S’exprimant en ouverture de la réunion, le vice-président syrien Farouk el-Chareh a estimé que le pays n’avait pas d’autre choix que le dialogue. Louai Beshara/AFP
M. Chareh a reconnu que le « dialogue commen(çait) dans un climat inconfortable, de suspicion » et que « beaucoup d’obstacles naturels ou artificiels (empêchaient) la transition » vers la démocratie. Les opposants au régime ont en effet décidé de boycotter ces pourparlers, exigeant avant tout contact « le retrait des forces syriennes des villes, la libération des prisonniers politiques et des manifestants pacifiques, ainsi qu’une enquête sur les crimes commis contre les manifestants ». Les manifestants refusent pour leur part toute discussion avec les autorités et exigent la chute du régime ainsi que des élections libres. « Il faut sortir de ce cercle vicieux (...) et organiser des manifestations sans autorisation préalable entraîne une violence injustifiée », a jugé M. Chareh au cours de la réunion, retransmise en direct à la télévision publique. « Il faut cependant reconnaître que sans les sacrifices consentis par le peuple syrien qui a versé son sang dans plus d’un gouvernorat, cette réunion n’aurait pas pu avoir lieu », a-t-il concédé. Dans le même temps, M. Chareh a annoncé la suppression d’ici à une semaine des « obstacles au retour de tout citoyen en Syrie ou à un voyage à l’étranger ».
Un écrivain proche de l’opposition, Tayyeb Tizini, a participé à la réunion en disant espérer son succès : « J’appelle cette réunion à être vraiment historique, en jetant les bases de l’État de droit qui a été violé jusqu’aux os. » Mais « les balles continuent à siffler à Homs et à Hama. J’aurais souhaité que cela s’arrête avant la réunion », a-t-il regretté, ajoutant qu’il aurait fallu également libérer les « milliers » de détenus politiques. « Pour sortir de cette situation, il faut mettre fin à l’État sécuritaire et œuvrer en faveur d’un État civil et démocratique où le pluralisme politique et la liberté de la presse sont respectés et en finir avec le règne d’un seul parti », a estimé pour sa part Mohammad Habache, membre indépendant du Parlement.
Nouveau gouverneur à Hama
Sur le plan diplomatique, le régime a convoqué hier les ambassadeurs américain et français à Damas pour leur faire part de « sa vive condamnation de leur visite à Hama (la semaine dernière) sans autorisation préalable », selon l’agence SANA. « Leur visite prouve qu’il existe un soutien et un encouragement de l’extérieur pour déstabiliser le pays, au moment où un dialogue national, qui a pour objectif de bâtir l’avenir de la Syrie, vient d’être ouvert », a-t-elle ajouté, évoquant « une ingérence flagrante dans les affaires intérieures syriennes ». Toutefois, un haut responsable américain a fait savoir que l’ambassadeur des États-Unis en Syrie n’a pas été « convoqué », sa visite à Hama ayant été organisée à l’avance à la demande de Washington. À Paris, l’ambassadrice syrienne a également été convoquée hier soir au ministère des Affaires étrangères, qui a protesté « vigoureusement » contre des dégradations faites à son ambassade et à un consulat après la visite à Hama de l’ambassadeur français.
Hier, le président Assad a nommé un nouveau gouverneur à Hama, Anas Naëm, en remplacement d’Ahmad Khaled Abdel-Aziz, limogé le 2 juillet au lendemain d’une manifestation qui avait réuni plus de 500 000 personnes appelant à la chute du régime.
Sur le terrain, l’armée a poursuivi hier son offensive sécuritaire dans la région de Jabal el-Zawiya, dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme. « L’armée, forte de dizaine de chars et de véhicules militaires, est entrée dans les villages de Maala et de Chanan et a effectué des perquisitions », a dénoncé l’ONG. Des perquisitions ont aussi eu lieu samedi soir et hier à Banias, où 25 personnes ont été arrêtées et d’autres frappées, selon la même source, qui a évoqué aussi des « tirs nourris » dans plusieurs villages autour de Homs et des arrestations dans un quartier de cette ville où un homme aurait été tué par les soldats. En outre, des manifestations avaient lieu dans plusieurs villes et localités en support à Homs. Des manifestations se tenaient aussi à Deraa et Hama. À Damas, dans le quartier d’al-Tall, des manifestants chantaient des slogans contre le « dialogue national ». Samedi, l’armée s’était déployée dans deux localités de la région de Jabal el-Zawiya, Kafarhaya et al-Zabour, où elle a procédé à des perquisitions. En outre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 200 personnes ont été arrêtées lors de manifestations vendredi. Plus de la moitié de ces personnes ont été interpellées à Homs. Le scénariste Oussama Ghannam, 36 ans, a été également arrêté vendredi lors d’une manifestation dans le quartier Midane à Damas. « Son sort est inconnu », a indiqué l’ONG. De son côté, Human Rights Watch a affirmé samedi que des soldats et des membres des forces de sécurité ont rapporté avoir été forcés de tirer sur des manifestants sans armes, sous peine d’être eux-mêmes abattus. L’ONG a recueilli les témoignages de 12 déserteurs réfugiés au Liban, en Syrie et en Turquie.
(Sources : agences et rédaction)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine