« Pas de réformes à travers le sabotage et le chaos », a lancé hier le président syrien, Bachar el-Assad, tout en appelant à un « dialogue national ».Photo SANA/AFP
Répétant qu’« il y a un certainement un complot » contre la Syrie, le président a déclaré qu’il n’y aurait « pas de réformes à travers le sabotage et le chaos ». M. Assad a fait la distinction entre les manifestants qui, a-t-il admis, ont des revendications légitimes et les « saboteurs ».
Un discours qui n’a pas satisfait les contestataires. « Nous jugeons inutile tout dialogue qui n’aboutirait pas à tourner la page du régime actuel », ont répété les comités locaux de coordination, qui chapeautent les militants organisant les manifestations. Ils ont appelé à poursuivre « la révolution jusqu’à la réalisation de tous ses objectifs », estimant que le discours « consacre la crise ».
Après le discours de M. Assad, des manifestations hostiles au régime ont éclaté dans différentes régions de Syrie. À Irbin, une banlieue de Damas, quelque 300 manifestants ont scandé « non au dialogue avec des meurtriers », a rapporté un témoin. D’autres témoins ont fait état de manifestations à Madaya, près de la frontière libanaise, ainsi qu’à Albou Kamal, à la frontière avec l’Irak. Des manifestations ont également été signalées à Alep, où soixante personnes ont été arrêtées, Saraqeb, Kafar Noubl, Hama, Homs, Lattaquié et Deir Ezzor. Ammara Kourabi, un défenseur des droits de l’homme, affirmait également que l’armée tentait toujours d’empêcher les Syriens de fuir vers la Turquie. Samedi, des soldats et des miliciens fidèles à Assad se sont emparés de la ville de Bdama, située à 2km de la frontière avec la Turquie, incendiant des maisons et arrêtant des dizaines de personnes, ont rapporté des témoins.
Hier, les autorités ont, par ailleurs, montré à des diplomates et des journalistes une « nouvelle fosse commune » près de Jisr al-Choughour. Un journaliste a pu constater le retrait de huit cadavres et une source militaire a indiqué que 29 corps avaient été retirés de la fosse. Selon l’agence SANA, il s’agit des corps de policiers tués par des « groupes armés ».
Paris, Washington et Ankara critiquent vertement Assad
Sur le plan international, le ton se voulait de plus en plus virulent. Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a jugé que M. Assad avait atteint « un point de non-retour » et il n’y avait « aucune raison de le prendre aujourd’hui au sérieux ». Washington demande « des actes, pas des mots », a pour sa part indiqué le département d’État US. L’Union européenne a annoncé de son côté un renforcement de ses sanctions à l’encontre du régime syrien. Lors d’une réunion à Luxembourg, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont également appelé le Conseil de sécurité à leur emboîter le pas, critiquant la menace d’un veto russe. Mais hier, le président Dmitri Medvedev a réitéré son opposition à l’adoption d’une résolution. Dans une interview accordée au Financial Times, M. Medvedev a critiqué la manière dont les puissances occidentales ont interprété la résolution 1973 de l’ONU sur la Libye en en faisant « un bout de papier pour couvrir une opération militaire gratuite ». « Je ne voudrais pas qu’une résolution syrienne soit traitée de la même manière », a-t-il ajouté.
En Turquie, un conseiller du président Abdullah Gül a estimé que M. Assad disposait d’une semaine pour se lancer dans les réformes promises. « Dans le cas contraire, il ne serait plus possible de couvrir les dirigeants syriens car il y aurait un risque (...), que nous avons toujours craint, celui d’une intervention étrangère », a-t-il déclaré. En soirée, M. Gül appelait M. Assad à instaurer le pluralisme politique dans son pays. Pour M. Gül, le discours de M. Assad « ne suffit pas ».
(Source : rédaction et agences)


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