Rechercher
Rechercher

Liban - Le Commentaire

À mi-mandat, plaidoyer ulcéré des partisans du régime

Les proches du président Michel Sleiman s'indignent d'entendre répéter que le bilan de ses trois premières années de règne est négatif, voire nul. Ils soulignent qu'il n'est responsable de rien, d'aucun problème, d'aucune crise, alors qu'il a eu à faire face à des circonstances exceptionnellement difficiles, des épreuves qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait eu à subir. Avant Taëf, le président de la République disposait de pouvoirs régaliens. En théorie, dans le texte, il pouvait former le gouvernement à sa guise, puis nommer parmi ses membres un Premier ministre, primus inter pares. Il pouvait renvoyer le cabinet, limoger un ministre et dissoudre la Chambre quand cela lui chantait. Il contrôlait la majorité parlementaire et a fortiori la majorité ministérielle. Il bénéficiait donc de l'allégeance, de la loyauté du président de la Chambre autant que du Premier ministre. Il est vrai qu'en général, à de rares exceptions restées dans l'histoire, les présidents évitaient d'user de pouvoirs aussi étendus. Sagement, ils consultaient d'abord les députés puis désignaient un Premier ministre pour former, avec son concours, un nouveau gouvernement. Ils ne dissolvaient pas la Chambre. Ils n'en avaient pas besoin puisqu'en général, c'est leur volonté propre qui primait aux élections législatives. Mais par là même, ils gardaient tout compte fait trop de puissance. On disait : le président est un monarque républicain absolu et le chef du gouvernement n'est que son clerc d'office (bachekateb). Il y a eu, donc, une incessante campagne de contestation, au nom du principe de participation. C'est-à-dire de rectification de la discrimination. Ce qui a été accompli à Taëf.
Mais les armes et la guerre avaient déjà tout balayé. À partir de ce temps-là, les présidents, quels que soient leurs pouvoirs sur le papier, ne sont plus en mesure de faire autre chose que de gérer les crises au mieux. De colmater les brèches, limiter les dégâts, tenter de rapprocher les points de vue et d'arrondir les angles. Ils se trouvent réduits à un rôle de conciliateur, même pas d'arbitre. Avant le retrait syrien, quand on parlait de troïka, les présidents misaient sur Damas pour trancher, en cas de litige ou de confusion. Leur propre désignation, tout comme celle de la majorité des députés ou des ministres, dépendait du tuteur.

Confort perdu
À la libération, au départ de l'occupant syrien en 2005, la structure étatique libanaise est restée trop faible pour se remettre sur pied. Elle n'arrivait pas à arranger ses propres affaires internes, comme le prouve le blocage persistant des nominations administratives. De plus, elle se trouvait confrontée à une césure toxique, avec la confrontation entre le 14 et le 8 Mars.
Le président Sleiman s'est donc retrouvé, lors de son avènement, face à une situation tout à fait inédite. Avec une perte sensible des repères. Ainsi, le régime démocratique parlementaire avait dû, par suite du clivage, être mis de côté, au profit d'une aberrante trouvaille baptisée démocratie consensuelle. Un système, consacré à Doha, qui édicte que le pouvoir doit être partagé entre la majorité et la minorité. Et qu'en outre, toute décision majeure doit forcément être prise à l'amiable, sinon gelée. Donc sans recours au vote en Conseil des ministres. Comme on s'en doute, c'était, c'est toujours du reste, la paralysie assurée.
Pour couronner le tout et dénaturer encore plus le verdict des urnes, tout se déroule à l'ombre de la menace de l'armement hors légalité. Tout est faussé depuis le 7 mai, et même avant. On voit de la sorte les centristes obligés de faire basculer la majorité au côté du 8 Mars. L'armement milicien a été la cause directe, entre autres lésions, d'une crise de la présidentielle, puis du gouvernement, qui a duré de longs mois. Cause directe, également, du fait qu'à la Chambre la majorité a été obligée de reconduire Nabih Berry au perchoir.
Cette épée de Damoclès, ainsi que les contradictions internes, font que chaque fois que le président Sleiman doit traiter de la formation d'un nouveau gouvernement, après désignation d'un Premier ministre par les députés, il se heurte à d'innombrables contradictions. Découlant d'une part des conflits d'intérêts entre les courants, les communautés et les régions. Et, d'autre part, des ambitions intéressées, de groupes ou individuelles.
Aujourd'hui, cinq mois après la désignation du président Nagib Mikati, on attend toujours l'avènement d'un nouveau gouvernement. Si Michel Sleiman devait d'aventure décider de refuser une mouture qui lui serait proposée, serait-il accusé d'entretenir à dessein le vide institutionnel ? Mais si, malgré ses réserves, il souscrit à la proposition faite, pour ne pas se voir reprocher le blocage, ne serait-il pas responsable des actes ultérieurs du cabinet et de ses méfaits ?
Les proches du président Michel Sleiman s'indignent d'entendre répéter que le bilan de ses trois premières années de règne est négatif, voire nul. Ils soulignent qu'il n'est responsable de rien, d'aucun problème, d'aucune crise, alors qu'il a eu à faire face à des circonstances exceptionnellement difficiles, des épreuves qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait eu à subir. Avant Taëf, le président de la République disposait de pouvoirs régaliens. En théorie, dans le texte, il pouvait former le gouvernement à sa guise, puis nommer parmi ses membres un Premier ministre, primus inter pares. Il pouvait renvoyer le cabinet, limoger un ministre et dissoudre la Chambre quand cela lui chantait. Il contrôlait la majorité parlementaire et a fortiori la majorité ministérielle. Il bénéficiait donc de l'allégeance, de la...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut