Michel Farah récompensé pour ses services rendus à la France par l’attaché de défense français au Liban, le colonel Philippe Pétrel, le 13 mai 2011.
Mais c’est principalement sa forme physique et sa mémoire qui étonnent, et rien qu’à l’entendre, l’heureux auditeur peut voyager aussi bien au Liban qu’en Palestine, en France ou au Sénégal, avec des détails croustillants éveillant encore plus la curiosité.
Michel avait rencontré au Cercle des officiers de Paris sa femme Gisèle, de nationalité hongroise, décédée à Nice en 2008, et il vient de perdre il y a trois semaines son dernier compagnon, le général Aziz Ahdab. Il réside depuis six ans dans la villa de sa nièce Micheline Salem et son époux Georges Ghossoub à Beit-Chabab, qui veillent sur lui comme leur enfant.
Remerciements du général de Gaulle et de la France
Michel Farah a reçu, le vendredi 13 mai 2011, la visite de l’attaché de défense français au Liban, le colonel Philippe Pétrel, accompagné de Jean-Patrick Marmouget, ancien combattant, qui lui a remis la médaille de reconnaissance de la Nation française. Il y a 66 ans, son engagement à Paris dans les Forces françaises libres, de 1942 à 1945, lui avait valu une lettre de remerciements écrite à la main par le général Charles de Gaulle :
« Répondant à l’appel de la France en péril de mort, vous avez rallié les Forces françaises libres. Vous avez été de l’équipe volontaire des bons compagnons qui ont maintenu notre pays dans la guerre et dans l’honneur. Vous avez été de ceux qui, au premier rang, lui ont permis de remporter la victoire ! Au moment où le but est atteint, je tiens à vous remercier amicalement, simplement, au nom de la France ». 1er septembre 1945, C. de Gaulle.
Sorti major de promotion de l’école militaire de Homs en 1938, le lieutenant Michel Farah avait été 1er chef du 1er bureau du 1er état-major de l’armée libanaise du temps du général Fouad Chéhab. Il garde de très bons souvenirs de cette époque au cours de laquelle le Liban est devenu indépendant. Michel voyagea ensuite à Paris où il fut accueilli par son oncle paternel, Victor.
Michel a trois sœurs du second mariage de son père Gebran avec Zakia Farhat, Victoria et Marie-Thérèse, ainsi que Marcelle, toujours en vie à Clermont-Ferrand, et un frère, Raphaël, qui s’était aussi installé à Paris, épousant Yvette, une Française dont il eut deux enfants, les médecins Jean-Pierre et Gabriel. À la même période à Paris, leur cousin Alain Sélim Farah étudiait la médecine puis devint professeur à l’hôpital Ambroise Paré, et François Wadih Farah effectuait des études de mathématiques à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm avant de rentrer au Liban où il enseigna à l’école militaire de Fayadiyé.
L’oncle Victor et son cousin Sélim, tous deux jeunes médecins, s’étaient distingués en France, lors de la Première Guerre mondiale, où ils combattaient sur le front. Les trois quarts de leurs camarades de tranchée ont été tués lors d’un bombardement des forces allemandes, mais ils étaient restés sous les bombes à faire des pansements de qualité aux soldats blessés, ce qui leur avait valu une haute récompense de l’état-major français. Ils épousèrent par la suite deux sœurs, Andrée et Suzanne Picfeu.
Lettre du 27 février 1868 des chrétiens de Tyr à la France
Alors que les massacres des chrétiens venaient de secouer la montagne libanaise, provoquant des milliers de morts et de nombreux déplacés, les habitants chrétiens de Tyr, en majorité de rite melkite grec-catholique, adressèrent une lettre le 27 février 1868 à la France, demandant sa protection. Suite à cette pétition signée par le clergé et les notables de la ville, le grand-père de Michel Farah, portant le même nom, fut nommé attaché consulaire de France à Tyr. Cette lettre, écrite en français et conservée précieusement dans les archives de Michel, donne une idée de la dimension de la tragédie que le Liban a revécue un siècle plus tard. Elle commence ainsi :
« Le gouvernement français, dont la bienveillance a comblé tout le monde, a pris sur lui la première protection des intérêts de tous les chrétiens du globe, particulièrement des chrétiens habitant en Orient. Il a installé des consulats et des agents dans chaque capitale et chaque ville pour servir de refuge à tous les faibles, excepté notre ville qui, malgré l’ancienneté de son nom, se trouve, à son grand déplaisir, privée de l’honneur d’avoir une agence pour le gouvernement français, agence qui doit être en même temps la défense des chrétiens. »
Assistant archéologue du père Antoine Poidebart
Michel se souvient d’un des moments forts de sa vie lorsque, accompagnant son père Gebran, alors capitaine du port de Tyr, il était monté à l’âge de 22 ans sur le bateau « Diana » de l’amiral Rivet, qui commandait la base navale française de Beyrouth. Ils avaient été accueillis par l’amiral lui-même, ainsi que le père Antoine Poidebard, autour d’une table couverte de photos aériennes de la presqu’île de Tyr.
Le père jésuite Poidebard venait à Tyr pour tenter de retrouver les traces de l’ancien port égyptien de la ville orienté vers le Sud, et il demanda au jeune Michel de l’aider, ce qu’il fit en montant une petite équipe de marins plongeurs. Ils découvrirent rapidement les traces de deux jetées de 300 et 400 mètres de longueur, au large des vestiges de la cité. Les recherches archéologiques durèrent trois ans au cours desquels de nombreuses lettres de correspondance ont été échangées avec le père Poidebard, que Michel garde fièrement dans ses archives.
Artiste-peintre et poète émérite
Michel Farah, installé à Dakar en 1949, avait ouvert un atelier d’encadrement, la Maison du cadre, dans laquelle il peignait aussi ses propres aquarelles sur le Liban et sur l’Afrique. Il fournissait également la bibliothèque nationale de Dakar en livres anciens sur le Sénégal qu’il achetait au cours de ses nombreux voyages en France, Angleterre, Espagne... Artiste-peintre mais aussi poète, il a obtenu en 1998 le titre de poète émérite de la Bibliothèque internationale de poésie et travaille actuellement sur la publication de ses œuvres.
Michel avait perdu sa mère Zakia Zmero à sa naissance, alors qu’il n’avait que 20 jours, et avait été élevé par sa tante paternelle Eugénie. Il a voulu décrire aux enfants ce qu’est une « maman » :
« Maman ! / Appel ardent / de tous les temps / tous les instants
Dans l’allégresse / la solitude / et la tristesse
Maman ! / Un recours / un serment / hier, aujourd’hui et demain
Maman ! / C’est toujours / un cœur saignant / pour toi enfant. »
Et dans un autre poème, il enchaîne à propos de l’« Optimisme » :
« Laisse ouverte la porte du passé / Retire le voile de l’avenir /
Fait que par eux entrelacés / Le présent garde son sourire. »



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