L'hiver gouvernemental libanais aura été particulièrement rude et long cette année. Mais est-on vraiment en mesure aujourd'hui de confirmer l'apparition des bourgeons annonciateurs de l'heureux événement attendu depuis des mois ?
S'il faut croire les rumeurs ou moitiés d'informations distillées hier par les principaux protagonistes concernés, la réponse est oui. Certes, l'expérience des derniers mois n'est guère encourageante à cet égard et les choses peuvent toujours se gâter, d'autant que pour assurer des conditions minimales d'environnement propice à la naissance du fœtus, il faudra d'abord s'efforcer de recoller les débris de confiance au sein même de la nouvelle majorité.
Mais que s'est-il donc passé, après les formidables remous de ces derniers jours, pour que le baromètre vire ainsi, et de façon aussi soudaine, au beau fixe ?
Pour nombre d'observateurs, dont les constats sont corroborés par des sources informées, l'évolution de la situation en Syrie apparaît décisive à cet égard. Confronté à une hostilité et un isolement international grandissants, le régime syrien donnerait des signes de vouloir désespérément s'accrocher au pathétique « presque » prononcé jeudi par la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, à son propos ( « Il a presque perdu sa légitimité » ). Pour ce faire, Damas a, une fois de plus, recours au Liban, ce Liban qui, à défaut d'avoir jusqu'ici mérité de sa vocation de pays-message, se contente d'être encore le pays par lequel transitent les messages des autres.
Concrètement, la Syrie serait donc contrainte d'abandonner son ambition de faire du prochain gouvernement libanais un outil attaché à l'arrière-garde de l'axe syro-iranien. L'image serait à peu près inversée aujourd'hui, le but étant désormais de faire en sorte que ce gouvernement soit un instrument d'ouverture, de la part de Damas, sur la communauté internationale.
Mais à cette évolution syrienne, dont l'ébauche se dessine depuis quelque temps déjà, se sont ajoutées dernièrement des considérations propres au Hezbollah. Ce dernier pratiquait l'attentisme jusqu'ici, préférant temporiser plutôt que d'accepter n'importe quelle mouture gouvernementale. À l'heure actuelle, il semble avoir révisé ses calculs et, au vu des périls qui s'amoncèlent autour de lui, jugé que la présence d'un gouvernement libanais, quel qu'il soit, lui assurerait un semblant de parapluie.
Il y aurait donc aujourd'hui, pour la première fois, une conjonction entre la Syrie et le parti de Dieu en faveur d'un cabinet conforme aux vues du Premier ministre désigné, Nagib Mikati. Or, à partir d'une perspective huit-marsiste, ces vues paraissent de plus en plus restrictives, dans la mesure où hier même les sources proches de M. Mikati limitaient les soucis de ce dernier à la garantie de la « stabilité politique, sécuritaire et économique » du pays.
Le « centrisme » sortira-t-il donc vainqueur de l'interminable épreuve ? Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais un fait est certain : les dernières gesticulations politiques de Walid Joumblatt en direction du centre n'ont pu qu'influer sur la décision du Hezbollah, d'autant qu'un renversement de la majorité parlementaire s'est déjà dessiné pour ce qui est de la séance convoquée par le chef du législatif pour le 8 juin.
Tout en cherchant à éviter que l'affaire n'apparaisse comme un camouflet de leur part à Nabih Berry, MM. Mikati et Joumblatt ont en effet renoué, d'une certaine façon, avec leurs anciennes amours, en s'apprêtant à boycotter cette séance contestée, aux côtés du 14 Mars.
De plus, le dîner qui a réuni jeudi soir, à Clemenceau, le chef du PSP et l'ancien président Amine Gemayel a achevé de donner l'impression que le centre dont il est question ressemble par trop à l'antichambre du 14 Mars.
Dès lors, on a effectivement assisté hier à une accélération du processus gouvernemental. Le Premier ministre désigné a rencontré à deux reprises les « deux Khalil » (Hussein pour le Hezbollah et Ali Hassan pour Amal). Entre ces deux réunions, il s'est lui-même rendu au palais présidentiel pour tenir le chef de l'État informé des développements survenus.
Cela étant dit, les sources proches de M. Mikati restaient prudentes en soirée. Elles concédaient que le climat est actuellement « plus favorable qu'auparavant », mais assuraient dans le même temps que « la souplesse » dont ont fait preuve les parties concernées a encore besoin d'être « traduite dans les faits ».
Les efforts tendent actuellement à faire en sorte que le cabinet soit mis en place avant le 8 juin, de manière à éviter un embarras supplémentaire pour une République qui, en réalité, n'en est plus à un couac près.


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