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Liban - Le Commentaire

La viabilité du cabinet semble liée aux développements en Syrie

Une question qui ne trouve pas encore de réponse : est-ce qu’un changement des circonstances régionales qui ont engendré le gouvernement monochrome causerait de suite son départ ?
Il est notoire que ce cabinet est le produit d’une volonté syrienne s’exprimant par le truchement de ses alliés du cru. Le succès se trouvant assuré du fait de la magnétisation du bloc Joumblatt, qui s’est retiré du 14 Mars, mais également du petit groupe du président Nagib Mikati.
Damas a en effet décidé de ne plus composer comme auparavant avec Saad Hariri quand il s’est montré réfractaire à ses recommandations de déni et de dénigrement concernant le TSL. En réalité, il avait été demandé à l’ancien président du Conseil d’accepter un compromis sur la question. Mais il a répliqué que tout arrangement devrait être global, englobant tous les thèmes conflictuels. En passant par un congrès de réconciliation qui se tiendrait à Riyad, avec pardon mutuel des crimes du passé en vue d’une recimentation nationale autour de l’édification d’un État de droit fort, seul armé, étendant son autorité et le règne de la loi sur l’ensemble du territoire national sans exception.
Bien entendu, une telle vision ne pouvait sourire à une Syrie qui, malgré le retrait de ses troupes, ne voit dans le Liban qu’un vassal, voire la 19e de ses provinces. Pour elle, il s’agit de prendre avant de donner. Et c’est bien pourquoi la fameuse formule Berry dite S-S (Syriens-Saoudiens) a fait long feu. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal, interrogé à ce propos, avait répondu que le royaume retirait la main de la scène et de la situation libanaises. Tout de suite après, Damas a enjoint aux ministres chiites du précédent cabinet de claquer la porte. Provoquant donc la démission du gouvernement.
En un timing très bien choisi puisqu’en ce moment même, sur base d’une audience fixée antérieurement, Saad Hariri était reçu Barack Obama, qui dès lors ne serrait plus la main qu’à un ex-chef de gouvernement !

Changement
Ahurissante inversion des rôles : la nouvelle majorité a prétexté du respect de la vraie démocratie pour rejeter la démocratie dite consensuelle, qu’elle avait elle-même inventée, en imposant son application, sous la menace des armes, au sortir des législatives de 2005. Une dérive qui établit de force un cabinet d’union, mais en fait de désunion. Ainsi que l’obligation que toute décision importante soit prise à l’amiable en Conseil des ministres, sans recours à ce vote qui est l’essence même de la démocratie véritable. Qui dispose que la majorité doit gouverner, et la minorité censurer et s’opposer, dans la perspective d’une éventuelle alternance sur nouveau verdict des urnes populaires.
En s’emparant des rênes, de collusion avec les centristes, le 8 Mars montre qu’il veut mettre la main sur l’appareil d’État. Notamment par le biais des nominations et des permutations administratives, judiciaires, diplomatiques et sécuritaires.
Mais ce camp aura-t-il le temps de réaliser ses objectifs ? Répétons-le : l’existence du gouvernement dépend largement de la tournure que vont prendre les événements en Syrie. Pour le moment, rien ne se décante clairement sur ce plan. Le régime syrien résiste farouchement, et c’est là un euphémisme au regard des massacres qu’il couvre. Il est donc permis de penser que le gouvernement libanais tiendrait assez longtemps, mais sans avoir la tâche facile. Car ce qui se passe en Syrie permet aux souverainistes de renforcer leurs attaques politiques internes, du fait même de l’alliance du camp adverse avec le régime Assad. Sans compter que l’opposition, soutenue par la communauté internationale et l’Occident, trouve un terrain fertile, offert par les ruades du Hezbollah, dans la défense du TSL. C’est-à-dire de la justice et de la quête de la vérité dans l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons.
De même, et encore plus, car le champ d’action déborde le cadre libanais pour l’application de la 1701. Une résolution qui ordonne le tracé des frontières, en commençant par Chebaa, le démantèlement des bases palestiniennes d’obédience syrienne dans la Békaa, la neutralisation sous surveillance de la Finul et de l’armée libanaise de la zone de la ligne bleue au Sud-Liban, le verrouillage de la frontière syro-libanaise devant le trafic d’armes et la contrebande, la démilitarisation des camps palestiniens et surtout le désarmement du Hezbollah, considéré comme une milice illicite.
Il est vrai que sur ce point, les Nations unies ont accepté de laisser les Libanais régler le problème entre eux à l’amiable. Mais, au mieux, pour réguler l’arsenal du Hezb, en le mettant à la disposition de l’État représenté par l’armée. L’ONU ne peut pas fermer les yeux indéfiniment en se trouvant informée, via les déclarations du directoire du parti chiite, du refus catégorique de cette fraction de se soumettre aux ordres du Conseil de sécurité. Les sanctions pendent donc au nez du Liban autant que des dirigeants du Hezbollah, qui n’en ont trop cure. Car les avoirs qu’ils perdraient à l’étranger, ils peuvent, avec ou sans la générosité du waliy al-hakih perse, les récupérer.
Par contre, notre pays, déjà exsangue avec une dette publique de 50 milliards de dollars et une crise socio-économique galopante, en pâtirait. Le robinet des aides militaire, pédagogique, financière, économique, sociale ou culturelle serait coupé. Et cela se chiffre en centaines de millions de dollars, voire en milliards, par an.
Une question qui ne trouve pas encore de réponse : est-ce qu’un changement des circonstances régionales qui ont engendré le gouvernement monochrome causerait de suite son départ ? Il est notoire que ce cabinet est le produit d’une volonté syrienne s’exprimant par le truchement de ses alliés du cru. Le succès se trouvant assuré du fait de la magnétisation du bloc Joumblatt, qui s’est retiré du 14 Mars, mais également du petit groupe du président Nagib Mikati.Damas a en effet décidé de ne plus composer comme auparavant avec Saad Hariri quand il s’est montré réfractaire à ses recommandations de déni et de dénigrement concernant le TSL. En réalité, il avait été demandé à l’ancien président du Conseil d’accepter un compromis sur la question. Mais il a répliqué que tout arrangement devrait être...
commentaires (3)

C'est la somme des illusions perdues qui menace la viabilité d'un être.Ainsi du 14 au 8 mars tout libanais est vraiment déçu de ses tyrans qui tiennent à chacun à son tour les rênes du pouvoir , en misant toujours sur la chute d’ un pays pour prendre sa revanche . Responsables vraiment fous . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

04 h 53, le 04 août 2011

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Commentaires (3)

  • C'est la somme des illusions perdues qui menace la viabilité d'un être.Ainsi du 14 au 8 mars tout libanais est vraiment déçu de ses tyrans qui tiennent à chacun à son tour les rênes du pouvoir , en misant toujours sur la chute d’ un pays pour prendre sa revanche . Responsables vraiment fous . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 53, le 04 août 2011

  • - - - -Vous avez bien fait et félicitations d'avoir rendu Ces "GENS-là" soi-disant nouveaux en politique, effectivement responsables de la dette publique, Monsieur Emile KHOURY ! Qui comme vous le dites si bien s'élève à 50 milliards à cause de Ces "GENS-là", ha ha ha ! ! ! Et restons sérieux comme de bien entendu et disons le tout haut et en toute franchise : D'abord "qu'ILS" ne comptent plus du tout sur CE régime trop près ! d'à côté ! ! Ensuite qu'"ILS" ne comptent surtout pas sur la pérénité de cette "proto-néo" majorité et gouvernement actuelle, car malgré "LEUR" Vérrouillage Dictatorial tout a été prévu par la VERITABLE Majorité du 14 Mars pour éviter à CE Pauvre Pays un tel scénario CATASTROPHE ! Et qui serait très coûteux et malheureux pour le Pays qui ne peut plus se permettre UN tel "Luxe" de Fantasmes Destructeurs de DESPOTISME destructif ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

    ALAEDINNE Fahim

    04 h 20, le 04 août 2011

  • - - Vous n'allez quand même pas NOUS rendre responsables de la dette publique Monsieur KHOURY ! qui selon vous s'élève " toujours " à 50 milliards , mais en réalité et selon les sources des finances , elle aurait atteint plus de 65 milliards de dollars US !! Non soyons sérieux et disons le tout haut et en toute franchise ; d'abord ne comptez pas trop sur la chute du régime d'à côté ! ensuite , ne comptez surtout pas sur la chute de l'actuel majorité et gouvernement , car tout a été prévu et verrouillé pour éviter un tel scénario ..,qui serait très coûteux et catastrophique pour le pays , qui ne peut plus se permettre de tels luxe (s) et fantasmes destructeurs et destructifs .

    JABBOUR André

    03 h 29, le 04 août 2011

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