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Jeux d’été

Pour autant qu'on s'en souvienne (car il y a 35 ans que l'on nous dénie le droit au courant électrique 24 heures sur 24), la clim', c'est délicieux par temps de canicule. Et quand la clim' marche à fond sans la moindre possibilité de panne, comme c'est le cas dans toute résidence présidentielle d'été qui se respecte, ce sont les esprits et non plus seulement les corps qu'imprègne la divine fraîcheur. À l'instar de la musique, ce sont les mœurs - et singulièrement les mœurs politiques - qu'adoucit la béatitude dispensée par les vaillants BTU Lesquels ne faisaient qu'épauler, il est vrai, jeudi au palais de Beiteddine, la consigne d'apaisement édictée par le récent sommet syro-saoudo-libanais.

C'est dire l'atmosphère des plus sereines qui a marqué la dernière session du dialogue national. Comme de coutume, les participants ont défendu des positions diamétralement opposées sur la question épineuse de la stratégie de défense. Mais ils l'ont fait sur un ton courtois, parfois amical et même à la limite badin, avant de se donner rendez-vous pour dans deux mois. Que les antagonistes se retrouvent régulièrement autour de la même table sans pour autant se sauter à la gorge, que l'on débatte invariablement sur l'impossible mariage de l'eau et du feu, sur l'abracadabrante cohabitation de l'État et de la milice, est-ce assez cependant pour que se perpétue cette partie de poker menteur entamée il y a déjà quatre ans ?

La réponse n'est guère aisée, dans un pays soumis comme on sait à un implacable chantage à la sécurité. Et quelle sécurité ! C'est en brandissant en effet le spectre du chaos, et plus précisément de troubles sectaires, que le Hezbollah escompte faire passer ses quatre volontés, qu'il s'agisse de son arsenal, de la diabolisation de la justice internationale, de l'arrimage du Liban à l'axe syro-iranien ou tout simplement de sa conquête systématique du pouvoir. Or temporiser, éluder la question, ce serait seulement perpétuer un statu quo qui n'en est pas réellement un puisque, par phénomène de grignotage, la milice ne cesse de consolider ses acquis. Et céder ne produirait qu'un semblant de sécurité et de stabilité, du moment que le pays aurait été irrémédiablement voué à l'aventure. Pile je gagne, face tu perds, telle est en définitive la règle d'un jeu où l'on a vu demeurer lettre morte, et même tomber dans l'oubli, les rares concessions faites, dans le cadre de ce même dialogue national, par les amis de Téhéran et Damas.

De cette impasse, la réunion de Beiteddine, pour inutile qu'elle ait été, a offert une intéressante illustration, avec le plan de défense présenté, quoique sans illusions, par le chef des Forces libanaises Samir Geagea. Le projet prévoit le déploiement dans les villages frontaliers du Sud d'unités de choc de l'armée, la Résistance islamique se plaçant sous l'autorité du commandement militaire. En dépit de son caractère explicitement transitoire, l'idée représente une évolution assez nette de la position classique du 14 Mars : en lieu et place de son intégration à la troupe, la milice continuerait en effet d'opérer en tant que corps constitué (une superdivision Hezbollah), quand bien même serait-elle assujettie par miracle au commandement de Yarzé.

Le concept n'a pas été mal accueilli par le président de l'Assemblée Nabih Berry, qui y a vu en effet un signe de progrès sur la bonne voie, à savoir cette mythique communion de l'armée, de la Résistance et du peuple censée assurer le salut du pays. Il ne pouvait qu'être dédaigneusement rejeté en revanche par les principaux intéressés : par définition, ce n'est pas de Yarzé, ni de Baabda, ni même de Beyrouth, où siège le gouvernement dont ils font partie, qu'ils risquent de recevoir des ordres.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Pour autant qu'on s'en souvienne (car il y a 35 ans que l'on nous dénie le droit au courant électrique 24 heures sur 24), la clim', c'est délicieux par temps de canicule. Et quand la clim' marche à fond sans la moindre possibilité de panne, comme c'est le cas dans toute résidence présidentielle d'été qui se respecte, ce sont les esprits et non plus seulement les corps qu'imprègne la divine fraîcheur. À l'instar de la musique, ce sont les mœurs - et singulièrement les mœurs politiques - qu'adoucit la béatitude dispensée par les vaillants BTU Lesquels ne faisaient qu'épauler, il est vrai, jeudi au palais de Beiteddine, la consigne d'apaisement édictée par le récent sommet syro-saoudo-libanais.C'est...