Un message particulier a été adressé en ce sens au directoire du Hezbollah, considéré comme le cornac du 8 Mars. D'où une démarche du parti de Dieu auprès du général Michel Aoun, jusqu'au-boutiste patenté, sur lequel le Hezb n'avait jusque-là exercé aucune pression, pour l'amener à composer. Pour ce qui est, bien évidemment, de son conflit avec le président Mikati. On sait, à ce propos, que le général refuse de livrer une liste de noms divers pour chaque département que son bloc convoite afin que le Premier ministre désigné fasse son choix. Michel Aoun tient à désigner lui-même chaque ministre censé le représenter. Et garder un droit de regard, pour ne pas dire de veto, sur l'ensemble des ministres chrétiens.
Après l'intervention de Damas et du Hezbollah, les observateurs s'attendent à ce que le général Aoun mette de l'eau dans son vin. Ils prévoient des développements importants dans les prochains jours. Du reste, le président Mikati a informé les deux leaders qui soutiennent ses efforts, le président Nabih Berry et le député Walid Joumblatt, qu'il est désormais pressé d'en finir. Car le vide institutionnel commence à peser lourd et à constituer un péril d'anarchie, comme le prouve l'affaire des télécoms.
Toujours selon ces spécialistes, de nouvelles données locales et extérieures permettent dorénavant de dégager l'opération de la formation du gouvernement de la paralysie dans laquelle elle se trouvait plongée. Du fait d'un attentisme quasi général imposé par les incertitudes concernant, notamment, la situation en Syrie.
Le déblocage local se trouve enclenché maintenant que le 8 Mars, qui du reste l'espérait, a des raisons de croire que cette situation reste sous contrôle du régime syrien, parrain de ce camp.
Rejets
Cependant, les visiteurs de Baabda confirment que, par suite des pourparlers, plusieurs formules se retrouvent au panier. Remplacées par des idées dont la plupart s'inspirent du souci de réduire la pression exercée sur Mikati et d'en faciliter la mission. Dans le rebut que trouve-t-on ? Des suggestions d'exception, comme un cabinet de salut public restreint, un cabinet de dix géants, une équipe de 14 technocrates, une formation transitoire de 24. Ou encore un cabinet de fait accompli. Finalement, les faveurs vont à un gouvernement politique de 30, panaché, c'est-à-dire comprenant des experts puisés dans la société civile. Selon certains cadres, la décision est définitive.
De leur côté, les proches de Verdun indiquent que Mikati ne renonce pas aux critères et aux qualifications qu'il a communiqués aux forces politiques concernées. En rappelant à tous que le Premier ministre est bien le seul que la Constitution autorise à former le gouvernement, en accord avec le chef de l'État. Il signale que les informations concernant les listes nominatives demandées aux forces politiques sont imprécises. Dans ce sens qu'il n'a pas sollicité de telles listes, mais simplement souhaité que les formations suggèrent plus d'un nom par ministère convoité. Surtout pour les portefeuilles qui posent problème, du fait, entre autres, que certains postulants envisagés par les partis demandeurs constituent un défi inadmissible pour d'autres forces. Le but du Premier ministre reste toujours de mettre sur pied une équipe de travail cohérente, bien soudée, sans conflits entre ses membres.
Mais, toujours selon ses partisans, Mikati se heurte à des tentatives de torpiller ses principes, ses critères, ou de l'amener à les modifier. Ils ajoutent que les négociations ont repris au point même où elles avaient été laissées. Dans un climat local et extérieur encourageant. Selon ces sources, Mikati est disposé à s'arranger des conditions que pose le général Michel Aoun, mais après en avoir arrondi certains angles, trop aigus. Ajoutant que le litige sur le cinquième ministre de la liste ne peut bloquer indéfiniment la formation du cabinet. D'après ces cadres, il reste possible que l'on accorde ce ministre à Aoun, ce qui lui ferait cinq ministres maronites sur six, quatre du bloc aouniste, et un à son partenaire, le député Sleimane Frangié. Le sixième ministre maronite, le général en retraite Charbel Ghanem, qui se voit attribuer l'Intérieur, est de compromis, c'est-à-dire admis par Aoun, mais il est compté dans le quota du président de la République. Qui doit disposer en outre de deux autres ministres, un grec-orthodoxe et un grec-catholique.
Une fois la détente bien confirmée, il est probable que le général Aoun réactive la mission de contacts de son gendre, Gebran Bassil, et le dépêche auprès de Mikati. Par ailleurs, les alarmes et les critiques de Joumblatt ne sont pas peu, il faut le souligner, dans le redémarrage du processus. Outre ses appels à l'intérieur, le leader de la Montagne avait communiqué ses craintes, par suite du vide institutionnel, à Damas. Il a constamment souligné que la collectivité druze ne cesse de le presser d'agir pour secouer la nouvelle majorité et la sortir de sa léthargie, provoquée par ses différends internes.
Une dernière précision : selon des professionnels considérés comme proches de Mikati, aussi pressé qu'il se dise, il ne prendrait pas de décision avant dimanche. Pour voir ce que les manifestations frontalières palestiniennes pour la journée de la naksa (la défaite de 1967), vont donner. Après le précédent sanglant de la journée de la nakba (la déroute de 1948). Certaines parties palestiniennes, et d'autres arabes, tentent en effet d'exploiter la situation au Liban pour utiliser le Sud-Liban comme provocation ou comme boîte à lettres, au besoin en y mettant le feu.


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