Le premier a ainsi réuni en son domicile familial de Amchit, autour du patriarche maronite Béchara Raï, nombre de personnalités qui participaient, lorsque ce concept existait encore, au dialogue national. La raison officielle de ce raout était naturellement de rendre hommage au maître de Bkerké, en déplacement dans le caza, mais Michel Sleiman voulait afficher sa volonté de réunir l’ensemble du panel politique libanais et de ressusciter la table de dialogue telle qu’il la présidait au palais de Baabda avant que le chef du CPL, Michel Aoun, ne la dynamite prétextant le caractère « routinier » et « vain » des séances, toutes axées sur la stratégie de défense.
Le chef de l’État n’a pas caché, devant ses invités, qu’il n’allait pas tarder à multiplier ses contacts pour prendre le pouls des leaders nationaux et mesurer leur degré d’appétit concernant une éventuelle relance de ce dialogue qu’il juge « primordial » à l’aune de la division verticale qui scinde l’échiquier politique et des prises de position médiatiques les unes plus vitriolées que les autres, à la suite de l’émission des mandats d’arrêt à l’encontre des quatre suspects dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et du niet catégorique du Hezbollah de les livrer à la justice.
Sauf que le cercle est particulièrement vicieux. Plusieurs pôles de la majorité refusent de débattre de nouveau de la stratégie de défense, surtout si elle est l’unique point à l’ordre du jour, alors que l’opposition, emmenée par Saad Hariri, insiste pour que ce sujet soit, justement, l’unique invité à la table de dialogue, refusant catégoriquement que le Tribunal spécial pour le Liban soit objet de débat. Dans tous les cas, l’ancien PM attend d’entendre les propositions de Michel Sleiman pour prendre la décision adéquate.
Pour les milieux de Baabda, la mission du chef de l’État est pour le moins « difficile », surtout que le 14 Mars, qui s’est exclu du gouvernement, persiste et signe en répétant que le 8 Mars a réalisé un véritable putsch contre lui avec le soutien de Bachar el-Assad et de Hassan Nasrallah. Autre paramètre : l’acte d’accusation risque d’être rendu public, selon des sources proches du TSL, en raison du refus des quatre suspects de se présenter devant l’instance judiciaire. Ce qui fait que davantage de noms incriminés dans l’attentat du 14 février 2005, qu’ils soient commanditaires ou exécutants, seront connus. Résultat direct : le dialogue deviendrait alors de l’ordre de l’impossible... Seule solution que les cercles présidentiels recommandent aux deux parties : s’en référer à Michel Sleiman et faire en sorte qu’il reste l’arbitre auquel elles pourraient recourir en cas d’éventuel (et de moins en moins improbable) grand danger.
L’autre grand événement de ce samedi 16 juillet est la tournée de Nagib Mikati le long de la ligne bleue à l’ombre du conflit naissant et à peine larvé entre le Liban et Israël sur l’exploitation, notamment gazière, de la zone maritime comprise dans le tracé des frontières en Méditerranée approuvé par l’État hébreu mais contesté par Beyrouth.
Ce n’est certes pas la première fois qu’un Premier ministre en exercice se rend aux frontières méridionales et qu’il inspecte le travail en binôme de la Finul et de la troupe, laquelle, officiers ou simples soldats, a accueilli très favorablement le déplacement du n° 3 de l’État. Idem pour les responsables de la Finul et pour l’émissaire de Ban Ki-moon au Liban, Michael Williams, qui était présent.
Nagib Mikati en a profité, après avoir écouté les explications du général Jean Kahwagi, pour assurer aux soldats que le gouvernement était déterminé à augmenter quantitativement et qualitativement les armes de la troupe.
Il est à noter que la tournée du Premier ministre a eu lieu cinq jours avant le débat à huis clos au Conseil de sécurité sur le rapport du secrétaire général de l’ONU sur le suivi de l’application de la résolution 1701.


La mission du chef de l’État et du premier ministre Mikati et leurs efforts ressemblent à un dialogue de sourds pour un pays bien scindé en deux blocs confessionnels . Pourront-ils réunir le pays ??Un feuilleton à suivre Nazira.A.Sabbagha
04 h 58, le 18 juillet 2011