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À La Une - Éclairage

Lassa : un conflit dangereux, bien plus politico-sécuritaire que foncier...

C’est bien beau. D’abord que le patriarche Béchara Raï réunisse à Bkerké les députés de la région (Jbeil), le Hezbollah représenté par Ghaleb Abou Zeynab, le commandant p.i. de la gendarmerie, le général Salah Gebran, et divers officiels intersectoriels. Ensuite, que d’une seule voix ils proclament : « L’affaire (de Lassa) doit être dépouillée de tout aspect politique et limitée au processus négociatoire juridique. Loin de toute exaspération, dans ce climat de dialogue comme de coexistence qui distingue la contrée de Jbeil. Dès lors, on se mettra d’accord pour établir un mécanisme d’application des résolutions retenues. En formant une commission de suivi, en vue de régler le sujet dans un délai déterminé (deux mois). En le retirant de la discussion médiatique. »
Oui, c’est bien beau. Sauf que la neutralisation envisagée est loin d’être atteinte. Et que le problème agite de plus en plus la région concernée. Ainsi, les présidents de municipalité, les moukhtars et de nombreux notables se sont rassemblés dimanche au domicile de l’ancien député Farès Souhaid et ont à leur tour formé un comité de suivi (et de combat), en demandant audience au chef de l’État, le président Michel Sleiman, natif de la région, ainsi qu’au patriarche Raï. Pour répéter que le pays de Jbeil rejette la dictature de l’armement milicien et refuse que la loi soit bafouée. Par la transformation de la localité de Lassa en un nouveau périmètre de sécurité, en zone sous contrôle du Hezbollah, échappant à l’autorité de l’État, d’accès interdit à l’armée ou aux FSI.
Cette fraction souligne la gravité des propos illicites tenus par le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan. Il a affirmé que les terrains, dont celui de l’église usurpée du village, n’appartiennent qu’aux membres de sa communauté. Le patriarche Raï a été chargé de trancher et de rendre leurs biens aux véritables ayants droit. Compte tenu qu’il y a eu agression et spoliation en ce qui concerne des parcelles appartenant à l’Église maronite, ce que les bordereaux du cadastre et nombre de documents, dont des titres de propriété, attestent depuis des lustres.
Sur ce plan, du côté de certains habitants chiites, on évoque des certificats datant des Ottomans. Ce qui justifie, selon eux, la construction, effectuée sans permis, de nombre de bâtiments sur des parcelles enregistrées par l’État libanais au nom d’autrui.

Captation
La loi est violée, mais le plus grave reste, insistent les notables, la mainmise du Hezbollah, perpétrée sous la menace évidente de son armement. Parallèlement, ils regrettent que certains députés de la région et des cadres aounistes soutiennent que le conflit est purement foncier, n’a rien de confessionnel, et que le Hezbollah n’y a rien à voir. S’il en était vraiment ainsi, relèvent ces sources légalistes, pourquoi des éléments chiites s’en sont-ils pris aux topographes et les ont-ils molestés, les obligeant à rebrousser chemin? Et pourquoi ont-ils agressé une équipe de télévision ? En précisant d’ailleurs à cette occasion, dans un clair aveu, que pour tourner un reportage à Lassa il faut obtenir d’abord l’autorisation écrite de la résistance ! Ensuite, martèlent encore les défenseurs cités, des véhicules, voitures ou motos sans plaque d’immatriculation (et qui en ose en présenter hormis le Hezb) ont déferlé sur Lassa. Le parti est si impliqué, concluent-ils, que son représentant, Ghaleb Abou Zeynab, a été l’un des participants principaux de la réunion organisée à Bkerké.
Dans le même esprit d’hostilité bien confessionnelle, le mufti Kabalan a prétendu que ce sont les chiites qui ont été spoliés par des chrétiens, exigeant que les terres leur soient rendues.
Mais la blessure est naturellement plus sensible quand il s’agit d’un reniement interne. Les notables réunis chez Souhaid avouent qu’ils comprennent mal que les aounistes, à l’exception notable de Nagy Hayek qui descend le Hezbollah en flammes, couvrent le parti de Nasrallah. En oubliant que les biens spoliés ne relèvent pas de simples particuliers, mais de l’Église maronite elle-même. Ils se demandent si le traité conclu par le CPL avec le Hezbollah va aussi loin dans ses effets. Est-ce qu’il est permis, disent-ils, de servir de paravent au parti de Dieu pour transformer une zone centrale du pays de Jbeil en fief annexé à la banlieue sud ?
Poursuivant leurs critiques, les souverainistes mettent en doute la crédibilité du CPL. Car il n’a cessé de prétendre au rôle de champion de la récupération des droits chrétiens. Or le voilà qui donne la Sûreté générale au Hezb, et maintenant Lassa. Sans protester contre le fait que les agressions contre les topographes et contre l’équipe de télévision n’aient eu aucune suite judiciaire... Les objections du ministre de l’Intérieur, le général Marwan Charbel, qui, au bout de quatre jours, avait menacé de démissionner si les coupables n’étaient pas déférés en justice, semblant dépassées ou oubliées. Comme son intention de dépêcher à Lassa une escouade de commandos des FSI pour des arrestations. En fait, selon ces sources, les plus hautes instances ont prié le général de geler son plan. Alors qu’au départ, il s’était concerté avec le chef de l’État en base de la nécessité de faire prévaloir l’autorité de l’État.
Mais que répond, pour sa part, le CPL ? Ses cadres affirment que l’opposition exploite de manière démagogique l’affaire de Lassa et la dramatise trop, en tentant de présenter le nouveau gouvernement comme soumis entièrement à la volonté du Hezbollah. Ils reconnaissent cependant, en le regrettant, que les développements ont affecté la popularité de leur mouvement dans la région. Pour indiquer qu’il fallait désamorcer la bombe en retirant le dossier du débat médiatique, ce que les députés ont demandé.
Sur le terrain, le commissariat de Kartaba envoie des patrouilles vérifier qu’il n’y a pas de constructions illicites en chantier. Pendant le délai de deux mois...
C’est bien beau. D’abord que le patriarche Béchara Raï réunisse à Bkerké les députés de la région (Jbeil), le Hezbollah représenté par Ghaleb Abou Zeynab, le commandant p.i. de la gendarmerie, le général Salah Gebran, et divers officiels intersectoriels. Ensuite, que d’une seule voix ils proclament : « L’affaire (de Lassa) doit être dépouillée de tout aspect politique et limitée au processus négociatoire juridique. Loin de toute exaspération, dans ce climat de dialogue comme de coexistence qui distingue la contrée de Jbeil. Dès lors, on se mettra d’accord pour établir un mécanisme d’application des résolutions retenues. En formant une commission de suivi, en vue de régler le sujet dans un délai déterminé (deux mois). En le retirant de la discussion médiatique. »Oui, c’est bien beau. Sauf que...
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