Contre vents et marées, le gouvernement présidé par Nagib Mikati est en train de marquer des points et d’avancer ses pions lentement mais sûrement. Un peu à la manière de son chef, c’est-à-dire sans coup d’éclat et en cherchant essentiellement à absorber les critiques et à désamorcer les bombes ; le gouvernement a entamé son action par des nominations indispensables qui étaient d’ailleurs prévues depuis longtemps et qui portent sur des postes qui ne reviennent pas à des personnalités sunnites pour ne pas indisposer cette communauté. Ces nominations auraient d’ailleurs dû être décidées par le précédent gouvernement s’il n’avait pas été paralysé par le dossier des faux témoins. La surenchère politique a quelque peu compliqué la désignation du général Abbas Ibrahim à la tête de la Sûreté générale, alors qu’il jouissait en principe de l’appui de toutes les parties. Finalement, la question a été tranchée en faveur du général Ibrahim, avec l’accord du chef de l’État et du général Michel Aoun. Le gouvernement a aussi lancé une campagne discrète pour calmer et rassurer la communauté internationale. C’est ainsi qu’en congé en France, Mikati a rencontré le Premier ministre et ministre des AE qatari, et il a prévu d’avoir des entretiens avec des responsables français. Ainsi, la visite du commandant en chef de l’armée, le général Kahwagi, en France a eu un impact positif et ce pays ne compterait pas suspendre ses aides à l’armée. De même, une délégation militaire américaine a visité récemment le Liban tenant pratiquement le même langage.
Certes, le langage officiel lie l’octroi d’aides américaines à l’armée à la position du gouvernement par rapport au TSL. Mais l’atmosphère générale permet de croire que le gouvernement Mikati réussira à trouver une formule qui montrera sa volonté de coopérer avec le TSL, tout en mettant en évidence les limites de ses moyens.
Sur fond de chaleurs estivales, tout le monde attend désormais l’échéance du 11 août, lorsque le délai accordé aux autorités libanaises pour l’arrestation des quatre personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt arrivera à expiration. Selon toute probabilité, les autorités libanaises ne parviendront pas à localiser ces quatre personnes et un rapport en ce sens sera envoyé au TSL, lequel devrait poursuivre la procédure, en passant sans doute à la vitesse supérieure, mais sans mettre en cause le gouvernement.
C’est pourquoi, sans écarter la menace que représente le TSL et qui, selon lui, ne disparaîtra que lorsqu’un règlement général sera trouvé, notamment entre l’Iran et les États-Unis, le camp de la majorité affiche une certaine sérénité. Selon lui, le slogan brandi par le 14 Mars réclamant la chute du gouvernement a ainsi très peu de chances de se concrétiser. La majorité estime en effet que le 14 Mars serait en train de perdre ses cartes l’une après l’autre. En dépit de toutes ses tentatives pour pousser la communauté internationale à encercler le gouvernement en vue de le paralyser puis de le faire chuter, celle-ci est en train de traiter bon gré, mal gré avec lui. De plus, les États-Unis ont de nombreux problèmes internes, et dans la région, l’Arabie saoudite est plongée dans sa lutte pour la succession et la France s’est enlisée dans le conflit libyen sans réussir au bout de quatre mois à lui trouver une issue acceptable.
Toujours selon la majorité, le camp du 14 Mars ne compte plus que sur deux développements qui pourraient retourner la situation en sa faveur : le TSL et la chute du régime syrien. Mais pour la majorité, la bombe du TSL a été désamorcée aussi bien par la campagne du Hezbollah que par l’attitude conciliante du Premier ministre, et le régime syrien semble tenir bon. En attendant que ces théories se vérifient (ou non), les informations en possession de la majorité montrent ainsi que le courant du Futur traverse une crise au niveau de ses cadres et de son commandement. L’absence prolongée de Saad Hariri et la rivalité larvée entre l’ancien Premier ministre Fouad Siniora et le député Nouhad Machnouk y sont pour beaucoup. Des sources parlementaires rapportent à cet égard qu’au cours des séances parlementaires du débat de confiance et alors que Machnouk prononçait un discours d’une rare violence appelant les ministres du Hezbollah à quitter le gouvernement, Siniora s’était approché de Nawwaf Moussaoui pour lui dire : « Ne lui répondez pas car vous en feriez un héros... »
Pour dissiper cette confusion et mettre un terme aux luttes intestines, les proches du chef des Forces libanaises Samir Geagea, qui a rencontré cheikh Saad en France, affirment que ce dernier devrait rentrer au Liban au début du mois de ramadan pour reprendre la tradition des iftars quotidiens qui permettent de resserrer les rangs sunnites et ceux du 14 Mars... en attendant les développements en Syrie et la suite du processus judiciaire entamé par le TSL. Les sources du 14 Mars annoncent ainsi la publication de la seconde partie de l’acte d’accusation qui impliquerait de nouvelles personnalités au Liban et en Syrie à partir du mois d’octobre. D’ici là, ces mêmes sources estiment qu’il faut redonner du nerf au 14 Mars pour qu’il empêche le gouvernement de souffler et d’aligner des décisions qui le rendraient populaire aux yeux des citoyens.

