Sans surprise, le régime libyen a dénoncé la décision des juges de la CPI comme une « couverture pour l’OTAN qui a essayé et tente encore d’assassiner Kadhafi ». Le ministre libyen de la Justice, Mohammad al-Gamoudi, a dit que son pays n’acceptait pas la compétence de la cour. Pour sa part, le gouvernement chinois a invité hier la CPI à faire preuve de prudence et d’objectivité dans la crise libyenne. « La Chine espère que la CPI pourra remplir ses devoirs, prudemment, équitablement et objectivement, et s’assurer que la mission qui lui revient contribuera authentiquement à la paix et à la stabilité régionales. La Chine s’oppose constamment aux actions contre les civils et plaide pour que toutes les parties résolvent les problèmes libyens à travers des négociations politiques pacifiques », a déclaré Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Il n’a ni condamné ni approuvé l’initiative de la cour.
L’OTAN, qui a pris le 31 mars le commandement des opérations militaires de la coalition internationale, a dit qu’il n’était pas de son ressort d’arrêter le leader contesté et ses alliés visés par le mandat, tout en assurant que sa campagne aérienne contre leurs forces se poursuivra à un rythme élevé. Les dirigeants de l’OTAN ont en outre démenti que certains bombardements aient pris M. Kadhafi pour cible. Hier, le conseiller juridique du département d’État américain, Harold Koh, a expliqué devant la commission des Affaires étrangères du Sénat US qu’assassiner un chef d’État étranger était interdit par décret et que cet ordre « s’appliquait dans le conflit » en Libye. Parallèlement, l’Allemagne a annoncé avoir fait une offre à l’OTAN pour lui fournir du matériel militaire pour ses opérations.
Pour les experts, le mandat d’arrêt va pousser le régime dans ses derniers retranchements, avec pour seule logique la victoire militaire. Selon Natalino Ronzitti, de l’Institut des affaires internationales de Rome, le mandat ne va pas hâter la fin du conflit : « Si des forces terrestres ne sont pas déployées, l’impasse va demeurer. »
Sur le terrain, les rebelles se sont emparés d’un important dépôt de munitions dans une zone désertique à 25 km au sud de Zenten, au sud-ouest de Tripoli. Le site de plusieurs kilomètres carrés abrite plusieurs dizaines de bâtiments avec des stocks d’armes. À court d’armes depuis plusieurs jours, cette prise va les aider dans leur marche sur Tripoli, dont ils ne sont plus qu’à une cinquantaine de kilomètres. En réponse, les pro-Kadhafi ont essayé d’envoyer des renforts par le Sud. Une colonne de véhicules loyalistes a été prise en embuscade et trois de leurs engins détruits, a affirmé la rébellion.
La rébellion continue aussi de marquer des points au niveau diplomatique. Deux nouveaux pays, la Bulgarie et la Croatie, ont reconnu le CNT comme représentant légitime du peuple libyen, alors que ses responsables sillonnent plusieurs pays, notamment occidentaux, à la recherche de soutiens politique et surtout financier. En outre, le Premier ministre canadien Stephen Harper a invité le président du CNT, Mustafa Abdel Jalil, à faire une visite au Canada, a annoncé hier le chef de la diplomatie d’Ottawa, John Baird. Par ailleurs, le président français Nicolas Sarkozy a reçu hier à Paris Mahmoud Jibril, Premier ministre du CNT. M. Jibril a fait part à M. Sarkozy de son mécontentement envers l’Union africaine (UA), qui vient de dénoncer le projet, selon elle, « d’assassinat politique » de M. Kadhafi par l’ONU.
La crise libyenne devrait de ce fait susciter des débats houleux demain et vendredi au 17e sommet de l’UA à Malabo, en Guinée-Équatoriale. De plus en plus de voix en son sein évoquent désormais un départ du pouvoir du colonel Kadhafi, un sujet longtemps tabou. L’organisation panafricaine dénonce en effet avec virulence l’enlisement de l’intervention militaire dont elle estime qu’elle sape son propre plan de paix, fondé sur un cessez-le-feu et l’ouverture de négociations vers des élections libres.
(Source : agences)

