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Liban - La Situation

Des maux et des mots

L’art de l’esquive, c’est plutôt sympathique. Mais il n’est pas sûr que ce soit précisément une qualité recommandable chez un ministre de... l’Information. Et le nouveau titulaire du poste, Walid Daouk, semble justement y exceller. « Pourquoi le point portant sur le tribunal est-il en retard ? » (entendre : pourquoi n’y êtes-vous pas encore ? ) lui a-t-on demandé hier, au terme de la sixième réunion de la commission chargée de la rédaction de la déclaration ministérielle. Réponse du ministre : « Parce que nous n’y sommes pas encore. » ( ! )
C’est à peu près sur un tel registre que, depuis quelques jours, le gouvernement démarre : on joue sur les mots, dans tous les sens de l’expression. D’abord en disant n’importe quoi au sujet des thèmes discutés – et de ceux qui ne le sont pas, ou pas encore – dans le cadre des réunions quotidiennes de la commission ; et ensuite en s’efforçant de régler par des mots les désaccords et les problèmes qui se posent, des mots que l’on voudrait arranger de telle façon à contenter tout le monde.
Or pour l’instant, c’est là qu’est le nœud principal au sujet du paragraphe relatif au TSL. Le Hezbollah, et donc ses alliés directs, préfère qu’il y ait un vide sidéral sur le tribunal dans la déclaration. Ils estiment qu’en n’évoquant ce dossier ni positivement ni négativement, le gouvernement serait en mesure d’éviter toutes sortes d’écueils.
Ce qu’ils proposent au cabinet naissant, c’est, en somme, de se cacher d’ores et déjà derrière son pouce. Quant à la transparence tant promise, elle n’a qu’à aller se rhabiller...
Naturellement, le trio « centriste » Sleiman-Mikati-Joumblatt, qu’un observateur malicieux n’hésite pas à désigner sous le label du « 14 Mars déguisé », ne l’entend nullement de cette oreille. Dans les milieux des trois, on réaffirmait hier, mais de façon encore plus affirmative que les jours précédents, qu’il était hors de question pour le Liban de se mettre en situation de confrontation avec la communauté internationale au sujet du TSL ou d’autres résolutions des Nations unies.
À leurs yeux, la nécessité d’un paragraphe plus ou moins clair à ce sujet s’impose donc, l’unique concession que le Premier ministre paraît être disposé à accorder étant le rajout d’une phrase sur le besoin de maintenir la stabilité intérieure au Liban.
Au bout du compte, pensent les observateurs, le Hezbollah finira par céder sur ce point précis. Après tout, il dispose encore jusqu’au 13 juillet – date à laquelle le cabinet devra impérativement se présenter devant la Chambre sous peine de perdre sa légalité constitutionnelle – et ne veut donc pas se presser. D’autant qu’avec la multiplication exponentielle des rumeurs, qui envahissaient hier jusqu’à Facebook, on risque bien d’ici là de se retrouver avec un acte d’accusation sur les bras.
Mais ces mêmes observateurs sont convaincus que le parti de Dieu se fera monnayer sa concession, et plutôt chèrement. Il pourra par exemple réclamer de ses partenaires gouvernementaux une solidarité exemplaire à l’égard de son arsenal. Le trio « centriste » sera-t-il en mesure de rejeter la transaction ? Rien n’est moins sûr, d’autant que ce trio a déjà fort à faire pour tenter de ramener sur terre des ministres aounistes livrés à leurs rêves de grandes joutes et d’héroïsme antiharirien.
Après le ministre joumblattiste Waël Abou Faour qui, il y a deux jours, s’est frontalement dressé contre son collègue Gebran Bassil, lui signifiant qu’il était hors de question pour le gouvernement d’avaliser les déclarations de son « beau-père » sur ses intentions de pousser les quatorze-marsistes en prison, c’était hier le tour du ministre des Finances, Mohammad Safadi, de tenir tête à l’autre mitrailleur du CPL au sein de l’équipe gouvernementale, Charbel Nahas.
La réunion de la commission ayant été consacrée à la « relecture » du volet financier et économique de la déclaration ministérielle, M. Nahas a saisi l’occasion pour exposer ses vues en la matière. Lesquelles, bien évidemment, sont aux antipodes de celles, plus orthodoxes, de M. Safadi.
Des observateurs malicieux pourraient en déduire qu’on a beau s’être éloigné de Hariri, abandonner le haririsme est une autre paire de manche.
L’art de l’esquive, c’est plutôt sympathique. Mais il n’est pas sûr que ce soit précisément une qualité recommandable chez un ministre de... l’Information. Et le nouveau titulaire du poste, Walid Daouk, semble justement y exceller. « Pourquoi le point portant sur le tribunal est-il en retard ? » (entendre : pourquoi n’y êtes-vous pas encore ? ) lui a-t-on demandé hier, au terme de la sixième réunion de la commission chargée de la rédaction de la déclaration ministérielle. Réponse du ministre : « Parce que nous n’y sommes pas encore. » ( ! )C’est à peu près sur un tel registre que, depuis quelques jours, le gouvernement démarre : on joue sur les mots, dans tous les sens de l’expression. D’abord en disant n’importe quoi au sujet des thèmes discutés – et de ceux qui ne le sont pas, ou...
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