Dans l’affaire des empiètements sur les terrains de l’Église maronite à Lassa (Jbeil), Bkerké a décidé de faire marche arrière et de ne plus poursuivre le relevé topographique des biens-fonds qu’elle possède dans ce village, mais de les régler en chambre, sur cartes et non plus sur le terrain, avant d’aller plus avant.
C’est ce qu’a révélé hier l’un des responsables du conseil exécutif de la Ligue maronite, Talal Doueyhi, qui supervise l’opération pour le compte de cette instance et du patriarcat maronite.
Dans quelle mesure peut-on le faire simplement en comparant les documents écrits et les éventuelles cartes remontant à 1939, année durant laquelle l’Église maronite avait volontairement effectué ses relevés ? Cela reste à voir. Toujours est-il que les principaux concernés, le patriarcat maronite, ou plutôt l’archevêché de Jounieh, et la population locale, se sont accordés huit semaines pour trancher les litiges qui les opposent, et faire ressortir clairement la propriété des biens-fonds en question.
On sait que l’Église maronite possède quelque 3,6 millions de mètres carrés à Lassa, peuplé en majorité de chiites, et notamment une chapelle, que la population locale a transformée en lieu de culte chiite et refuse de restituer.
Bienveillance...
En principe, l’Église maronite bénéficie, pour faire valoir son droit, de la bienveillance des deux principales forces politiques chiites, celles du Hezbollah et celle du mouvement Amal, qui se sont engagées à réprimer d’éventuels fauteurs de trouble. Cette bienveillance s’est exprimée, mercredi soir, par la voix d’un haut responsable du Hezbollah, Ghaleb Abou Zeinab, qui a assisté à la réunion au cours de laquelle la décision de suspendre les travaux de cadastre a été signée. Les assurances du mouvement Amal ont été transmises au patriarche par le député chiite de Jbeil, Abbas Hachem.
Curieusement, le député Walid Khoury a fait assumer hier à la Ligue maronite la responsabilité de ce qui s’est passé. Il a affirmé que l’initiative d’effectuer des relevés cadastraux a été prise « sans coordination » avec la population locale, « ce qui a soulevé des problèmes ». Loin d’être responsable de ce qui s’est passé, le Hezbollah a joué un rôle d’apaisement, a-t-il assuré, précisant que sans ce parti, les rapports entre les topographes qui délimitaient les biens-fonds et la population auraient pu gravement dégénérer.
En somme, l’erreur de la Ligue maronite aurait été de croire qu’il existe effectivement un État, là où la loi du plus fort et la sécurité « à l’amiable » continuent de régner.
De son côté, dans une volonté de dédouaner l’allié chiite du CPL, le député Simon Abi Ramia a précisé que les contestations sur la propriété des biens-fonds émanent également de quelques maronites qui habitent Lassa.
Cadre juridique
Quoi qu’il en soit, Bkerké a demandé hier aux médias de placer le litige dans son cadre purement juridique et de ne plus jeter de l’huile sur le feu. Au terme de la réunion qui s’est tenue mercredi soir, le siège patriarcal a publié un communiqué dans lequel il a affirmé, noir sur blanc, que la propriété des biens-fonds de Lassa est « contestée », ce qui constitue de sa part une concession considérable à l’égard de la population, en comparaison de l’assurance affichée par le comité juridique, au début des opérations de cadastre.
Le communiqué affirme en particulier que « les présents ont parlé de la question des biens-fonds contestés dans la région et ont décidé à l’unanimité d’ôter à ce dossier toute coloration politique et de la circonscrire dans son cadre légal (...). Le litige n’oppose pas des partis ou des courants politiques, mais tourne autour de certaines questions immobilières ».
Ont assisté à la réunion de Bkerké, outre le patriarche Raï et l’archevêque de Jounieh Nabil Andari, les députés de Jbeil, Simon Abi Ramia, Abbas Hachem et Walid Khoury, le député Émile Rahmé, le commandant de la gendarmerie par intérim, le général Salah Gebran, le directeur des renseignements militaires à Jbeil, le colonel Richard Hélou, et une délégation du Hezbollah, présidée par Ghaleb Abou Zeinab.
Conviction
Redisons que le communiqué de Bkerké reflète une volonté d’apaisement qui va à l’encontre de la conviction de la petite équipe d’avocats et de topographes qui avait lancé, dans un premier temps, l’opération cadastrale, sur base de documents fiables établis en 1939, et qu’il s’agit aujourd’hui de confirmer définitivement.
Le patriarcat avisera, une fois que les faits auront été établis, a laissé entendre de son côté Talal Doueyhi, de la Ligue maronite, ce qui laisse supposer que Bkerké est convaincu de son droit, mais que des gestes d’apaisement pourraient être accomplis ou, plus prosaïquement, que des indemnités pourraient être accordées. Mais il est trop tôt pour en parler à ce stade, encore que le flou avec lequel les choses sont dites cache mal l’existence d’un malaise.
Selon Talal Doueyhi,
« non moins de 82 édifices sont construits sur des terrains de l’Église, sans compter les autres empiètements : mainmise ou vergers. Pour ce responsable, ces constructions ont été rendues possibles par une négligence inadmissible de la gendarmerie de Kartaba, chargée de réprimer les constructions sans permis. Beaucoup de ces édifices ont été construits avec une permission écrite du moukhtar de Lassa, d’autres par une agression pure et simple ».
Réactions
Le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, a demandé hier que le moukhtar soit déchu de son mandat. La réaction de M. Souhaid est symptomatique de l’indignation qui a saisi de nombreuses personnalités du 14 Mars, qui ne croient pas à la bonne foi des députés de Jbeil et de leurs alliés chiites, mais qui voient dans cette affaire un cas supplémentaire de l’hégémonie que le Hezbollah tente d’exercer sur l’État libanais.
« Ce qui se passe à Lassa laisse une impression négative sur le moral de la population de Jbeil, et sur les habitants de son jurd en particulier », a affirmé M. Souhaid, qui a demandé à l’Église « de ne pas céder ses droits sur ses terrains, sous la pression des forces de facto ».
F.N.


L’état (e minuscule) a abdiqué, ses représentants ne sont bons qu’à le simuler dans les medias à travers des discours en langue de bois. C’est hallucinant de voir que des litiges juridiques sont enterrés par des comités absurdes (que viennent faire les services de renseignements !) au lieu d’être réglés dans les tribunaux. Soyons réalistes et ne parlons plus d’Etat, il n’existe que dans les journaux télévisés de 20 heures. Par ailleurs, au lieu de combattre la corruption et de réédifier les institutions, le CPL passe son temps à cacher ses camouflets mais jusqu’ à quand Mon Général? Georges Hobeika
06 h 58, le 22 juillet 2011