Le terme de « voyage en Orient » fut inventé au XIXe siècle : Chateaubriand passe comme l’initiateur de ces voyages, qui deviennent un passage obligé pour les romantiques.
Parmi les orientalistes qui rendent visite au Liban, la sincérité romantique d’Alphonse de Lamartine n’a pas son pareil. Lamartine caressait toujours le rêve de ce voyage qui confiait : « Ce désir ne s’était jamais éteint en moi : je rêvais toujours d’un voyage en Orient, comme d’un grand acte de ma vie intérieure. » Ce voyage, il va l’entreprendre en 1832.
De Beyrouth il dira : «À quelque cents pas de nous, la mer s’avance dans les terres et vue d’ici elle ressemble à un beau lac intérieur. Si nous montons sur la terrasse, ce beau lac se change en un immense golfe, clos d’un côté par le château mauresque de Beyrouth et de l’autre par les murailles sombres des montagnes qui courent vers Tripoli. »
Le séjour qu’il effectue à Hammana est probablement l’apothéose de son récit : « Un des plus beaux coups d’œil qu’il soit donné à l’homme de jeter sur l’œuvre de Dieu, c’est la vallée de Hammana : elle est sous vos pieds ; elle commence par une gorge noire et profonde, creusée presque comme une grotte dans les plus hauts rochers et sous les neiges du Liban le plus élevé : on ne la distingue que par le torrent d’écume qui descend avec elle des montagnes, et trace, dans son obscurité, un sillon mobile et lumineux. »
Aujourd’hui encore, le palais où il fut hébergé conserve fidèlement le souvenir du passage de Lamartine : au mur, trône une médaille à l’effigie du poète offerte par l’ambassadeur de France en 1933, à l’occasion du centenaire de la visite du poète.
Aux côtés des orientalistes français, les écrivains et poètes libanais de langue française font également honneur à la francophonie.
On en veut pour témoin Hector Klat et son poème Mots français, de 1910. Ou encore le grand Charles Corm qui chantait la France et la langue française avec tant de passion dans son célèbre recueil de poèmes, La Montagne inspirée (1934). Pour sa part, Michel Chiha, homme politique libanais et remarquable homme d’État, dédiait, alors qu’il n’était âgé que de vingt-quatre ans, un poème à Hector Klat dans lequel il chantait une vraie histoire d’amour entre ces deux pays si intimement liés et dont il trouve que la géographie les rapproche autant que l’histoire.
Plus récemment, l’apport du Liban à la francophonie s’est enrichi de dizaines d’auteurs qui s’expriment dans la langue de Molière, tels Andrée Chedid, Georges Schehadé, Nadia Tueni, Georges Corm, Salah Stétié, Alexandre Najjar et Amin Maalouf. La récente élection de ce dernier à l’Académie française est une consécration pour tous les militants conscients comme inconscients de la francophonie au Liban.
Pour parler du Liban, l’auteur du Rocher de Tanios a ces mots sans pareil : « On entend souvent dire que le Liban est une mosaïque de communautés, et qu’à cause de cela, la coexistence y est plus difficile qu’ailleurs.
« Pourtant, il suffit de promener son regard sur notre planète pour constater qu’elle devient elle-même, chaque jour davantage, une immense mosaïque de communautés, de peuples, de langues, de croyances.
« Le Liban n’est pas une exception, il est le miroir du monde, un raccourci de l’aventure humaine et une préfiguration de l’avenir commun.
« Si une coexistence harmonieuse et féconde s’avérait impossible dans cet espace réduit, comment pourrions-nous l’espérer à l’échelle du globe ? »
Le Liban est ainsi, pour Amin Maalouf, chargé d’une mission particulière. Pareillement, Jean-Paul II disait du Liban qu’il n’était pas un simple pays, mais un véritable message.
Au Liban d’aujourd’hui, le Liban de la coexistence, le français est un fait culturel, par-delà les communautés qui composent le pays.
Dans un discours prononcé à Beyrouth, le général de Gaulle déclarait : » Les Libanais ont été le seul peuple dont jamais aucun jour le cœur n’a cessé de battre au rythme du cœur de la France. »
Il n’y a pas parole plus juste qui ait été dite sur l’amour des Libanais pour la France et pour sa langue.
Le Liban et la France, la France et le Liban, sont des nations millénaires que lient une amitié, une fraternité et une unité des destinées.
La France est la marraine historique du Liban moderne, sa « tendre mère », selon le mot des maronites.
Le Liban a entrepris de payer la France de retour, en fournissant à la France une immigration de cœur et de qualité, les Libanais se fondant dans la société française de manière exemplaire, sans se faire remarquer, sauf à enrichir la France de leurs compétences et de leurs vastes possibilités, qu’ils lui offrent sans défaillir et sans arrière-pensées.
Le Liban a aussi et surtout tenu sa promesse immémoriale vis-à-vis de la France en portant, par le biais de ses écrivains et de ses intellectuels, la langue et la culture française à des sommets que n’ont pu égaler que les grands hommes français eux-mêmes.
La francophonie au Liban se porte bien ; mais elle pourrait aller mieux. Il est de notre responsabilité collective de la soutenir. Il nous faut retrousser les manches, remettre notre ouvrage cent fois sur le métier, comme nous l’intime Boileau.
Tâchons donc d’être dignes de cet héritage ; tâchons de ne pas démériter d’une si noble mission.
Élias R. CHEDID
Avocat à la cour


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J' ai lu avec intérêt et nostalgie, votre article dont j´ai suivis le developpement jour après jour. Vous avez concentré des pages d´histoire sous le titre des relations humaines et amicales entre le Liban et la France. En cette semaine; de la date de la commémoration de l´an 1789de la prise de la bastille; vous rendez un vibrant hommage à ce pays qui pourrait être pour un grand nombre de Libanais une seconde patrie. En évoquant, pour nous, cette France qui a bercé l´enfance et l´adolescence d´une génération dont je fais partie; vous m´avez remis en mémoire des amitiés passées...la famille d´outre-mer, l´école, l´université...Toute une vie imprégnée de Francophonie. Au fil de ma lecture, je revoyais avec nostalgie ces héros , ces écrivains, et le visage passé de cette France que j´aime. Oui la Fancophonie se porte bien! Cependant, en est-il de même pour la France qui, en ce début de siècle semble se envahie par les turbulences d´une mondialisation dont nous n´avons pas encore fini de voir le revers de la médaille?
09 h 44, le 16 juillet 2011