Extraordinaire ensuite parce que le diplomate n'avait pas lésiné sur les cartons d'invitation, ceux-ci ayant été adressés en effet à la totalité de l'éventail politique local, sans exclure les plus irréductiblement réfractaires à la tutelle syrienne. Extraordinaire enfin parce que la courtoisie du geste ayant été amplement payée de retour, c'est une affluence record qui aura marqué l'évènement.
On voudrait certes voir bon augure dans cet aimable échange de civilités. La question ne se limite guère toutefois à une profusion de vœux d'heureux anniversaire, de toasts et de petits-fours. Des années de crise consécutive à l'assassinat de Rafic Hariri et à la longue série d'attentats qui l'a suivi ont passé. Et parce que la terre ne s'est pas arrêtée de tourner pour autant (même si elle ne tourne pas toujours rond), le pragmatisme est venu commander un minimum de sérénité et de normalité dans les rapports avec Damas. À cette discipline ont été les premières à sacrifier des nations occidentales mille fois plus puissantes que notre pays. Elles ont donné le ton, et notre pays fracturé ne pouvait raisonnablement faire la sourde oreille. En attendant que passe aux accusations le Tribunal à caractère international statuant sur la violence meurtrière portée au Liban, voilà donc ce lourd dossier soustrait au débat public, comme à la négociation en cours avec la Syrie.
Le contentieux n'en reste pas moins considérable, cependant, l'essence du problème résidant invariablement dans le profond déséquilibre affectant d'emblée les rapports syro-libanais. Comme si l'énorme disparité en termes de potentiel démographique, militaire ou autre n'était pas encore assez, il est clair que Damas ne s'est pas encore résigné à s'engager sur la voie du réalisme avec la même conviction que son voisin libanais. Pour vivement appréciable qu'elle soit, l'instauration de relations diplomatiques n'a pas encore induit un commencement de début de délimitation de la frontière, pas plus qu'elle n'a mis fin aux infiltrations d'armes et de combattants. Elle n'a pas modifié surtout le comportement d'un régime syrien censé traiter désormais avec les autorités officielles d'en face mais qui ne se prive nullement d'entretenir au grand jour des liens d'alliance, et même de suzeraineté le plus souvent, avec des partis ou des personnages politiques locaux. Impensable à l'inverse serait, bien entendu, une situation où l'on verrait des hommes politiques syriens accourir au palais présidentiel de Baabda pour y recueillir, sinon quémander, la bonne parole.
Ce même lundi de fête, c'est toute la gamme d'accords bilatéraux qui était revue de concert à Damas, avant que d'être bientôt corrigée. De tous ces contrats souvent léonins, seule la convention mère, à savoir le traité d'amitié et de coopération liant les deux pays, semble échapper à la discussion, et donc à la révision. C'est pourtant ce même traité qui requiert, pour le moins, de sérieuses clarifications : des axiomes et principes qu'il recèle découlent en effet des dispositions sécuritaires totalement contredites par les faits. On pense en premier lieu à cet accord de défense commune qui n'a jamais induit la moindre intervention syrienne à chaque fois que le Liban était sauvagement agressé par Israël. Les armées libanaises n'ont jamais eu, elles, à se porter au secours de la Syrie, et pour cause : c'est sur notre sol, décrété terre de confrontation, que se paie le calme plat sur le Golan.
Depuis que dure le funeste tour de passe-passe, non moins de 37 anniversaires auront été célébrés.
Issa GORAIEB
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