Les habitants d'al-Hassaba, quartier où se concentrent les heurts dans le nord de la capitale, ont passé une nouvelle nuit blanche en raison des combats aux armes de tous calibres à la faveur desquels les hommes de l'influent chef tribal Sadek al-Ahmar se sont rapprochés du siège de la présidence. Trente-neuf personnes ont été tuées, selon un bilan obtenu auprès de deux hôpitaux de Sanaa, la plupart étant des membres des forces fidèles à M. Saleh ou des combattants du chef tribal. Les autorités ont accusé les forces du général Ali Mohsen al-Ahmar, rallié à la contestation et sans lien de parenté avec le chef tribal, de prendre part aux combats aux côtés de ce dernier. Les troupes du général dissident contrôlent le nord et l'ouest de Sanaa, les pro-Saleh tenant le reste de la ville. Les combats ont toutefois baissé en intensité hier. Des renforts de la garde républicaine, unité d'élite fidèle au chef de l'État, ont été acheminés à al-Hassaba, dont les accès étaient bloqués par des barrages des deux camps, ont indiqué des témoins.
La population a commencé à quitter la ville. « Je pars dans mon village, plus au sud. Le président et la famille des Ahmar ont détruit ce pays », affirmait une femme, traînant ses cinq enfants et portant des sacs en plastique remplis de vêtements. La plupart des magasins à Sanaa étaient fermés, alors que les files s'allongeaient devant les stations d'essence en raison d'une pénurie. Le bidon d'essence atteignait au marché noir 5 000 rials (environ 23 dollars), plus du triple de son prix habituel.
Dans le Sud, la ville de Zinjibar était toujours le théâtre d'affrontements entre ses nouveaux occupants, des extrémistes, et des militaires qu'ils encerclent. Un soldat a été tué hier par les tirs d'un sniper dans la ville proche de Loder.
Face à cette situation chaotique, l'Italie a annoncé la fermeture temporaire de son ambassade au Yémen et le rapatriement de ses ressortissants présents dans ce pays, où on est toujours sans nouvelles de trois Français portés disparus le 28 mai et dont l'enlèvement n'a pas été revendiqué. Le Koweït a, pour sa part, rapatrié son personnel diplomatique. Le ministère koweïtien des Affaires étrangères a indiqué que les employés locaux de l'ambassade restaient sur place pour assurer le travail de routine à la chancellerie.
Après quatre mois de contestation réprimée dans le sang par le régime de M. Saleh, qui refuse de quitter le pouvoir, la révolte a pris, depuis le 23 mai, un nouveau tour avec le début de combats meurtriers à Sanaa entre les fidèles du président et les hommes du cheikh Ahmar rallié à l'opposition. Ces combats ainsi que ceux du Zinjibar ont éclipsé le mouvement de contestation populaire à Sanaa, où seuls quelques centaines d'irréductibles campaient encore sur la « place du Changement ».
(Source : AFP)

