Le Parlement va-t-il remplacer le gouvernement ?
De ce véritable cirque qui se déroule au-dessus de nos têtes, il est inutile d'attendre une quelconque transparence susceptible de clarifier les tenants et aboutissants de cette affaire. Tout au plus est-il possible aux observateurs de poser à ce sujet un certain nombre de questions, sans pour autant espérer y trouver des réponses, du moins pour l'instant.
On craignait, avant la réunion hier de la commission parlementaire des Télécoms, en présence du ministre sortant, que celle-ci ne se transformât en pugilat collectif, étant donné la concentration d'adversaires qui devaient y participer. Finalement, mis à part quelques échanges animés, la réunion de plus de cinq heures s'est achevée sans rien ajouter à la casse, mais sans résultat positif non plus. Un vrai dialogue de sourds face à une opinion muette de stupeur.
Il n'a même pas été possible de s'entendre sur la mise en place d'une commission d'enquête technique, les deux camps en présence s'opposant sur les instances qui doivent désigner les membres de cette commission. Pour le 8 Mars, le ministre des Télécoms est seul souverain en la matière. En revanche, pour le 14 Mars, il revient au directeur général d'Ogero, la société qui gère le réseau de téléphonie fixe, de nommer, au même titre que le ministre, des représentants au sein de cette commission.
Cette mésentente nous conduit à une première série d'interrogations pertinentes : quelle est la limite de l'action d'un ministre - qui plus est sortant - dès lors qu'il traite avec un organisme dont il n'est que le tuteur et non pas le supérieur hiérarchique direct ? Ce problème ne s'était-il pas posé il y a quelque temps entre le ministre de l'Éducation et le président de l'Université libanaise, autre organisme autonome, sans que le premier ne tentât, à l'époque, de lancer une expédition militaire contre l'UL ? Et, en tout état de cause, lorsqu'un litige éclate à ce propos, ne revient-il pas essentiellement au Conseil d'État de s'y prononcer ?
À ce type de questions techniques s'ajoutent d'autres à caractère plus politique : pourquoi le ministre des Télécoms ne s'est-il souvenu que ces derniers jours d'une affaire qui remonte à quelque temps déjà ? Pourquoi cette équipée télévisée alors qu'on sait que l'étage visé est gardé par les FSI et qu'on a dûment envoyé en congé le directeur général d'Ogero ?
Mais, d'autre part, bien des interrogations sont suscitées par l'attitude du ministre de l'Intérieur et, partant, du chef de l'État. Et tout d'abord celle-ci : que signifie dans ce contexte, pour un ministre sortant, c'est-à-dire membre d'un gouvernement démissionnaire, de « démissionner » en plus ? Ou, si l'on veut, de « bouder » ? Serait-ce pour ne pas avoir à sanctionner le directeur général des FSI, coupable d'avoir transgressé ses ordres, comme a tenté de le suggérer subrepticement le général Michel Aoun qui, décidément, ne perd pas le nord ?
Le fait est qu'en optant pour cette démarche, Ziyad Baroud, dont on connaît les rapports difficiles avec son subordonné, donne paradoxalement l'impression de chercher à éviter de prendre toute décision susceptible de constituer un casus belli avec l'une des deux parties en présence dans le pays. Que le président Michel Sleiman ait enchaîné en invitant le ministre sortant de la Justice à examiner les possibilités de poursuites contre le fonctionnaire récalcitrant relève, en sens inverse, de la même logique, celle qui consiste à continuer à faire bonne mesure, même sous le règne de la démesure.
À ce micmac, on s'apprête à ajouter dans les jours qui viennent un autre imbroglio juridico-politique, avec la convocation des députés par le président de la Chambre pour une séance plénière le 8 juin prochain destinée essentiellement à ouvrir la voie à une prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban.
D'ores et déjà, bon nombre de juristes et de politiques crient à l'hérésie et l'on peut s'attendre à ce que la polémique enfle d'ici là. Mais au point où en sont arrivées les hérésies constitutionnelles dans ce pays, on finira par ne plus y faire attention du tout, d'autant que si cette convocation de la Chambre pour jouer à l'exécutif suggère quelque chose, c'est bien que le gouvernement tant attendu n'est pas prêt de voir le jour.
Et dans l'intervalle, il n'y aura guère que des joutes verbales, car il est à craindre qu'après la commémoration de la nakba (1948), le 15 mai, celle de la naksa (1967) ne nous réserve des réjouissances similaires le week-end prochain. Certes, le représentant de l'Autorité palestinienne à Beyrouth a bien signifié hier que, cette fois-ci, la marche vers la frontière sera « maîtrisée » et « canalisée » pour éviter des dérapages, mais dans le contexte actuel, et après le message explosif récemment adressé à la Finul, le moins que l'on puisse dire est que tout reste possible.


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