Et quand. Car il a fallu à la nouvelle majorité non moins de 139 jours (25 janvier-13 juin) pour donner jour au cabinet. Une éternité qu’expliquent, sans la justifier, les conditions exorbitantes de certains, ainsi que le manque de confiance entre eux et le président du Conseil, dont ils craignent, sans trop le crier sur les toits, les prises de position ultérieures sur des questions importantes, comme le TSL ou la 1701.
Concrètement, des composantes majeures du 8 Mars se sont plaintes, en cours de route, pendant les tractations, des approches et des prestations de l’équipe de Mikati. Plus d’une fois, le président Michel Sleiman a dû intervenir pour éviter une rupture entre les deux parties. Les frictions se faisant encore plus vives quand elles se sont retrouvées en tête à tête, après la décision du 14 Mars de ne pas participer au gouvernement.
Les cadres du 8 Mars ont multiplié les critiques à l’encontre de Mikati, mais également du chef de l’État, en les accusant de bloquer le processus sur recommandation extérieure. En fait, ce qui a irrité ce camp au plus haut point, c’est que les deux hommes ont résolument refusé de le laisser monter un cabinet monochrome. Ils ont tenu au panachage, Mikati expliquant qu’il n’est pas venu pour former le gouvernement d’autrui mais le sien propre et précisant que sa contribution au renversement de la majorité du 14 Mars au profit du 8 Mars n’avait pas pour objectif obsessionnel de chasser le président Saad Hariri du Sérail, comme l’en accusaient ses partenaires, mais de servir de planche de salut, pour dégager le pays de la gangue des clivages et de la dispersion.
Défense
L’un des nouveaux ministres assure dès lors que l’avènement du cabinet réfute avec éclat tout le battage médiatique autour de la prétendue volonté de Mikati, soutenu par Baabda, de tout bloquer pour répondre aux vœux de Washington, ainsi que d’un Occident qui ne serait pas pressé de voir le Liban se doter d’un exécutif dûment investi, dans la phase actuelle que traverse la région. En prenant l’initiative d’une manière impromptue, le Premier ministre prouve clairement qu’il a été tout simplement calomnié par ses contempteurs du 8 Mars, poursuit ce ministre. Qui rappelle également que l’intéressé n’a pas non plus tenté de mettre sur pied un gouvernement de fait accompli ou de technocrates, comme l’en soupçonnaient également ses détracteurs, soi-disant alliés. De même, le président Sleiman n’a pas essayé de piéger la formation pour porter son gendre au pinacle, comme certains le laissaient entendre.
Il est évident, note un observateur, que l’on ne peut porter aucun jugement sur un gouvernement avant qu’il ait publié sa déclaration ministérielle, son programme, et obtenu la confiance de la Chambre. Et il faut d’ailleurs attendre de connaître son action, d’évaluer ses résultats, pour le juger, dire s’il est bon ou mauvais, et en quoi.
Cela, en théorie. Car en pratique, comme l’énonce un dicton bien de chez nous, hérité des correspondances émigrées d’outre-mer, une lettre se lit, se comprend, dès le libellé de l’adresse, sur l’enveloppe.
Prédictions
À partir de là, l’opposition ne se retient plus. Elle publie déjà le faire-part de décès du nouveau-né. Semblable à cette publication londonienne annonçant la perte de sir Winston Churchill, alors qu’il n’était encore que souffrant et bien en vie. Pour proclamer, après sa mort, « comme nous avions été les premiers à l’annoncer, sir Winston n’est plus » ( ! ). Pour les souverainistes, le gouvernement, étant finalement la chose de Bachar el-Assad, ne saurait survivre longtemps aux troubles en Syrie. Surtout qu’il est également le gouvernement du Hezbollah, dont la ligne s’inscrit contre les engagements internationaux du Liban.
Selon eux, Joumblatt a transmis une nette volonté syrienne, à son retour de Damas, de voir un gouvernement rapidement mis sur pied au Liban. D’ailleurs les propos tenus par Assad à ce sujet étaient on ne peut plus clairs. Même directive, poursuivent les cadres du 14 Mars, rapportée samedi par Taha Mikati, le frère du président Mikati, également dépêché en mission d’information à Damas. La Syrie veut montrer aux Occidentaux et aux Turcs qu’elle dispose encore de la carte libanaise. Même si elle a perdu l’atout du Hamas. D’ailleurs, aussitôt la proclamation faite, le chef de l’État syrien a appelé les présidents Sleiman, Berry et Mikati pour les congratuler chaudement.
Plus particulièrement, sans doute, le président de la Chambre, car c’est lui qui a tout débloqué, en acceptant de sacrifier la parité 6/6 entre chiites et sunnites, ne gardant pour sa communauté que 5 ministres, contre 7 aux sunnites. Un cadeau que des députés et des juristes ont critiqué comme constituant un dangereux précédent.
Dans ses premières déclarations d’intention, le président Mikati s’est montré prudent. Il a promis la libération de la terre, mais sans dire par quels moyens. Il a réitéré l’attachement du Liban à de bonnes relations avec tous les pays arabes, sans exception, mais sans évoquer les relations privilégiées avec la Syrie, comme cela se fait d’habitude. Il a réaffirmé le clair respect, selon ses termes, des traités internationaux ainsi que des résolutions de l’ONU, mais sans mentionner le soutien à la résistance ni l’équation chère au Hezbollah armée-peuple-résistance.
Il a déclaré enfin, et sans doute surtout, que son gouvernement, malgré une participation massive de la majorité, entendre du 8 Mars, et du Hezbollah, n’est pas le gouvernement du Hezbollah. Les opposants relèvent cependant qu’il ne lui suffit pas de vouloir renvoyer le débat sur l’armement ou sur le TSL au comité de dialogue national. Il lui faudra bien en traiter dans sa déclaration ministérielle. Et ils l’attendent donc au tournant. D’autant que l’acte d’accusation pointe son nez. Et que la Syrie reste redoutablement sur la sellette à l’ONU, même si la Russie et la Chine la protègent.


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