Concédant que le « printemps arabe » a montré que la volonté d’un peuple est d’une importance capitale et que les médias sont les plus puissants outils pour le changement, Hakim Almasmari, rédacteur en chef du Yemen Post, rappelle toutefois que « les médias sont parfois utilisés pour réprimer la volonté du peuple. Les médias ont influencé le printemps arabe, mais la question est de savoir si les médias ont été utilisés pour l’intérêt du peuple ou pour l’intérêt de pouvoirs acquis ». Pour M. Almasmari, les deux phénomènes ont eu lieu.
Riad al-Hassan, le président du conseil d’administration de Palestinian News, affirme pour sa part que « les médias peuvent aider au changement si les conditions internes sont propices à un tel changement. Celui-ci doit avoir lieu en Arabie saoudite, par exemple, où les femmes n’ont toujours pas le droit de conduire. Or il y a beaucoup de médias implantés là-bas, et rien ne se passe pour l’instant parce que ce n’est pas le bon moment ». Parallèlement, il souligne qu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, « ceux qui ont utilisé Facebook et Twitter ont appelé au changement, néanmoins une majorité des manifestants qui étaient dans la rue n’avait pas accès à ces réseaux, comme en Syrie où le mouvement est principalement rural ».
Par ailleurs, M. Hassan relève un autre point noir, qui peut être dangereux, « les divergences politiques peuvent conduire à des styles journalistiques extrêmes, comme c’est le cas aujourd’hui en Israël et dans les territoires occupés ».
Un autre « défaut » pourrait être attribué aux médias sociaux, souligne de son côté M. Mills, « la crédibilité de l’information. Il y a un gros risque avec ce genre de médias puisqu’on ne peut pas vérifier la source ni confirmer l’information », citant « l’affaire Amina », le blog « A Gay Girl in Damascus », qui s’est avérée être finalement un Américain.
Par ailleurs, la durée d’un conflit et les intérêts éditoriaux peuvent affaiblir l’information. Pour M. Guttman, « le côté dramatique de la guerre attire plus les rédacteurs, la paix étant moins fascinante. Avec le temps, les impasses sont en outre encore plus difficiles à transmettre de façon intéressante. C’est à ce moment-là que les médias commencent à se relâcher. Aujourd’hui, l’occupation israélienne et le processus de paix ne sont plus couverts de façon convaincante. L’histoire d’un boom économique en Cisjordanie a entraîné les lecteurs parce que c’était quelque chose de nouveau alors que les routes bloquées et les personnes dans les abris lassent l’audience. Les négociations internationales sont souvent dans les médias, mais ce n’est pas ce qui intéresse le plus les gens qui sont sur le terrain ». D’après le journaliste, on a plus besoin des points de vue des personnes ordinaires que de l’information statique.
Manque de crédibilité, manipulation de l’information par intérêt, absence d’information par ennui, les médias ont souvent la vie dure. Mais pour Nasser Shiyoukhi, photojournaliste pour Associated Press (AP), « alors que la crédibilité de propos peut être mise en doute, les images ne mentent pas, elles parlent d’elles-mêmes ». « La paix a besoin de photos », ajoute-t-il, soulignant que « jusqu’à présent, les photos ne montrent que la guerre et non la paix ». Il a été plusieurs fois empêché de prendre des photos, arrêté et malmené. Il reproche à certains Israéliens de ne pas lui avoir permis de transmettre l’enthousiasme que les Palestiniens ont pour la paix. « Je ne change pas la réalité, la réalité est présente dans mes images », conclut-il.
K. J.

