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Lifestyle - Rencontre

Ce mystérieux Monsieur M.

Il aime bien semer le doute, être partout et nulle part, emmêler les pinceaux des autres et leurs idées reçues. Alexandre Medawar énerve, déroute, séduit, provoque. Mais surtout, il s’amuse s’en avoir l’air et travaille... sans en avoir l’air.

Bizarre, vous avez dit bizarre ?... Photo Joe Kesrouani

« Je voulais être étudiant pour ne rien faire. C’est un peu pour ça que j’en suis où je suis. Je suis là mais je ne suis pas là... » Cette phrase qu’il lance en fin d’interview, après un retard de 35 minutes au rendez-vous pris et confirmé la veille – il l’avait oublié – ressemble bien à l’impertinence avouée d’Alexandre Medawar. Une confession diluée dans un parfum de mystère voulu, qui veut tout et ne rien dire. Tout comme sa bio affichée, tout comme ses confessions qu’il sert à mi-voix, avec un accent suisse chez le Libanais et un accent libanais chez les Suisses.
Secrétaire de rédaction à L’Orient littéraire, infographiste, designer, bloggeur, découvreur de talents, journaliste, commissaire d’expositions... l’homme qui se plaint souvent des dysfonctionnements locaux, au point d’en irriter plus d’un, se qualifie de « glandeur à la base ». Très irritant le monsieur... Sans doute le ton, l’acerbe. Sans doute également la vérité qui se cache derrière certaines critiques.
Alors pour tenter de comprendre cet agent très provocateur, il faudrait lire entre ses lignes, retenir le non-dit, apprécier ses idées et ses interventions dans des projets intéressants qui font souvent bouger les choses.
De sa bio officielle on retiendra l’officieux, sous toutes réserves. Né à Lausanne, le 15 août 1967 « à 16 heures 10 GMT », Lion ascendant Sagittaire, « l’aspect lion a été réprimé à cause de mon éducation », précise-t-il. Né apatride, un grand-père levantin, devenu français, qui épouse une Italienne d’Alexandrie, un grand-père maternel « vaguement yougoslave », une grand-mère suisse, et l’on se perd déjà dans les dédalles de son histoire. Sans nationalité mais « mélangé », il avoue : « En dehors de la Suisse, je suis suisse. Je pense comme un Suisse, je mange comme un Italien, j’ai un peu l’âme balkanique, pour ne pas dire le cœur... Je me suis toujours demandé ce que j’avais de libanais. »
Son retour après une enfance dans les écoles aseptisées de Genève, ponctuée de vacances libanaises, prouve tout de même qu’il y a trouvé, malgré lui, une satisfaction. En attendant une réponse. Anarchiste, râleur, plutôt « critique actif engagé », il a été fasciné par l’armée suisse où il a fait son service militaire, « là-bas, le noir est noir et le blanc blanc » ; l’étrange guerre libanaise, Samir Kassir, son père spirituel, avec qui il a collaboré dans L’Orient Express et dont il dit : « J’étais son petit soldat. » Le monde qu’il ne cesse de découvrir et la Corée où il aimerait se poser un peu dans le cap de sa demi-vie. « J’appelle ça une extension du domaine de la lutte... J’aime, souligne-t-il, tenter d’améliorer les choses dans un comportement et une action civiques. »

Projets et pseudos
La bio officielle affirme également que monsieur M. a entrepris des études de génie, rapidement interrompues, pour s’immerger dans les sciences économiques et sociales à Genève. Il obtient une maîtrise en géographie politique et finit par faire, un peu par hasard, de l’infographie. Une façon de s’intéresser « au désordre et à l’organisation du territoire », sujet de sa maîtrise. Treize cartes commandées par son mentor, le trop regretté Samir Kassir, l’ancienne maquette du Commerce du Levant et un aveu : « C’est comme ça que j’ai commencé à apprendre sur le tas tout ce que j’ai appris dans ma vie. » Plus tard, il s’appliquera à la conception de la nouvelle maquette de « L’Orient-Le Jour » et celle de L’Orient littéraire.
« Il ne roule qu’en deux roues, n’a ni réfrigérateur, ni télévision, ni air conditionné, peut-on également lire dans sa bio autorisée. Il aime aussi raconter des histoires. » Jusqu’à inventer des personnages, le plus connu étant Ali Hussein Badre, qu’il a voulu « designer né en Irak, exerçant entre le Proche-Orient et l’Europe ». Medawar, alias Badre, crée des objets subversifs, un « corps cagoulé de noir, transformé en lampe de chevet » ou encore un grille-viande basic avec, d’un côté, le nom de Bush et de l’autre celui de Saddam Hussein. Pendant que Ali fait une chose par an, Alexandre en fait plusieurs. Sous le label Logic Format, il s’occupe essentiellement de mise en forme infographique, mise en page, structure de site et de réflexion éditoriale. « J’aide le lecteur à mieux
lire ! Et, en signalétique, j’aide les gens à identifier les lieux dans lesquels ils sont. » Il a rédigé des textes dans son blog « Ligne de front », écrit des scénarios et des éditos, comme celui paru dans la revue La fureur des glandeurs. Depuis deux ans, il essaie de tisser des liens culturels avec la Suisse, à travers deux projets communs : le premier avec l’atelier de reliure Sofi Eicher, qui s’est chargé, en mars 2010, de former 12 personnes et d’animer des classes d’initiation à la reliure dans les écoles publiques. Et le second avec la maison d’édition lausannoise de Laurent Schlittler, Navarino, et la création d’un concours littéraire lancé dans le cadre de « Beyrouth capitale mondiale du livre 2009 » remporté par les deux lauréates ex aequo Diala Gemayel et Béatrice Khater.
« Moi, ce que j’ai fait ce matin ne m’intéresse déjà pas trop. Finalement, je suis libre... » Monsieur Médavar avec un v pour les intimes, remet ses ray Ban, sa veste militaire kaki et son casque, enfourche sa moto et repart en chantonnant : « I am a poor lonesome cowboy far away from home... »
« Je voulais être étudiant pour ne rien faire. C’est un peu pour ça que j’en suis où je suis. Je suis là mais je ne suis pas là... » Cette phrase qu’il lance en fin d’interview, après un retard de 35 minutes au rendez-vous pris et confirmé la veille – il l’avait oublié – ressemble bien à l’impertinence avouée d’Alexandre Medawar. Une confession diluée dans un parfum de mystère voulu, qui veut tout et ne rien dire. Tout comme sa bio affichée, tout comme ses confessions qu’il sert à mi-voix, avec un accent suisse chez le Libanais et un accent libanais chez les Suisses.Secrétaire de rédaction à L’Orient littéraire, infographiste, designer, bloggeur, découvreur de talents, journaliste, commissaire d’expositions... l’homme qui se plaint souvent des dysfonctionnements locaux, au point d’en...
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