« Une connaissance m’entraîne vers une première consommation de cannabis, vers une bande d’amis où je ne suis pas tout à fait encore comme les autres. Mais je veux leur ressembler, devenir “cool”. Très vite, je ne me contente plus de fumer. J’ai besoin d’être tout le temps un peu partie. J’ai découvert une drogue ennivrante qui me permettait d’oublier ma solitude. Physiquement, j’ai fini par ressembler au reste de la bande. Mes cheveux coupés à ras, j’ai enfin perdu mon visage d’enfant, mon visage innocent. »
La jeune fille poursuit son récit : « Bien des années plus tard, mon père regagne le domicile conjugal. Très tôt, il comprend qu’il n’était qu’un simple “invité”, arrivé trop tard. Un jour, lors d’une crise de manque – je ne savais pas encore à quel point elle rendait faible –, mon père découvre ma dépendance ainsi que ma relation amoureuse avec Sleiman, très impliqué lui-même dans la consommation et le trafic de stupéfiants. Fou de colère, il m’intime l’ordre de mettre fin à ma relation avec mon fiancé, sous peine de quitter la maison, offre inespérée puisqu’elle me permettait enfin de devenir libre et indépendante. Je décide de fuir de chez moi. »
« Avec Sleiman, trois mois durant, nous vivons ensemble. Je plonge encore plus dans la “jungle” de la drogue », poursuit Maha. « Il va m’offrir mes premières prises de Free Base (cocaïne purifiée, chauffée et transformée en gaz, dont l’effet est rapide, intense et encore plus addictif) et me forcer à la prostitution, que je ne connaissais pas encore, en me livrant à ses amis », observe-t-elle, effondrée. Pincés par la police, les deux « tourtereaux » reconnaissent leur débauche et leur volonté de s’en sortir. « Mais c’est très difficile. Il faut fournir autant d’énergie qu’on en met pour se procurer de la drogue », expliquent-ils.
À travers ce témoignage poignant, un constat s’impose, évident : l’univers de la drogue est terrible. Dans les profondeurs de cet « enfer », toute la dignité de l’être humain sombre dans une déchéance totale. Ce produit mortel menace la liberté et ruine la capacité physique et intellectuelle. Il est très dur pour les « malades » de guérir, car à force de consommer de la drogue, la dépendance prend le pas sur la volonté. Ils sont dans une telle situation de détresse qu’ils ne savent ou ne peuvent s’en sortir. Jeté dans la gueule du loup, à la merci de passions incontrôlables, le jeune drogué vit au quotidien l’épreuve insoutenable d’un enfermement, d’un inéluctable emprisonnement intérieur qui frôle l’esclavage. Arrêter peut devenir un véritable calvaire. Il préfère éviter de souffrir, et s’engouffre d’avantage dans les abîmes de la drogue.
La descente en enfer commence non seulement pour les jeunes « victimes », mais aussi pour leurs parents. C’est là que la mère de Maha, anéantie, s’interroge : « Comment ai-je pu ne pas voir ce qui arrivait à mon enfant ? Je ne voulais pas me rendre compte que ma fille était capable de devenir une droguée. C’est sans doute l’erreur la plus grave. J’ai pris les choses trop à la légère », confesse-t-elle.


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