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Nos lecteurs ont la parole

Des galons d’homme d’État à gagner

Par Jihad MOURACADEH
C’est avec beaucoup de tristesse que je me sens obligé de m’adresser aujourd’hui au nouveau Premier ministre, M. Mikati, dans lequel tant moi que beaucoup d’autres avions pleinement confiance étant donné son profil qui tranche avec une classe politique issue des années d’occupation, ankylosée dans une idéologie d’un autre âge.
Je me limiterais à deux commentaires à propos de la déclaration gouvernementale.
La phrase l’armée-le peuple-la Résistance : vous admettrez quand même que c’est tout ce qu’il y a de plus antidémocratique. En effet, peut-on imaginer une défense tricéphale où l’une de ses composantes relève de l’État que vous représentez, une autre de commanditaires étrangers et la troisième enfin de son propre chef ? Que veut dire l’État quand le peuple peut prendre les armes comme il l’entend sans en référer à quiconque ? Ou la Résistance, non élue, prend ses propres décisions et construit ses propres infrastructures sans en référer à l’État ? Pire, elle s’arroge le droit d’arrêter qui bon lui semble ou de prendre le contrôle des ports et des aéroports tout en vous empêchant publiquement d’arrêter ceux qu’elle protège. Une Résistance enfin qui décide seule s’il faut ou pas se plier aux résolutions internationales et qui choisit celles qui lui convient, quelle que soit votre opinion ou celle de votre gouvernement ? Oseriez-vous lui imposer le respect de l’État ? Cela ne vous rappelle-t-il pas la Résistance palestinienne et les accords du Caire, en 1969, quand l’État renonça à ses prérogatives et à sa souveraineté sur une partie de son territoire afin de préserver la paix civile ?
L’État de 2011 serait-il aussi faible que celui de 1969 face à ceux qui se permettent de défier son autorité ? L’histoire va-t-elle se répéter ?
Passons aux choses sérieuses. Le TSL et la phrase de votre déclaration gouvernementale où vous conditionnez votre acceptation des obligations émanant de l’acte d’accusation du TSL créé par la résolution 1757 de l’ONU par le fait que les décisions du TSL que vous auriez à exécuter ne devraient pas mettre en danger la paix civile, entraîner des dissensions confessionnelles ou alimenter des sentiments de vengeance tout en couronnant le tout avec le « en principe » qui vous octroie le droit de décider si le TSL dit la vérité ou pas. Et vous prétendez respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ou suivre les travaux du TSL afin de décider si ses décisions vous conviennent ou pas ? Si vous pouvez les appliquer sans vous mettre à dos une partie de la population ? En acceptant cette formulation, n’avez-vous pas donné un droit de veto d’emblée à ceux que les décisions du TSL dérangent ?
Je renverse le problème. L’assassinat de dirigeants politiques dans ce pays ainsi que de journalistes n’a-t-il pas mis en danger la paix civile et ravivé les tensions confessionnelles ? Cinq ans de crise, c’est quoi au juste ? Et partant, comment pourriez-vous garantir qu’un nouveau Samir Kassir ne sera pas assassiné pour des propos ouvertement antisyriens ? En l’envoyant en exil, comme Farès Khachan ?
À propos, pourquoi avez-vous éliminé toute référence aux autres assassinats ou tentatives d’assassinat dans votre déclaration ministérielle ?
Votre gouvernement aura-t-il l’intention par exemple de se débiner de toute décision du TSL concernant l’assassinat de Gebran Tuéni ou Pierre Gemayel ? Moi, je veux bien que vous ayez des doutes à propos de la probité du TSL, mais alors que proposez-vous à la place afin de garantir l’immunité des dirigeants politiques et des journalistes ? Rien dans votre déclaration gouvernementale ne contribue à les protéger ! En fait, M. Mikati, votre déclaration ministérielle a mis les politiciens de ce pays devant le choix de plier sous la menace ou se taire. Et vous prétendez défendre un État de droit quand d’une part la classe politique est muselée par les menaces et de l’autre vous refusez le seul moyen qui pourrait enrayer cette menace, à savoir le TSL ?
C’est quand même paradoxal d’être à la tête d’un État tout en donnant aux autres les moyens de le détruire. Et si d’aventure vous devriez être victime de cette logique, à Dieu ne plaise, car vous auriez refusé de vous soumettre au chantage sécuritaire de certaines parties, estimeriez-vous alors que votre sang aura sauvé la République ou que vos louvoiements tels qu’exprimés dans cette fameuse phrase auront contribué à la détruire en encourageant les assassinats et en protégeant les assassins, quels qu’ils soient ?
Question subsidiaire : et si la victime devait être M. Hassan Nasrallah, que Dieu lui prête longue vie, vous feriez quoi au juste afin de protéger le Liban ?
Comment géreriez-vous l’explosion de colère de ses partisans armés ? Comment protégeriez-vous la partie de la population contre laquelle se portera leur ire ? En vous en remettant à la justice libanaise dont tout le monde connaît les moyens ou alors, comble de l’ironie, en demandant à l’ONU un TSL bis ? Car en fin de compte, M. Mikati, protéger la paix civile ne revient pas à accepter le diktat d’une des parties, si armée soit-elle. L’autre partie aussi, victime de ces assassinats, et qui considère qu’elle est protégée par le TSL peut menacer la paix civile si votre gouvernement devait bloquer les capacités d’action de son protecteur.
M. Nasrallah, lui, a été clair. Il n’est pas concerné par le tribunal, qu’il considère comme un instrument américano-sioniste qui vise à détruire la Résistance. Il a même défié l’autorité de l’État, la vôtre, refusant de livrer les inculpés du TSL quoique vous puissiez en penser ! Sa puissance militaire face à l’État de droit le lui permet. L’aurait-il seulement osé s’il n’était convaincu de votre incapacité et celle de l’État à le confronter ne serait-ce que politiquement ? En fin de compte l’avis d’un parti libanais ne représente pas l’avis de tous les Libanais et encore moins de l’État qui les représente. Si le chantage sécuritaire dans le genre du 7 Mai vous concerne à ce point – protéger la paix civile, dites-vous – à quoi cela sert-il d’avoir des élections quand vous n’êtes pas à même de protéger la démocratie ? N’allez-vous donc pas à contresens de l’histoire récente de la région qui épouse la démocratie et refuse les régimes totalitaires ?
Donnez donc un chèque à blanc aux chemises noires et contentez-vous d’expédier les affaires courantes, car de toute évidence vous n’avez pas eu le courage de vos convictions au niveau de la formation du gouvernement où les ministres et leurs portefeuilles vous ont été imposés par Michel Aoun, par exemple, malgré vos molles protestations concernant vos prérogatives de PM. Même au niveau de la rédaction de la déclaration gouvernementale que votre gouvernement a adoptée et que vous vous êtes empressé de renier publiquement le lendemain, créant un sentiment de contradiction entre vos convictions profondes et le texte qui vous a été imposé. Cela sans parler de votre prestation au Parlement, en clôture du débat de confiance, où vous vous êtes justifié en retournant le sens de votre engagement à « suivre » les travaux du TSL dans la déclaration ministérielle en disant que vous vous engagez à poursuivre vos engagements vis-à-vis du TSL, ce qui est très différent. Quant à votre justification du terme « en principe », vous arguez du fait que le ministre démissionnaire des Affaires étrangères l’a utilisée le 3 mars 2011 à une conférence des ministres des AE arabes, alors que vous savez pertinemment que ce ministre ne se référait plus au chef du gouvernement, M. Saad Hariri, mais uniquement à M. Nabih Berry qui, comme par hasard, est l’inspirateur de cette malencontreuse formulation dans la déclaration ministérielle.
Il vous appartient, M. Mikati, de défendre la République, d’établir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire libanais en confrontant ceux qui, sous divers prétextes, ont fondé un État dans l’État, et cela quel qu’en soit le prix, tout en confirmant votre engagement sérieux sans prétextes fallacieux à l’égard du TSL, en arrêtant les inculpés où qu’ils se trouvent afin que la vie politique puisse reprendre ses droits. Bref, soyez clair, honnête et conséquent avec vos convictions. Il vous appartient de faire à nouveau respecter l’État et ses institutions afin de gagner vos galons d’homme d’État. Là, le peuple vous soutiendra.
C’est avec beaucoup de tristesse que je me sens obligé de m’adresser aujourd’hui au nouveau Premier ministre, M. Mikati, dans lequel tant moi que beaucoup d’autres avions pleinement confiance étant donné son profil qui tranche avec une classe politique issue des années d’occupation, ankylosée dans une idéologie d’un autre âge. Je me limiterais à deux commentaires à propos de la déclaration gouvernementale. La phrase l’armée-le peuple-la Résistance : vous admettrez quand même que c’est tout ce qu’il y a de plus antidémocratique. En effet, peut-on imaginer une défense tricéphale où l’une de ses composantes relève de l’État que vous représentez, une autre de commanditaires étrangers et la troisième enfin de son propre chef ? Que veut dire l’État quand le peuple peut prendre les armes comme il...
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