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Liban

Gilbert Moukheiber escalade le Monterosa pour s’adresser aux dirigeants mondiaux

Interview Gilbert Moukheiber, à la tête de l’association Mada, a représenté le Liban au projet d’ascension du Monterosa, en Italie, aux côtés d’une équipe de huit acteurs civils venus des pays du Sud. Cette initiative a été organisée en partenariat avec le Comité catholique contre la faim et pour le développement, CCFD-Terre Solidaire.
04/08/2011

Escalader le Monterosa (4 217 mètres d’altitude) est une idée originale en elle-même, qui s’enrichit aussitôt qu’elle est porteuse d’une mission symbolique dans un projet plus large. Le projet initial prévoyait l’ascension du mont Blanc en France, mais il y a eu un changement de plan à la dernière minute, en raison d’une tempête et d’une avalanche qui s’est abattue sur le mont Blanc provoquant la mort de deux personnes.
Les grimpeurs ne sont pas tous des alpinistes professionnels, mais des représentants d’ONG de quelques pays du Sud qui se sont lancés dans cette ascension en juillet dernier. Gilbert Moukheiber a représenté le Liban en tant que responsable de Mada, une association qui cherche à promouvoir « le tourisme solidaire, impliquant les communautés locales », et « partenaire principal du CCFD ». Les autres grimpeurs viennent d’Afrique du Sud, de Bolivie, du Pérou, d’Haïti, d’Inde, du Cameroun et du Sénégal. Ils ont participé à ce projet pour les mêmes raisons.
La « cordée » constitue à elle seule une image métaphorique, car elle illustre « le principe de solidarité et de confiance », puisque les « gens sont liés et avancent ensemble » en s’entraidant, explique Gilbert Moukheiber, soulignant que lui-même avait porté les affaires d’un autre alpiniste pour que ce dernier puisse atteindre le sommet du Monterosa plus facilement.
Les choses sont devenues plus intéressantes une fois le sommet atteint. Une « simulation de conseil de sécurité international alimentaire » a ainsi eu lieu le 23 juillet au plus haut pic, à 4 217 mètres d’altitude. Les « ascensionnistes » ont chacun à leur tour adressé un message aux décideurs mondiaux.
« Les sociétés civiles sont capables de se regrouper et de s’entendre sur des questions transnationales » et « elles veulent participer aux décisions du monde avec les pays du Nord et décider pour elles-mêmes » sont des fragments essentiels de ces messages qui ont été délivrés par tous les participants. L’accent est mis surtout sur l’importance des réalités locales qui doivent avoir plus de poids dans le développement de leurs États respectifs et du monde. C’est la « bottom up approach », selon Gilbert Moukheiber, qui intègre/insère les décisions au niveau local.

Image du monde
Dans son message, Gilbert Moukheiber a insisté sur « l’importance du tourisme solidaire » et « sur le rôle de la femme dans les projets de développement » au Moyen-Orient. En effet, l’expérience de l’activiste sur le terrain date depuis 1996 et le pousse aujourd’hui à confirmer leur succès. Le changement est visible selon lui lorsque, dans certaines régions défavorisées du pays, « des femmes qui n’ont aucune expérience de travail (...) participent à des projets de développement, qu’elles sont motivées et s’investissent réellement dans une activité productive ». Que ce soit « pour s’occuper des produits de terroir ou pour la gestion des maisons d’accueil, ou encore pour la rénovation des maisons de terre », les exemples appuient cette observation dans le Hermel, à Kwakh et dans la Békka du Nord, plus précisément dans le village de Deir el-Ahmar, où « même des femmes analphabètes s’occupent et prennent des décisions ».
Gilbert Moukheiber s’est même adressé aux bailleurs de fonds internationaux insistant sur « la relation entre les pays du Nord et ceux du Sud dans le processus de financement », indiquant dans ce cadre que « les financements se font sans prendre en considération la réalité et les priorités des pays concernés, sans impliquer non plus les communautés locales dans tout le processus, y compris celui de la prise de décision ».
L’ascension a été clôturée par une « image monde » réalisée avec le drapeau des Nations unies entouré des huit grimpeurs. Elle a été filmée sous la supervision de deux réalisateurs français, dans le but d’en faire « un documentaire ».

« Tourisme, sécurité, stabilité »
Au niveau personnel, Gilbert Moukheiber estime que cette ascension a constitué « un soutien pour pouvoir continuer avec Mada ». C’est aussi une « responsabilité morale pour les gens qui attendent beaucoup des ONG ». « L’ascension est reliée aux projets du quotidien » et aux efforts déployés au Liban, poursuit Gilbert Moukheiber. Après le récent projet du Akkar où un centre d’information touristique a été créé, « des projets sont encore prévus pour le mois d’août à Denniyeh et dans la région à partir de septembre, annonce-t-il. Une conférence nationale sur le tourisme solidaire aura même lieu l’année prochaine, en collaboration avec le ministère du Tourisme et les porteurs du projet. »
« Le Liban possède toutes les infrastructures, les ressources, les patrimoines naturel et humain et tout le bagage nécessaire (...) Un beau pays, un peuple adorable et pourtant la situation politique demeure un obstacle. » Une des conséquences de « la non-présence effective de l’État » est que « les habitants de certaines régions tendent à confondre le rôle de l’État avec celui de l’ONG ». Or les conditions vitales pour le développement de projets se lisent dans ces trois mots : « tourisme, sécurité, stabilité », insiste Gilbert Moukheiber.
Le tourisme solidaire et le tourisme responsable font partie du tourisme alternatif et sont déjà répandus au Liban. Rien à voir avec le tourisme ordinaire. Il s’agit de formes d’écotourisme où « les communautés locales sont intégrées au projet » et interagissent avec la clientèle, et où le tourisme responsable est plus proche de l’environnement. L’écotourisme met en scène « la nature, l’interprétation des milieux et génère une activité économique qui fait bénéficier les gens de la région ». Le tout dans un but de « minimiser l’impact négatif du tourisme » sur l’environnement, « d’assurer une expérience authentique » aux visiteurs et surtout de pouvoir « payer équitablement les gens porteurs du projet » afin de développer les régions concernées.
Gilbert Moukheiber est un « homme de montagne », passionné de spéléologie, d’alpinisme et d’escalade. Il a été formé en tant que guide de montagne à l’École française d’escalade et si, au départ, c’était plutôt son « style de vie », avec le temps, il en a fait un métier et se sent maintenant comme « un poisson dans l’eau ». « Au départ, il n’y avait pas de critère humain et seul le niveau sportif comptait, or avec le temps l’homme a été inclus dans la démarche collective de développement », constate-t-il en souriant.
Aujourd’hui, il est coordinateur de projets de tourisme alternatif et à la tête de plusieurs associations : Mada et « 33 North », une compagnie libanaise d’écotourisme au Liban, en Syrie, en Jordanie et au Maroc. Il est également l’unique coordinateur de la région du Moyen-Orient dans le réseau d’association AREMDT, qui se charge de créer du tourisme solidaire et responsable en Méditerranée.

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Lou Dupont

Félicitations à Gilbert Moukheiber et à tous les grimpeurs de la Cordée Solidaire !!! J'ai suivi de près leur ascension car je suis assez engagée dans la campagne "Aidons l'argent" menée par le CCFD-Terre Solidaire, et j'ai beaucoup apprécié la démarche de cet évènement original. Il est temps de se faire entendre par les dirigeants de ce monde dans lequel l'argent est roi. J'espère que l'appel aura été entendu et portera ses fruits !

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