Le second scénario serait que le régime parvienne à se maintenir à moyen terme au prix de réformes cosmétiques qui auraient l’avantage de diviser l’opposition entre partisans du jusqu’auboutisme et modérés. Il en a théoriquement les moyens si l’armée lui reste fidèle et au vu de la popularité dont Bachar el-Assad continue de jouir auprès d’une frange non négligeable de l’opinion. Mais l’affaiblissement local et l’isolement international qui en résulterait rendront cette situation intenable à long terme. Les réunions simultanées de l’opposition à Istanbul et à Damas ont d’ailleurs pour but de hâter le processus à travers la constitution d’un gouvernement de l’ombre bénéficiant de l’appui de la communauté internationale. Lequel pourrait se transformer en reconnaissance de la part de l’Occident.
Le troisième scénario serait que les deux parties admettent enfin qu’elles ne peuvent s’éliminer mutuellement et qu’un dialogue véritable entre elles s’instaure en vue d’une transition pacifique vers la démocratie. C’est dans cette perspective que s’est tenue la première réunion de dialogue national en présence du vice-président Farouk el-Chareh à l’initiative du régime. Mais l’absence des principales figures de l’opposition montre son degré de méfiance envers ce dernier soupçonné de vouloir seulement gagner du temps. Il est donc probable qu’à l’instar de ce qui s’est passé à Taëf et à Doha, aucune entente ne puisse avoir lieu sans l’intervention d’un médiateur. Probablement la Turquie.
De toute façon, un changement est inévitable, ce que même le régime s’est finalement résolu à reconnaître, bien qu’il soit conscient que ses fondements s’en trouveront ébranlés. On se dirige vers une longue épreuve de force qui, à moins de la réalisation du premier scénario catastrophe, pourrait déboucher sur une issue positive.
Une transition démocratique, même si Bachar el-Assad devait rester président jusqu’à de nouvelles élections, serait évidemment bénéfique à la Syrie. Et sa minorité chrétienne ne devrait pas craindre le retour au pouvoir de la majorité sunnite. Celle-ci en effet ne les a jamais traités comme les Coptes l’ont été en Égypte et les Frères musulmans sont minoritaires, sans parler des groupuscules salafistes. Quant aux Libanais et en particulier ceux du 14 Mars, ils ne devraient, dans les deux scénarios, que s’en féliciter. En premier lieu parce que le voisinage d’une Syrie plus démocratique est dans leur intérêt. Ensuite car un affaiblissement du régime, et à plus forte raison son remplacement, aurait des conséquences sur son alliance avec l’Iran et son appui au Hezbollah. Dans le premier cas car une partie de l’opinion syrienne y est hostile et qu’il sera probablement forcé de faire des concessions à la communauté internationale pour assurer sa survie. Et dans le second, car un retour des sunnites au pouvoir débouchera certainement sur un renversement d’alliances sous l’égide d’une prépondérance régionale turque. À l’instar de leur coreligionnaires syriens, les chrétiens du Liban ne devraient pas redouter cette éventualité qui devrait confirmer le rôle de force tampon de leurs deux branches politiques rivales dans le cadre d’un jeu démocratique plus ouvert.


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