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Liban - Éclairage

Cherche gouvernement, désespérément...

Le général Michel Aoun l'avait prédit : un obstacle en chasse l'autre. En effet, le processus de formation du gouvernement ressemble de plus en plus au jeu vidéo « Mario Bros » où chaque monde franchi ouvre la voie à un autre encore plus difficile, dans ce qui semble devoir être un chemin sans fin. La situation apparaît ainsi sans issue visible.
Après avoir été présenté comme l'homme qui multiplie les entraves devant la formation du gouvernement, le chef du CPL a décidé de multiplier les concessions ; il avait commencé par réclamer douze ministres, il a fini par en accepter dix, dont deux au courant des Marada et deux au Tachnag. Il voulait le portefeuille de l'Intérieur, il a accepté un compromis avec le chef de l'État sur la personne du général Marwan Charbel. Il voulait cinq ministres maronites sur six, il a accepté de n'en avoir que quatre. Il a ainsi proposé deux noms pour le sixième (qui devrait obtenir le portefeuille de l'Information) qui faisaient au départ partie des candidats proposés par le président de la République : Jean Obeid et/ou Naji Boustany. Mais le chef de l'État a refusé cette suggestion, et Aoun s'est contenté de demander que ce sixième ministre ne soit pas une personnalité jugée « provocante » pour lui.
En dépit de toutes ces concessions, voilà qu'un nouveau conflit apparaît, portant sur l'exigence du Premier ministre désigné d'avoir en main des noms pour pouvoir distribuer les portefeuilles, alors que Aoun affirme qu'il préfère connaître les portefeuilles qui lui seront attribués pour choisir ensuite les noms.
En réalité, aussi bien les noms que les portefeuilles correspondants sont déjà pratiquement connus : Aoun devrait ainsi obtenir la Justice, les Télécommunications, l'Énergie et les Ressources hydrauliques, et le Tourisme. À un moment donné, et au cours de l'une des réunions entre Mikati, les deux Khalil et le ministre Gebran Bassil, ce dernier avait demandé pour son camp les Affaires sociales, lesquelles avaient été promises par le Hezbollah à Walid Joumblatt. Le Hezbollah a aussitôt envoyé un émissaire (Wafic Safa) chez le leader druze pour le convaincre de renoncer à ce portefeuille, mais Joumblatt avait alors accusé le Hezbollah de ne pas vouloir d'un nouveau gouvernement et d'utiliser le général Aoun dans ce but. Comprenant le message, le Hezbollah a demandé au chef du CPL de renoncer à ce portefeuille qui est revenu à Joumblatt, lequel a pratiquement choisi de le confier à Waël Bou Faour.
Un autre problème se pose d'ailleurs avec le chef du PSP puisque, dans les formules qui circulent et après le tapage mené par l'émir Talal Arslane pour obtenir un portefeuille et non un simple ministère d'État, le Hezbollah a proposé de lui confier le portefeuille des Déplacés, ce qui ne plaît pas forcément au chef du PSP. Mais cela reste négociable, la nouvelle majorité ayant à cœur de satisfaire Joumblatt qui devrait obtenir ainsi deux ministres druzes et un ministre sunnite, dont les noms sont connus : Ghazi Aridi, Waël Bou Faour et Alaeddine Terro.
Du côté de Berry et du Hezbollah, les noms ne posent aucun problème. On sait que le Hezbollah désignera ainsi un membre chiite du PSNS, en plus du ministre d'État dans le gouvernement démissionnaire Adnane Sayyed Hussein. Le troisième ne devrait pas poser de problèmes, le Hezbollah restant souple sur la question, tout comme d'ailleurs le président de la Chambre qui devrait aussi avoir trois ministres chiites et qui a déjà fait savoir à Mikati que si les noms suscitent des réserves, il sera prêt à les changer (Berry a textuellement déclaré : « Je suis prêt à mettre Zayd à la place de Omar. »)
L'affaire des noms étant finalement un faux obstacle, un nouveau est apparu hier ; M. Mikati refuserait de nommer Charbel Nahas ministre, après l'incident qui l'a opposé au directeur général des FSI Achraf Rifi et au directeur général d'Ogero Abdel Meneem Youssef. La nouvelle n'a pas été officiellement confirmée, mais des sources proches de Mikati expliquent que c'est quand même le Premier ministre désigné qui a nommé le général Rifi à la direction des FSI en 2005, et ce dernier, originaire de Tripoli, jouit d'une certaine popularité personnelle dans la ville, en plus de l'appui du Courant du futur. Même chose pour le Dr Youssef qui est devenu une sorte de symbole « du haririsme », ayant déjà fait l'objet de poursuites judiciaires sous le mandat du président Lahoud à l'époque du gouvernement Hoss, sans aboutir à un résultat.
Dans la situation actuelle et face à la radicalisation des positions, et surtout en raison de la guerre féroce que lui mène le Courant du futur, qui lui reproche déjà d'avoir renoncé à deux ministres sunnites, un pour le compte de Joumblatt et l'autre au profit de l'opposition sunnite (le choix se serait finalement porté sur un proche de Abdel Rahim Mrad, originaire de la Békaa), Mikati pourrait donc difficilement accepter dans son gouvernement une personnalité déterminée à mettre Rifi en difficulté, voire à le déférer devant la justice.
En conclusion, la majorité est de plus en plus convaincue que le tandem Sleiman-Mikati ne veut pas former un gouvernement dans les circonstances actuelles. Le climat positif du week-end dernier et la position conciliante du général Michel Aoun n'ont pas eu l'effet escompté, puisque chaque nouveau pas en direction de la formation est immédiatement suivi de l'émergence d'un nouveau problème. La majorité a ainsi abouti à la conclusion que les deux responsables préfèrent attendre l'issue des développements en Syrie pour la raison suivante : si la situation dans ce pays va dans le sens de l'affaiblissement, voire du renversement, du régime, le Hezbollah sera lui aussi affaibli et les rapports de force politiques au Liban seront modifiés. En attendant, si un gouvernement était formé, il ne bénéficierait pas d'une couverture occidentale, ni arabe (notamment saoudienne), ni même turque (la Turquie se plaçant désormais de plus en plus comme la puissance sunnite de la région). Il n'obtiendrait donc qu'une couverture iranienne et syrienne si ce dernier régime résistait. Ce qui serait insuffisant dans la situation internationale et régionale actuelle. En contrepartie, le Premier ministre désigné est dans une situation peu enviable : s'il forme un gouvernement, il se sera totalement inscrit dans l'axe irano-syrien, lequel est lui-même branlant, et s'il se récuse, il sera populaire sur la scène sunnite, mais il devra s'incliner devant la justesse des vues de son prédécesseur Saad Hariri. Sans compter qu'une telle occasion d'être désigné Premier ministre pourrait ne pas se représenter pour lui.
L'impasse est donc totale, et chaque jour apporte son nouveau lot d'incidents et de conflits, qui discréditent un peu plus l'État et ses institutions.
Le général Michel Aoun l'avait prédit : un obstacle en chasse l'autre. En effet, le processus de formation du gouvernement ressemble de plus en plus au jeu vidéo « Mario Bros » où chaque monde franchi ouvre la voie à un autre encore plus difficile, dans ce qui semble devoir être un chemin sans fin. La situation apparaît ainsi sans issue visible.Après avoir été présenté comme l'homme qui multiplie les entraves devant la formation du gouvernement, le chef du CPL a décidé de multiplier les concessions ; il avait commencé par réclamer douze ministres, il a fini par en accepter dix, dont deux au courant des Marada et deux au Tachnag. Il voulait le portefeuille de l'Intérieur, il a accepté un compromis avec le chef de l'État sur la personne du général Marwan Charbel. Il voulait cinq ministres maronites sur six, il a...
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