Dans son dernier discours (loin de moi le désir de vouloir décrypter ou analyser le contenu) où il faisait le procès du TSL, de ses procureurs et juges, avec des témoignages à l’appui sur l’intégrité de leur jugement, sayyed Hassan Nasrallah semble transcender les lois, ne faisant montre d’aucun sens de convivialité envers ses compatriotes. Ce n’est pas le fait de vouloir nous persuader de ses convictions, il est libre d’en avoir, c’est son choix. Moi-même j’ai un certain moment douté des capacités de ce tribunal, vu sa lenteur (déjà cinq ans passés sans résultats). Ce n’est pas non plus le fait de vouloir faire vivre une grande partie des Libanais parents des victimes dans un déni de justice, cela encore, je ne le discuterai pas maintenant et je laisse à d’autres la latitude de le faire. Ce dont je voudrai parler, c’est du fait qu’il rejette le pouvoir de l’État à appréhender les supposés inculpés. Il affirme que « ni ce gouvernement ni un autre, ni dans trente jour, ni dans un an, ni dans trente ans, ni dans trois cents ans » ils ne seront attrapés. Cette déclaration, provocatrice, faite de vive voix, sur le refus à l’État d’appliquer la justice m’a profondément blessée en tant que citoyenne n’appartenant à aucun parti présent sur la scène politique, si ce n’est à celui de mon identité de femme libanaise, ayant foi en son pays, son drapeau et son président.
Je me suis demandée : qui pourra vivre dans un pays fonctionnant sans amour pour son prochain, sans liberté et sans justice ? L’assurance avec laquelle sayyed Nasrallah s’approprie la légalité de l’État libanais prouve encore une fois le pouvoir des armes face à la démocratie. Car enfin si le Hezbollah ne possédait pas une armée dans l’ombre pourrait-il provoquer les symboles de ce pays de cette façon ? En l’écoutant, je me suis demandée ce que font les ministres du Hezbollah dans ce gouvernement. Ce qui me choque, c’est cette attitude détachée, face à tous ces assassinats. Le sayyed n’est-il pas curieux de savoir comment et par qui tous ces crimes ont eu lieu à une époque où la Syrie d’un côté et le Hezbollah de l’autre s’étaient attribués la sécurité du territoire libanais ?
Les mères, les femmes et les enfants n’ont-ils donc pas le droit de savoir qui leur ont tué : leurs fils, leurs maris, leurs pères ? Et pourquoi ? Au lieu de se préoccuper de dissimuler des présumés coupables, pourquoi le Hezbollah, avec ses capacités technologiques, n’a-t-il pas aidé l’État à attraper les criminels, ou au moins certains d’entre eux ? Ses membres ne sont-ils pas citoyens libanais assujettis aux lois de ce pays, sous la présidence du général Sleiman ?
Je vais conclure par une question et une réponse : dans trente ans, mes petits-enfants vivront-ils dans une théocratie ou une présidence ? La réponse est que dans trois cents ans, personne ne sera présent pour se préoccuper des résultats de ce discours, si ce n’est notre Dieu éternel, seul juge infaillible. Personne ne pourra alors échapper à sa justice divine.
En attendant, et à l’heure où les effluves de la liberté semblent envelopper le Moyen-Orient, notre pays s’engage dans le long et sombre tunnel de l’occupation par la dictature des armes.
Molly SELWAN

