime le point de vue et les souhaits d’une grande partie des Libanais et réponde dans le même temps aux espoirs des deux peuples libanais et syrien ».
M. Hajjar a toutefois noté que la position adoptée par le Liban, en se dissociant de la déclaration, « ne signifie ni un rejet ni une acceptation » de ce texte.
Toujours au sein du bloc du Futur, Nabil de Freige a développé un point de vue différent de celui de MM. Kadri et Allouche, estimant que la position libanaise ne dressera pas la communauté internationale contre le Liban.
« La communauté internationale se montrera compréhensive à l’égard de la situation du Liban, d’autant que ce dernier n’a pas fait échec à la déclaration internationale, se contentant uniquement de s’abstenir de l’avaliser », a déclaré M. de Freige, tout en jugeant « clair que la position du gouvernement libanais est proche de celle de la Syrie ».
Allant encore plus loin, le député Antoine Saad a souligné qu’il aurait préféré, sur le plan personnel et en tant que membre du 14 Mars, que le Liban soutienne la déclaration du Conseil de sécurité. Mais il a reconnu qu’une autre position que celle qui a été adoptée aurait « créé des problèmes à l’intérieur ».
En revanche, plus virulent encore que MM. Kadri et Allouche, le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, a accusé le gouvernement libanais d’être devenu, après cette position « infamante » à l’ONU, « le partenaire du régime criminel qui tue son peuple en Syrie ».
Pour M. Souhaid, il fallait « une position de principe » prenant en compte l’aspect « moral » du problème. Il y a, d’un côté, un peuple qui subit la violence d’un régime et, de l’autre, un gouvernement (libanais) qui est soumis à ce régime.
« Nous sommes aux côtés du peuple syrien et contre le gouvernement libanais et le régime syrien », a ajouté l’ancien député, affirmant en outre que « le refus du Liban de s’associer à la déclaration du Conseil de sécurité place le pays dans une situation très difficile dont la responsabilité incombe au gouvernement Mikati ».
Quant au député Kataëb Élie Marouni, il a souligné qu’en adoptant cette position, le gouvernement libanais s’est « bien comporté comme un gouvernement monochrome, ne prenant pas en compte le point de vue de nombreux Libanais ».
« Si ces derniers avaient la possibilité de manifester dans les rues en soutien au peuple syrien qui réclame sa liberté, ils l’auraient fait », a ajouté M. Marouni, soulignant la nécessité de faire en sorte que « la diplomatie libanaise ne soit pas l’apanage d’un seul camp ».

