Les Etats-Unis et la France ont condamné dimanche la prise de contrôle de la ville d'Abyei par l'armée soudanaise, Washington exigeant un retrait des forces nordistes de la ville et Paris dénonçant "une violation grave" de l'accord de paix Nord-Sud.
Samedi, après de violents combats, l'armée soudanaise (nordiste) a pris le contrôle de la ville d'Abyei, qui connaît une recrudescence des violences depuis le référendum en janvier sur le Sud-Soudan et l'écrasante majorité en faveur de la sécession de cette région qui doit devenir un Etat indépendant le 9 juillet.
"Les combats ont été très, très mauvais", a reconnu Philip Aguer, le porte-parole de la SPLA (Armée de libération populaire du Soudan, armée sudiste). "Des gens ont fui la zone, en raison de bombardements aveugles, des bombes lancées de l'air et par des chars au sol".
"La population entière de la ville d'Abyei a fui", a annoncé Médecins sans Frontières (MSF), qui dirige des cliniques à Abyei et à Agok, à 40 km au sud.
MSF a dû suspendre ses activités à Abyei, et sa clinique à Agok a admis 42 blessés samedi soir. "Les équipes de MSF à Agok sont mobilisées pour recévoir un plus grand flux de blessés", a ajouté l'organisation dans un communiqué.
Les soldats soudanais "sont entrés à Abyei avec une division complète de soldats, alors que nous n'avions pas de forces de combat sur le terrain", a-t-il expliqué.
Il a assuré que les troupes loyales à la SPLA s'étaient toutes retirées vers le Sud, conformément à un accord conclu le 9 mai sous l'égide de l'ONU, selon les termes duquel les troupes nordistes devaient elles aussi se retirer.
"Nous ne savons pas où ils se trouvent exactement à présent", a dit M. Aguer. "Il y en a qui ont disparu, ils ont été très lourdement attaqués", a-t-il poursuivi.
Le porte-parole de la SPLA a affirmé qu'aucune contre-attaque n'était prévue dans l'immédiat. "En tant que SPLA, nous ne pouvons pas déclarer la guerre comme une armée. Nous attendons que le gouvernement du Sud-Soudan décide de la prochaine étape", a-t-il expliqué.
Les Nations unies ont appelé samedi à une "cessation immédiate des hostilités". Leur base à Abyei a été la cible d'un obus de mortier qui n'a cependant pas fait de victime, avait indiqué le porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan (Minus), Kouider Zerrouk.
La province d'Abyei est revendiquée par le Nord et le Sud du Soudan. Un référendum pour permettre à sa population de choisir devant avoir lieu en même temps que celui sur l'avenir du Sud-Soudan en janvier, mais il a été reporté sine die, notamment en raison d'un différend sur le droit de vote des Misseriya, une tribu de nomades arabes.
Et quatre mois après le référendum, les négociations Nord-Sud sur l'avenir de la province n'ont pas avancé. Les deux camps s'accusent d'avoir envoyé un grand nombre de soldats "irréguliers", en violation d'une trêve signé en janvier, et les incidents armés s'y sont multipliés, en particulier ces derniers jours, mettant directement aux prises l'armée soudanaise et la SPLA.
La prise d'Abyei par l'armée nordiste est sans doute l'incident le plus grave depuis les affrontements meurtriers y ayant opposé en 2008 armées nordiste et sudiste.
Elle coïncide avec le début de la visite dans le pays d'une importante délégation des ambassadeurs auprès du Conseil de sécurité de l'ONU, arrivée samedi soir à Khartoum pour notamment désamorcer les tensions actuelles sur Abyei.


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