Le « système de gouverner sans gouvernement » est de la même famille que le tissu sans tissage, la culture hydroponique hors sol, l’endormissement en position debout... enfin tout ce qui est hors norme et qui se fait en dehors des sentiers battus.
Le « système de gouverner sans gouvernement » est le dernier cri des régimes, qu’ils s’efforcent « d’installer et d’introniser ». Tout est fait pour que ce nouveau régime réussisse à exister malgré sa « nature dénaturée ».
La nécessité pour les Libanais de découvrir un nouveau système même fantaisiste vient du fait qu’ils ont réussi à nécroser l’État, qui est maintenant en pleine décomposition et rongé par les vers. L’éclatement des centres de décision et les comportements égocentriques faisant fi des lois fondamentales de la République ont rendu vertigineuse la descente aux enfers. Personne ne se soucie de la Constitution. Et, plus grave encore, l’éthique s’est complètement perdue dans les méandres de l’égoïsme communautaire aveugle. Les pouvoirs constitutionnels sont devenus occultes et ne se trouvent plus là où l’on doit normalement les trouver. Ils sont ici et là, chez les « bailleurs de fonds », chez les « grands frères » ou chez « les amis qui nous veulent du bien » mais pas chez soi.
Le Libanais lambda désemparé a baissé les bras. Il est exténué, floué, humilié et ignoré. Il est jeté comme une vieille savate dans les égouts sans que personne ne prenne garde à son absence. Il est résigné devant la mutation du régime actuel en un système dénaturé de « gouverner sans gouvernement ».
Ce qui est révoltant c’est que, pour préserver la paix civile, le Libanais honnête ne veut plus manifester son mécontentement pour qu’il ne soit pas incompris et pour ne pas mettre en danger un pays qui a tant souffert. Le Libanais lambda montre plus d’honnêteté que les tenants du pouvoir qui sont supposés diriger le pays, le mettre en marche et le développer. Pour ces derniers, former le gouvernement est un luxe plutôt qu’une nécessité, une carte à jouer plutôt qu’un vrai atout pour le développement. D’où leur attitude à « gouverner sans gouvernement ».
Le pauvre Libanais ne sait pas encore pourquoi le sort s’acharne contre lui, ni pourquoi il a hérité de responsables politiques sans scrupule, qui traitent leurs concitoyens comme des « moins que rien ». Et puis on se dit : « Peut-être que c’est mieux d’installer le “système de gouverner sans gouvernement” si cela peut préserver la paix civile, ayant affaire à des personnes qui n’ont que faire de nos préoccupations et qui ne se soucient de personne, ni de rien. »

