Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Lettre Ouverte Au Président De La République

III.- Comment réussir le dialogue islamo-chrétien

Par Sami Antoine KHALIFÉ

La conception du dialogue a été jusqu'à nos jours celle d'un face-à-face où chaque interlocuteur affirme sa vérité et ses différences, les deux s'enfermant dans leur tour d'ivoire comme si le monde extérieur n'existait pas (voir L'Orient-Le Jour des vendredi 20 et samedi 21 mai 2011).
Le rôle du dialogue est de passer du « face-à-face » au « côte à côte » où les interlocuteurs collaborent, regardant dans la même direction et travaillant ensemble, au nom de leur foi commune en un Dieu unique, à la réalisation de l'homme et de l'humanité.
Comment collaborer ? Tout d'abord, en sortant des débats dogmatiques, les laissant aux rares théologiens spécialisés dans le monde et en acceptant l'autre tel qu'il se voit lui-même. « Moi c'est moi et lui c'est lui », sans vouloir prouver qui a raison ou tort. Une fois cette base acquise, il s'agit d'établir des liens de confiance mutuels en se penchant sur les valeurs morales où l'islam et le christianisme sont tellement proches. On trouve dans la Bible ou l'Évangile (par exemple Luc 18,20) comme dans le Coran (17, 22-39 ; 6,151-152), la liste des commandements de Dieu : la foi en un seul Dieu, l'accomplissement des obligations de culte, le respect des parents, le respect de la vie, le respect de la sexualité et de la famille, le respect des biens d'autrui, le respect de la vérité comme fondement de la vie de la communauté et de la société...
En partant de ses valeurs communes, nous pouvons collaborer ensemble pour bâtir une société basée sur une justice fraternelle, le droit des faibles, des pauvres et des démunis d'être des membres actifs à part entière de cette société qui renonce à la violence et travaille à établir la paix.
Pour y arriver, le chemin est long et difficile, mais les premiers pas sont à faire. À titre d'exemples :
- L'éducation des jeunes sur les bases du dialogue et de la collaboration mutuelle est à faire dans les écoles, au moins au niveau du secondaire pour commencer.
- Diffuser à travers les médias des messages et des programmes mettant en évidence, dans leur contenu, l'importance de la collaboration entre chrétiens et musulmans (mais pas seulement le contenu ! Quand on voit les génériques des programmes, il est rare de trouver des équipes mixtes). Cela pourrait changer tant dans le contenu que dans la forme, sur incitation (pourquoi pas financière, avantage fiscal par exemple ?) des autorités.
- Encourager des collaborations mixtes dans tous les domaines de la finance, de la culture de la politique, etc.
- Mettre en évidence l'importance de ces collaborations en montrant au quotidien des exemples personnifiant ce « vivre ensemble » où musulmans et chrétiens sont amis et partenaires cherchant à trouver ensemble une solution aux problèmes communs de notre région et surtout de notre pays.
Reconnaissant les avancées réalisées, il s'agit de prendre du recul et de dépasser l'ancienne conception du dialogue. Une des voies à suivre est la formation de groupes d'amitié islamo-chrétiens, nouveau type de rencontre (loin des colloques, séminaires, et discours répétés) entre chrétiens et musulmans, qui collaboreraient ensemble pour résoudre des problèmes touchant la société, sans distinction religieuse ; des personnes sans mandat de quelque autorité politique ou religieuse (cela ne veut pas dire excluant les hommes de religion, au contraire), fermement ancrées dans leur foi mais faisant preuve d'une liberté intellectuelle et d'un esprit critique dignes des grands chercheurs indépendants.
Ces groupes d'amitié auront à surmonter les oppositions, dues au statu quo, probablement venant de groupes politico-religieux et/ou des forces extrémistes qui n'ont pas intérêt à voir se développer ces amitiés pas plus qu'à les voir réussir. Afin que ces amitiés soient solides, durables et fructueuses, il faut relever le défi de l'identité : « Ne pas avoir peur de qui nous sommes et ce en quoi nous croyons », et celui de l'altérité : « Qui croit d'une manière différente de nous n'est pas automatiquement un ennemi », dit le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Il est donc essentiel que chacun reste fidèle à sa foi, qu'il ait conscience de sa propre identité spirituelle tout en cherchant à s'enrichir de l'autre. Dans cet esprit, les partenaires collaborent pour mettre en place un ordre social humain fondé sur la reconnaissance de la dignité de l'homme.
Ces groupes d'amitié chercheront, entre autres, à effacer les préjugés qui veulent, à titre d'exemple, que les musulmans soient fanatiques, en oubliant les millions qui prônent la tolérance ; que l'Occident est décadent et se confond avec la religion chrétienne, ignorant la séparation entre religion et État ; que les pays musulmans sont en retard par rapport au monde moderne à cause de l'islam, que les chrétiens sont alliés avec le sionisme, en oubliant que les chrétiens-sionistes sont une confession américaine, influente aux USA mais relativement peu représentée dans le monde, et que leurs doctrines ont été désavouées par les Églises catholique, orthodoxe et une grande partie des évangéliques (soient plus de deux milliards de fidèles) ; que les musulmans sont tous des extrémistes, sans tenir compte des millions d'entre eux avides de justice et de paix, et bien d'autres préjugés qu'il faudra surmonter.
Ces groupes d'amitié travailleront pour l'application intégrale de la Charte universelle des droits de l'homme, des différents pactes internationaux concernant les droits des minorités, les droits de l'enfant, etc., d'ailleurs tous ratifiés par la grande majorité des pays, y compris les pays à la population majoritairement musulmane et plus particulièrement les pays du Moyen-Orient, le Liban compris.

Conclusion
Chrétiens et musulmans réunis dépassent trois milliards et demi d'adeptes de par le monde, ce qui constitue plus de la moitié des habitants de la planète. Partant de ce constat, il est évident qu'ils ont une grande responsabilité pour l'avenir de l'humanité. Continuer à s'affronter dans la mésentente et le refus, à se rejeter mutuellement comme dans le passé n'est plus admissible ni digne de leur foi. La collaboration entre amis des deux fois apporte plus de confiance, plus de solidarité aux membres des groupes d'amitié, qui se traduiront par un « vivre ensemble » non seulement les uns à côté des autres, mais ensemble dans un monde commun à tous.
Le père R. Caspar écrit : « Ainsi, musulmans et chrétiens doivent d'abord se reconnaître entre eux comme croyants », frères dans la foi en Dieu. « Dans ce sens, et dans ce sens seulement, nous nous reconnaissons dans l'expression d'œcuménisme des religions. »
Tout en reconnaissant les avancées que le dialogue a réalisées ces dernières décennies, soyons prêts à aller plus loin par une collaboration islamo-chrétienne, certes avec des échanges d'information, de formation, de réflexion, mais surtout avec beaucoup d'actions communes sur le terrain. La paix du monde est à ce prix, et à notre échelle, la paix du Liban encore plus.
Monsieur le Président,
Il n'y a pas de doute que vous soyez préoccupé par d'autres urgences nationales, le dialogue islamo-chrétien en est une qui ne peut plus être reléguée au second plan. Dans plusieurs de vos discours, à l'ONU et devant d'autres instances internationales et nationales (l'ancien Premier ministre a fait de même), vous avez indiqué votre attachement et votre conviction de l'importance vitale de ce dialogue non seulement pour le Liban, mais pour le monde entier. Je m'adresse à vous pour que ce message devienne une réalité indépendamment des gouvernements qui se succéderont.
Ainsi, le Liban pourra être un modèle du « vivre ensemble » pour la région, et pour le monde une antithèse du « choc des civilisations ».

 

Sami Antoine KHALIFÉ
Ingénieur physique

La conception du dialogue a été jusqu'à nos jours celle d'un face-à-face où chaque interlocuteur affirme sa vérité et ses différences, les deux s'enfermant dans leur tour d'ivoire comme si le monde extérieur n'existait pas (voir L'Orient-Le Jour des vendredi 20 et samedi 21 mai 2011).Le rôle du dialogue est de passer du « face-à-face » au « côte à côte » où les interlocuteurs collaborent, regardant dans la même direction et travaillant ensemble, au nom de leur foi commune en un Dieu unique, à la réalisation de l'homme et de l'humanité.Comment collaborer ? Tout d'abord, en sortant des débats dogmatiques, les laissant aux rares théologiens spécialisés dans le monde et en acceptant l'autre tel qu'il se voit lui-même. « Moi c'est moi et lui c'est lui », sans vouloir prouver qui a raison ou tort. Une fois...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut