Leader présumé d'el-Qaëda en Afrique de l'est, Fazul Abdullah Muhammad, 38 ans, échappait depuis une dizaine d'années aux Américains, qui avaient mis sa tête à prix pour 5 millions de dollars. /
La secrétaire d'état américaine Hillary Clinton, en déplacement en Tanzanie, a rapidement estimé que la mort de Fazul constituait un "coup significatif" contre el-Qaëda.
"Nous avons reçu cette information des autorités somaliennes", a déclaré le chef de la police kényane Mathew Iteere, confirmant des informations d'un haut responsable des insurgés somaliens shebab.
"Nos homologues somaliens nous ont dit que deux terroristes avaient été tués en Somalie mercredi. Ils ont été identifiés comme Fazul Mohammed et Ali Dere", a déclaré samedi M. Iteere.
"L'un des deux hommes est Fazul Abdullah, que Dieu bénisse son âme", a déclaré un leader des shebab, sous couvert d'anonymat.
L'information a été confirmée par une source des services de renseignements somaliens, le NSA.
"Si ça devait se produire, sa famille mettrait du temps à le savoir. On ne sait même pas s'il est en vie ou pas", a assuré une belle-soeur de Fazul, interrogée au domicile familial à Moroni (Comores).
Selon les services de sécurité somaliens, les deux hommes ont été tués dans la nuit de mardi à mercredi en périphérie nord de Mogadiscio lors d'un simple accrochage à un barrage routier.
Vers 02H00 locales, les deux individus circulaient à bord d'un pick-up chargés notamment de médicaments et d'ordinateurs portables et se seraient égarés en zone gouvernementale alors qu'ils tentaient de rejoindre les lignes shebab, selon une source sécuritaire régionale.
"Nos forces ont tiré sur les deux hommes qui ont refusé de stopper à un barrage. Ils ont tenté de se défendre alors qu'ils étaient cernés", a expliqué un commandant des forces TFG (gouvernement de transition somalien), Abdikarim Yusuf.
"Nous avons récupéré leurs documents d'identités, dont un passeport étranger", a-t-il précisé.
Selon une source somalienne proche de l'enquête, l'étranger avait un passeport sud-africain au nom de Daniel Robinson, né en 1971.
Le passeport, émis le 13 avril 2009, indique que son détenteur a quitté l'Afrique du Sud le 19 mars pour la Tanzanie, où il s'est vu remettre un visa de séjour, unique visa dans le passeport.
L'homme était en possession de 40 000 dollars en liquide, et de nombreux téléphones portables. Il venait apparemment de Lower Juba (sud de la Somalie), où il dirigeait un groupe de combattants étrangers sous le nom de guerre "d'Abu-Abdirahman le Canadien", a précisé la même source.
Contrairement à l'usage dans ce genre d'incidents, relativement banal à Mogadiscio, les deux corps ont été récupérés par le NSA et mis à disposition des services américains qui ont procédé à des tests ADN.
Le deuxième homme serait un Kényan dénommé Mohammed Dere, et non Ali Dere, comme indiqué par erreur par le chef de la police kényane, selon une source sécuritaire à Nairobi, qui précise que les services kényans procédaient eux-mêmes à des vérifications ADN.
Des photos prises peu après l'incident montrent le corps ensanglanté, gisant sur le dos, ainsi que le 4X4 au pare-brise --visiblement blindé-- criblé d'impacts de balles. Le visage montre des ressemblances avec l'avis de recherche diffusés sur internet par le FBI américain.
Leader présumé d'el-Qaëda en Afrique de l'est, Fazul Abdullah Muhammad, 38 ans, échappait depuis une dizaine d'années aux Américains, qui avaient mis sa tête à prix pour 5 millions de dollars.
Il était l'un des acteurs-clé des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam, qui ont fait 224 morts au total en août 1998. Il était également impliqué dans les attentats anti-israéliens de Mombasa (sud-est), qui ont fait 15 morts le 28 novembre 2002.
Cette même année 2002, il s'était vu confier la direction des opérations d'el-Qaëda pour toute l'Afrique de l'est, selon les services de sécurité américain.
Polyglotte, utilisant au moins une douzaine de pseudonymes, le fugitif était expert dans l'art du déguisement.
"Il avait subi une opération esthétique au visage pour paraître plus jeune, et voyageait régulièrement dans de nombreux pays africains", a précisé samedi une source shebab.
Il combattait depuis plusieurs années dans les rangs des shebab somaliens, qui ont fait allégeance au réseau el-Qaëda, et était plus particulièrement en charge des volontaires étrangers.
Sa mort intervient un mois après celle d'Oussama Ben Laden, tué par un commando américain le 2 mai au Pakistan.

