En 1983, une équipe française isolera le virus, transmis par le sang, les sécrétions vaginales, le lait maternel ou le sperme, qui attaque le système immunitaire et l'expose aux « infections opportunistes » comme la tuberculose ou la pneumonie.
Ces trente ans de sida, rythmés par des millions de morts, des familles disloquées, des enfants d'Afrique orphelins, une stigmatisation rampante, l'ont été aussi par de grands succès face à un virus insaisissable. En 1996, l'arrivée des trithérapies change la donne : de maladie forcément mortelle, le sida devenait maladie chronique.
Le Fonds mondial, créé en 2002, verse en huit ans près de 22 milliards de dollars de subventions. Les États-Unis mettent en place un « programme d'urgence », le Pepfar. La Fondation Bill Gates consacre beaucoup d'argent à la maladie.
« Le sida a changé le monde, un nouveau lien social s'est créé entre pays du Nord et du Sud, ce qui ne s'est jamais produit pour aucune autre maladie », souligne Michel Sidibé, directeur de l'Onusida.
Les malades homosexuels participent eux aussi à la lutte, à leur façon. Ils deviennent « patients experts », racontent aux spécialistes leur vécu de la maladie, font remonter les besoins, parlent des effets indésirables des traitements, raconte Bruno Spire, qui préside l'association Aides pour la lutte contre le sida.
Mais comme la maladie ne tue plus mais ne guérit pas, le nombre des personnes infectées va croissant et il faut toujours plus de recherche, plus de traitements, plus d'argent. Au bout du compte, seulement une personne sur trois qui auraient besoin de traitement en bénéficie. Pire, pour deux personnes qui entrent dans le traitement, cinq sont nouvellement infectées. Les efforts s'axent donc sur la prévention.
« Nous avons besoin d'une révolution de la prévention, car c'est impossible d'imaginer qu'on sortira de l'épidémie par les traitements et même qu'on pourra traiter tous ceux qui en ont besoin », dit Seth Berkley, qui dirige l'ONG Iavi, présente dans plusieurs pays.
De nouvelles stratégies se font jour : la circoncision, qui protège jusqu'à deux hommes sur trois, un gel microbicide, qui semble prometteur pour les femmes, la mise sous traitement des malades, qui réduit à quasi rien le risque de transmission sexuelle...
Vaincre la maladie ?
Mais les premiers effets sont lents à venir, et 30 ans après ses débuts, en dépit de la mobilisation, le sida est loin d'être vaincu. Le Dr Anthony Fauci, patron de l'Institut américain des maladies infectieuses, semble toutefois optimiste. Il estime que l'espoir de vaincre l'épidémie est grand, se basant dans ce cadre sur des percées récentes cruciales, y compris pour un vaccin.
« Depuis un an et demi, nous avons eu plusieurs avancées majeures qui, combinées, tendent très fortement vers l'idée que nous finirons par maîtriser l'infection et mettre fin à la pandémie de sida », estime ainsi le chercheur, qui cite les résultats frappants de deux essais cliniques démontrant l'efficacité des antirétroviraux.
Ainsi une étude effectuée de 2007 à 2009 et publiée fin 2010 montre qu'une combinaison de ces médicaments pris oralement par des hommes homosexuels sains abaisse de 44 % leur risque d'être infectés. Ce taux dépasse 70 % chez ceux qui les prennent régulièrement.
Quant à la quête d'un vaccin efficace, les chercheurs ont retrouvé l'espoir, après vingt ans d'échec, avec le résultat d'un essai clinique en 2009 mené en Thaïlande. « Ce vaccin n'a été efficace que dans 31 % des cas, mais il a au moins prouvé que nous pouvions faire mieux », note l'infectiologue, estimant que « la vaccinologie est entrée dans une nouvelle ère » en termes de conception des vaccins contre un virus qui mute très rapidement.
En 2010, des équipes de chercheurs ont en effet identifié deux anticorps chez un seul individu infecté qui, ensemble, bloquent en laboratoire plus de 90 % des souches de VIH connues dans le monde, rappelle-t-il. La recherche concentre maintenant ses efforts pour déterminer quelle partie spécifique du virus doit être utilisée dans un vaccin, dit le Dr Fauci. « Nous ne savons pas si on aura un vaccin cette année, la suivante ou après, mais nous faisons certainement des progrès considérables », assure-t-il.
(Source : AFP)

